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Dictionnaire international des militants anarchistes
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GUERINEAU, Lucien, Louis
Né à Pont-Saint-Esprit (Gard) le 15 décembre 1857 – mort le 28 août 1940 - Ebéniste - UA – UAC – AFA - CGT – CGTSR – Paris – Londres – Bruxelles - Bagnolet (Seine-Saint-Denis)
Article mis en ligne le 24 octobre 2007
Dernière modification le 20 juillet 2020

par R.D.
Lucien Guérineau (1915)

Fils d’un charpentier, Lucien Guérineau, suite à un mauvais tirage au sort, avait été appelé sous les drapeaux de 1878 à 1882 et forma alors avec une dizaine de soldats un petit groupe anarchiste à Vincennes.

Dès sa libération il travailla comme ébéniste et commença à militer dans le mouvement anarchiste. Fréquenatnt le groupe du 5ème et 13ème arrondissement, il y rencontra Jean Grave puis fit partie à Ménilmontant du groupe les communistes des Amandiers qui se réunissait rue du Repos et où il était plus particulièrement chargé de la correspondance et dont faisaient également partie J. Parthenay, Toulet, Vory, Picarat, Wagner et Tellier. C’est lui qui fut à l’origine du nouveau nom de ce groupe : Les communistes anarchistes des Amandiers. Il participait également aux réunions tenues au bistrot du "père" Rousseau, 131 rue Saint Martin. Après quelques mois comme trimardeur notamment en Beauce et dans la région d’Orléans, il revenait à Paris où il était membre en 1884 du groupe le Drapeau noir. Le 13 juillet 1884, avec quelques compagnons, il organisa rue des Amandiers une manifestation avec drapeau noir où ils furent "assaillis par la foule des fêtards qui nous battit et dispersa" ; le lendemain il récidivait rue de Ménilmontant avec un drapeau rouge ce qui lui valut d’être arrêté avec un compagnon maçon puis d’être interné 3 mois à Mazas pour "rébellion".

A l’automne 1884 il faisait une période militaire et en profitait pour diffuser la brochure A l’armée à la caserne des Invalides.

Guérineau collaborait également au journal Terre et Liberté (Paris, 18 numéros du 25 octobre 1884 au 21 février 1885) publié par André Rieffel et qui dut cesser sa publication après que la police ait saccagé son siège situé 3 ruelle Pellé (rue Saint Sabin) et ait inculpé Rieffel « d’excitation au pillage », fait pour lequel ce dernier sera condamné en mars 1885 à deux ans de prison, 200f d’amende et cinq ans de surveillance. Il collabora sans doute ensuite au titre qui suivit, L’Audace (Paris, 3 numéros du 7 au 21 mars 1885) toujours situé ruelle Pellé et dont l’imprimeur gérant était V. Leperchey. Le 9 août 1885 Guérineau était condamné à deux mois de prison pour « violences et coups à agents ».

En 1887 il était membre du groupe anarchiste de Montreuil avec entre autres Penteuil, Hensy et Bligny. En 1888 il fut le fondateur de l’Union syndicale du meuble sculpté et de l’ébénisterie, dfont le siège se trouvait 37 rue de Montreuil, favorable à la grève générale et opposée à la Chambre syndicale de l’ébénisterie de tendance modérée. En 1891 il fonda avec une vingtaine de camarades du Faubourg Saint Antoine, le journal Le Pot à colle (Bagnolet-Montreuil, au moins 19 numéros du 1er mai 1891 au 26 mars 1892) organe des ébénistes dont plusieurs des gérants (E. Villaret, Bertrand) furent poursuivis et condamnés. Du 15 septembre au 21 novembre 1891, le journal parut sous le titre Le Riflard (au moins 11 numéros) dont le gérant était Collinet.

En 1893 il participa comme délégié des ouvriers polisseurs de métaux de Paris au Congrés international tenu à Zürich. IL demeurait à cette époque rue du Ruisseau à Bagnolet et était signalé comme l’un des animateurs du groupe abstentionniste local. Lors des élections municipales d’avril 1893, il fut l’un des candidats abstentionnistes à Bagnolet aux cotés notamment de Jean Billot dans le XIIème arrondissement et de Surgand à Charenton.

Suite aux attentats anarchistes de 1894, il fut accusé d’appartenir à « une association de malfaiteurs » mais fut finalement acquitté en août. Il partit ensuite à Londres où il allait rester plusieurs années et correspondre avec Jean Grave et devenir le correspondant des Temps Nouveaux. En juillet 1894, il avait été cité comme témoins de la défense lors du procès à Londres de Théodule Meunier qui sera extradé. Il se fixa ensuite à Bruxelles d’où il collabora à une nouvelle série du Pot à Colle (Paris, 10 numéros du 20 juillet 1898 au 11 février 1899) et dont il fut expulsé le 24 juin 1899 pour « participation à l’agitation révolutionnaire ».

Revenu à Paris il fit partie en 1899 des collaborateurs du Journal du Peuple (Paris, 299 numéros du 6 février au 3 décembre 1899) quotidien fondé par Sébastien Faure lors de l’affaire Dreyfus dont il prit la défense. Etabli ébéniste, 6 rue Garreau (Paris 18), sous la raison sociale « Guérineau & Aussel », il habitait alors 55 rue du Pont vert à Bagnolet dans un pavillon qui lui appartenait. Il collabora sans doute alors à la dernière série du Pot à Colle (Paris, 6 numéros de mai à décembre 1901) dont le gérant était Luis Protat.
Le dimanche 19 février 1905, il participa comme conférencier avec Malato à fête de propagande libertaire organisée par l’Union ouvrière de l’ameublement avec le concours entre autres de Gaston Couté, paul Paillette, Jehan Rictus et le père La Purge.

