logo site
Dictionnaire international des militants anarchistes
Slogan du site
Descriptif du site
GROS, Louis, Marie, François, Xavier
Né à Nantua (Ain) le 8 mai 1858 - Ouvrier tisseur ; mécanicien ; docker - CGT – Grenoble (Isère) Marseille (Bouches-du-Rhône)
Article mis en ligne le 23 octobre 2007
Dernière modification le 10 septembre 2019

par Dominique Petit, R.D., René Bianco

Louis Gros avait été condamné pour vagabondage, et à deux mois de prison, par le conseil de guerre de Marseille, pour sommeil en faction. Envoyé, sur sa demande, dans l’infanterie légère d’Afrique, il devint sergent.

Gros travaillait à Vienne comme ouvrier tisseur lors de l’émeute du 30 avril 1890. Il présida la réunion publique du 30 avril au théâtre de Vienne et y présenta le compagnon Tennevin et Louise Michel à l’assemblée. Il aurait tenu les paroles suivantes « II faut mettre la maison du fabricant Isérable à l’index et, le jour de la revendication de nos droits, il faudrait y joindre la peau de l’animal !  » Puis encore lors d’une manifestation le 1er mai : « L’usine est une insulte à l’ouvrier. Les châteaux de vos maîtres vous appartiennent , c’est vous qui les avez gagnés : ils sont à vous. Pour obtenir quelque chose, il faut le prendre  »,
Gros fut condamné par contumace à dix ans de travaux forcés pour avoir pris part à l’émeute organisée à Vienne le 30 avril 1890 et pour avoir aussi proféré ces propos, dans la réunion qui s’était tenue au théâtre de cette ville.

Après l’affaire de Vienne, il s’était réfugié en Suisse, où il travailla comme homme de peine chez un confiseur à Genève. Puis il se rendit à Marseille où il fut arrêté le 8 novembre 1892 puis fut transféré à Grenoble.

Le 26 novembre 1892, il comparut devant la cour d’assises de l’Isère, accusé d’avoir provoqué directement au pillage, au dégât de denrées, marchandises, propriétés mobilières, commis en réunion ou bande et à force armée, au préjudice du sieur Brocard, provocation suivie d’effet ; d’avoir provoqué directement au meurtre du sieur Isérable, provocation non suivie d’effet. Dans son interrogatoire, l’accusé affirma qu’il n’était pas anarchiste en 1890, mais simplement socialiste. « Aujourd’hui, dit-il, je suis un militant ; alors, je n’en étais pas un. L’accusation dénature les paroles que j’ai prononcées. J’ai fait voter que la manifestation du 1er mai serait pacifique ».

Gros se défendit avec beaucoup d’énergie. Il fit le tableau de la condition des ouvrières dans les ateliers de tissage. Il ajouta que les ouvrières font une concurrence terrible aux ouvriers. Elles sont moins payées, et les patrons s’enrichissent ainsi rapidement, tandis que les ouvriers sont des plus misérables.
Les témoins confirmèrent que Gros avait bien dit « il faut se rendre chez Isérable » et qu’il avait provoqué au meurtre et au pillage.

Les jury rendirent un verdict négatif sur la provocation au pillage et affirmatif, avec circonstances atténuantes, sur la provocation au meurtre non suivie d’effet.
Le tribunal condamna Gros à trois mois de prison.

Louis Gros, qui était marié et père de 3 enfants, fut extrêmement actif de 1892 à 1907 d’abord dans les groupes anarchistes puis dans les syndicats à Toulon puis surtout à Marseille où il fut fiché comme "militant violent et dangereux". Le 1er janvier 1894, son domicile 14 rue Guérin, comme celui de nombreux militants, avait été perquisitionné. Il organisa de nombreuses conférences publiques qu’il présida parfois et prit notamment la parole avec Sébastien Faure le 11 janviers 1894 au meeting de protestation contre la répression des anarchistes tenu salle de l’ancien Asile de nuit auquel participèrent 2000 personnes et qui fut présidé par C. Menvielle. Lors d’une soirée familiale le 14 janvier et selon la police qui le prénomme Joseph, il y parla « des perquisitions et des tracasseries policières dont les anarchistes étaient l’objet » et ajouta que « le procès de Vaillant, reproduit par tous les journaux anarchistes, a servi beaucoup la cause de l’Anarchie » ; il termina par ces mots du compagnon Lyonnais Bordat : « S’il faut des millions de coups de pioche pour démolir la société actuelle, nous serons des milliards pour les donner et le vieux monde croulera ». Il figura également comme membre du bureau lors des conférences données à Marseille par Sébastien Faure (décembre 1893, janvier 1894, mars 1897, etc).

Délégué par les anarchistes de Marseille au congrès socialiste tenu à Londres en 1896, il en donna un compte rendu à son retour, qualifiant ces assises de « vaste fumisterie combinée à l’avance par des ambitieux et des marchands de boniments » au nombre desquels il rangeait Guesde, Millerand et Jaurés.

Le domicile qu’il occupait 26 gue Guérin avec sa compagne Claudine Chabrier qui était également militante, fut perquisitionné à de nombreuses reprises, ce qui ne ralentit pas son activité. Sur le plan syndical il prit la parole aux meetings du 1er mai 1896 et 1897 et au cours de ces mêmes années organisa deux conférences sur « le capitalisme » et « les syndicats : passé, présent, avenir ». En novembre 1896, lors de la grève des ouvriers mouleurs-noyauteurs, il prit la parole avec Imbert et Marcellin pour exhorter les ouvriers à poursuivre leur mouvement En 1898 il donna une conférence sur « l’affaire Dreyfus et l’évolution sociale ». Il participa également à toutes les campagnes d’agitation et de solidarité et, selon la police « préconisait partout la grève générale, se répandant en propos violents contre le patronat, la magistrature et la police ». Le 8 février 1899 il fut condamné à 2 mois de prison et 50 francs d’amende pour "apologie de faits qualifiés de crimes" : lors d’une réunion le 18 janvier au sujet de l’affaire Dreyfus et de l’antisémitisme au bar de l’Alhambra, présidée par les anarchistes Lévy et Chaumel, où anarchistes et socialistes avaient été appelés par un intervenant à s’unir aux républicains, il avait violemment interrompu l’orateur, déclarant notamment à propos des républicains qu’ils considéraient comme des bourgeois : "Cassez leur la gueule à tous ; ce n’est pas par le bulletin de vote, mais à coup de tampons", que voter en leur faveur c’était "se prostituer pour leur faire des rentes" et terminé son intervention par "Que l’on nous rende ceux qui sont au bagne !".

Il prit part activement en mars 1901 à la grève des dockers au cours de laquelle il prit la parole avec notamment Gourdouze. Le 21 novembre 1906, il était condamné avec Edourd Barrat pour « entrave à la liberté du travail » par le Tribunal correctionnel de Tarascon.


Dans la même rubrique