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KAPR
Né vers 1862 - Tailleur ; agriculteur – Londres & Newcastle Grande Bretagne
Article mis en ligne le 16 novembre 2015

par Webmestre
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D’origine tchèque, Kapr, qui était fils d’ouvriers et autodidacte, avait été expulsé de divers pays d’Europe suite à ses activités avant d’émigrer en Grande Bretagne où il travaillait comme tailleur pour dames à Londres et fréquentait les milieux anarchistes. Ne gagnant pas suffisamment sa vie, il était ensuite parti pour Newcastle où dès son arrivée il fonda un club anarchiste avec notamment des ouvriers tailleurs, des mécaniciens et des étudiants. Kapr, qui parlait cinq langues, après ses journées de travail, y enseignait notamment le français en donnant à ses élèves à traduire des brochures ou des livres anarchistes. Il participait à toutes les réunions où il ne prenait guère la parole mais où il prenait toujours des notes.

Au printemps 1895 il était allé assister à Sunderland à une exposition organisée par des sociétés coopératives. Il y rencontrait William Key, un riche libéral radical, avec lequel il sympathisa et qui lui proposa de financer l’achat d’un terrain et d’une ferme pour y fonder une communauté. A son retour à Newcastle, Kapr acheta une bicyclette payable par versement hebdomadaire et commença à parcourir les campagnes environnantes. Au bout de deux mois, il trouvait le petit domaine de Clousden-Hill au village de Forest Hall à 8 kilomètres de Newcastle , qui en juillet fut loué, par Key, pour une période de 60 ans au prix annuel de 1.500 francs plus 2.500 francs pour l’acquisition de machines-outils. Le 30 juillet Kapr s’installait dans la colonie anarchiste qui comptait alors trois hommes –un ancien mineur, un valet de ferme et un tailleur- , deux femmes et six enfants. Parallèlement à son métier de tailleur qu’il continua les six premiers mois à exercer à Newcastle, Kapr travaillait également aux champs avec ses camarades et à la construction de serres, parfois à raison de 19heures par jour ce qui mécontenta les trades unions et les fit mettre en quarantaine par la population qui les traitaient de « juifs et anarchistes » : les seuls étrangers travaillant dans cette région rurale du nord de l’Angleterre étant des ouvriers israélites.

Assez rapidement des milliers de plants de rosiers furent ensemencés dans les serres, puis arrivèrent deux vaches et une paire de chevaux tandis que les colons construisaient un petit moulin pour y moudre le grain et un four à pain. Les compagnons commencèrent également à élever des lapins et de la volaille et à mettre en vente les œufs et les produits de la basse-cour. Ils étaient bientôt rejoint par quatre autres compagnons, dont deux mariés, puis par d’autres, que faute de place, Kapr dût loger dans une autre maison louée dans le village.

A l’été 1897 la colonie, qui s’étendait sur huit hectares, comptait 27 colons, non compris les femmes et les enfants, louait 4 maisons dans le village et écoulait sa production sur les marchés de la région. A la fin de chaque exercice, un quart des bénéfices était partagé entre les colons, les trois quart restant allant à la colonie.

Dans un entretien Kapr précisait à propos du fonctionnement de la colonie : « Nous jouissons tous d’une liberté illimitée. En fondant la communauté anarchiste de Clousden-Hill, je me suis bien juré qu’il ne s’y établirait jamais une autorité, et si, malgré mes vœux, il venait à s’en établir une parmi nous, je serais le premier à quitter Clousden-Hill. Nous avons supprimé de la vie commune tout ce qui pouvait la diviser. Parmi nos colons anarchistes, quelques uns se sont mariés à l’église, d’autres se sont mariés seulement chez le registrer, d’autres enfin vivent avec une compagne qu’ils ne songeront jamais à épouser. Ils vivent ensemble sans que ces différences de situation se traduisent jamais par des conflits de conversation.

Nous ne nous occupons pas davantage de politique ni de religion, bien qu’il existe des anarchistes religieux et que, notamment, l’anarchiste catholique ne soit pas une exception…Nul parmi nous ne songe à commander aux autres, car nous savons que l’ambition de dominer nous affaiblirait et nous perdrait….Nous sommes pénétrés de cette vérité que le triomphe de notre cause, de nos doctrines n’est pas dans la violence, mais dans le travail libre et bien rémunéré, volontairement consenti, accepté comme le premier devoir et le plus grand bonheur que puisse rêver l’humanité…Pour n’avoir aucun maître, il ne s’en suit pas que nous pensions tous et toujours de même. On a ses moments de doute, ses heures de discussion, ses périodes de conflits. Mais nous procédons de façon à n’être jamais divisés….On discute et finalement on vote. La majorité ne fait la loi à personne. Si vingt voix sur vingt-sept se prononcent sur un certain mode de culture…eh bien les vingt votants agiront à leur guise, tandis que les sept autres n’en feront qu’à leur tête. Après un mois ou deux d’expérience, on voit facilement où était la raison et on s’y rallie….Les fermiers d’alentour ont d’abord haussé les épaules. Aujourd’hui ils se rendent compte que nos colons, sans direction, sans discipline, sans commandement, travaillent beaucoup mieux, beaucoup plus utilement et gagnent davantage que leurs ouvriers agricoles soumis à l’obéissance. Ils ont bien essayé de nous imiter, mais alors ils se sont trouvés en face d’une autre coté du problème, leurs ouvriers n’ayant pas bien employé leur liberté parce qu’ils travaillaient pour un patron et non pour eux-mêmes".

P.S. :

Sources : Le Père Peinard, 10 & 17 octobre 1897 //


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