Dans une lettre publiée par Les Temps Nouveaux (19 décembre 1908) à propos de désertion , il écrivait : "..Je n’achète à mes enfants pour jouer, ni fusil, ni sabre, ni poignard, parce que les gestes que l’on apprend avec sont mauvais, et font des apaches et des assassins. Je dis à un jeune homme : ne te sers pas de ces instruments, ils sont corrupteurs, pars et laisse les ! File, propage partout où tu seras la justice et la tolérance, et tu feras oeuvre utile pour l’avenir".

Après la mort de Pierre Martin en août 1916, il fut désigné comme l’un de ses exécuteurs testamentaires et assita pendant la guerre à plusieurs réunions du groupe Les amis du Libertaire. Il collabora également à l’organe La Plèbe (Paris, 4 numéros du 13 avril au 4 mai 1918) dont le gérant était Alignier et qui s’était prononcé en faveur des thèses contre la guerre adoptées à Zimmerwald en août 1915.

Après la guerre il reforma un groupe adhéent à la Fédération anarchiste à Bagnolet-Les Lilas et reprit sa collaboration à plusieurs journaux anarchistes. Dans le Libertaire dont il fut l’un des administrateurs et un collaborateur régulier, sous le titre « Ceux d’en bas », il évoquait la constitution en 1887 du syndicat des hommes de peine « qui certes fit quelque esclandre dans le monde des réguliers » et il ajoutait « comme aujourd’hui, les inqualifiés étaient des révolutionnaires » à qui il faut faire place dans les syndicats, car « dans la tourmente insurrectionnelle, ils seront à l’avant-garde » ( cf. Libertaire, 24 février 1922). Il était à la même époque rédacteur occasionnel de la Revue Anarchiste (Paris, 35 numéros du 28 janvier 1922 au 10 août 1925 ) publiée par S. Faure auquel il donna l’article « international » paru dans l’Encyclopédie anarchiste. Il participa notamment dans cete revue et en tant que militant du syndicat des ébénistes de la Seine, à l’enquête menée en 1922 sur "le fonctionnarisme syndical".

Il participa également, soit par l’écrit soit en personne à plusieurs congrès de l’Union Anarchiste (août 1923, novembre 1925, juillet 1926, etc). Lors du congrès tenu à Paris les 12-13 août 1923 il avait été nommé au conseil d’administration du Libertaire quotidien avec entre autres Lucien Petit, Anseaume, S. Faure, S. Ferandel (voir ce nom) et P. Lentente. En janvier 1924 il soutint au nom de l’Union anarchiste la création du groupe de défense des révolutionnaires emprisonnés en Russie dont le secrétaire était Jacques Reclus. Le 25 avril 1927 il fut désigné comme représentant de l’Union anarchiste communiste au conseil d’administration de la Librairie d’éditions sociales. Fin 1927, refusant les nouveaux statuts adoptés lors du congrès tenu à Paris les 30 octobre-1er novembre, il quittait l’Union Anarchiste Communiste et participait à la fondation de l’Union fédéraliste des anarchistes communistes révolutionnaires (puis Association des Fédéralistes Anarchistes) avec entre autres Antignac, Sébastien Faure et P. Lentente. Il collaborait au bulletin édité par l’AFA, Le Trait d’union libertaire (Paris, 4 numéros et un suppl. de janvier à avril 1928) puis fut le correspondant à Bagnolet de son organe Voix Libertaire (Limoges, 1929-1939). Ul était également memvre en 1928 du comité de l’Entr’aide.

Louise, Zina & Lucien Guérineau, Max Nettalu, Anne Guérineau, 1930 (IISG, Amsterdam)

Guérineau participa également aux congrès nationaux anarchistes de Paris (19-21 avril 1930) et de Toulouse (17-18 octobre 1931). Secrétaire du syndicat autonome de l’ameublement depuis 1925, il en devenait le trésorier en mars 1931. Il appartint ensuite à la CGTST et collaborait jusqu’à la seconde guerre mondiale à son organe Le Combat Syndicaliste (1926-1939) où en mai et juin 1937 il publia une partie de ses mémoires. Il demeurait 118 avenue de la Dhuys à Bagnolet et figurait sur la liste de vérifications de domiciles d’anarchistes (1935).

A la déclaration de guerre en août 1939, Guérineau quitta Bagnolet pour aller dans sa famille à Aiuvers-sur-Oise. C’est là qu’un an plus tard, le 28 août 1940, Lucien Guérineau décédait.

Très lié à Max Nettlau, L. Guérineau avait entretenu avec ce dernier une importante correspondance qui est conservée à l’Institut d’histoire Sociale d’Amsterdam.

Outre les titres cités ci-dessus, L. Guérineau avait également collaboré à L’Ouvrier en meuble (Paris, 1901-1914 ? puis 1915 ? -1939 ?) organe de la Fédération nationale de l’ameublement, Le Réveil de l’esclave (Paris, 1902-1903), et La Revue internationale anarchiste (Paris, 8 numéros de novembre 1924 à juin 1925) dont le gérant était Férandel,


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