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DIMA-1250

ANTIGNAC, Antoine

Né le 15 avril 1864 à Argentat (Corrèze), mort le 8 juin 1930 au Bouscat (Gironde) ; charretier ; anarchiste.

 
Antoine Antignac (sans date)
Source : Dictionnaire biographique des pionniers et militants d’avant-garde et de progrès social, Contre-courant, 1960-1961 (collection Aristide Lapeyre)

Pierre Antoine Antignac naquit dans une famille pauvre qui comptait onze enfants, mais il avait le goût de l’étude et, quand la famille se fut installée à Bordeaux, le jeune homme commença à travailler comme clerc chez un avoué. Au moins un de ses frères, Mathieu, devait également être militant anarchiste.

Appelé en 1884, Antoine Antignac fut dispensé de service militaire, ayant un frère déjà sous les drapeaux.

Il aurait ensuite été renvoyé par son employeur pour « indélicatesse ». Il préféra dès lors combiner précarité et liberté, et exerça les métiers les plus divers, tâches mal payées mais qui lui permettaient de vivre sans contrainte.

Bon orateur, il tint de nombreuses réunions de propagande anarchiste. À Bordeaux, à la fin des années 1880, il porta ainsi la contradiction à Sébastien Faure, alors jeune militant du Parti ouvrier français de Jules Guesde. Quand Sébastien Faure quitta le parti guesdiste pour devenir anarchiste, il resta très ami avec son ancien contradicteur.

En janvier 1890, il fut, avec Paul Boutin, le rédacteur-administrateur de l’unique numéro de Bordeaux Misère, sous-titré « organe des révoltés ».

À partir de mars 1889, il entretint une importante correspondance avec Stéphane Mougin, le secrétaire de rédaction de L’Attaque, à Paris. Pas moins de 36 de ses lettres (de mars 1889 à février 1892) seront saisies chez ce dernier lors d’une perquisition le 16 mai 1892.

À l’occasion du 1er mai 1891, il fut victime de la vague de répression qui visa les milieux anarchistes, et subit une condamnation le 2 mai à un mois de prison et à 16 francs d’amende pour « incitation au meurtre et au pillage, outrages et rébellion » lors de la distribution d’un manifeste.

Fin 1891, il était membre des groupes bordelais « Les Anti-travailleurs » et « Les Incompris ». Il demeurait alors 33, rue Traversante, quartier Porte-Neuve. Vers cette époque il collabora également à La Revanche de Bordeaux et La Revanche de Gironde publiés par Boutin chez lequel il avait habité.

Il fut la cible d’une arrestation préventive le 24 avril 1892, en pleine préparation du 1er mai, et fut ensuite poursuivi pour « association de malfaiteurs » aux côtés de Bach, Jean Benoit, Édouard Lapeyre, Édouard Mallet, Mallevialle (ou Malaviolle), Léon Mathieu, Dupla et Sicard Palange. Tous bénéficièrent d’un non-lieu le 27 août, la police n’ayant pu saisir, lors des perquisitions, que des imprimés anciens.

Cette même année 1892, il aurait été l’un des rédacteurs de pamphlets hebdomadaires intitulés Hommes et droits.

En contact avec les compagnons éditant à Marseille le journal L’Agitateur, il fut le responsable d’une édition régionale qui n’eut à Bordeaux qu’un seul numéro, en janvier 1893 semble-t-il. Il fut également l’un des correspondants à Bordeaux de La Révolte de Jean Grave.

Suite à l’attentat d’Auguste Vaillant à la Chambre des députés en décembre∞ 1893, il fut l’objet le 1er janvier 1894, comme J. Benoit, Lapeyre, Barreau, Bouton et Dutou, d’une perquisition qui ne donna aucun résultat. Il habitait alors 9, rue Basse, à Bordeaux.

Début 1897, il avait été, avec Antarès, l’un des animateurs et fondateurs du « Groupe d’économie sociale » formé pour étudier « la situation des travailleurs au triple point de vue des salaires, de l’hygiène et du nombre d’heures auquel les patrons les astreignent ».

Durant l’affaire Dreyfus, Antignac s’engagea fortement contre l’antisémitisme. À l’été 1900, dans un article du Libertaire intitulé « Le sionisme », il écrivait : « Depuis des siècles, le sémite est roué de coups, expulsé, volé et même mis à mort par les gouvernements ou certaines parties du peuple, toujours, hélas, en proie à une ignorance précieusement entretenue par les tyrans… Mort aux juifs ! Que signifie ce hurlement de sauvages ? » Puis après avoir réfuté divers préjugés, il concluait : « Arrière, assassins ténébreux d’un autre âge […]. Votre œuvre de mort ne s’accomplira point car la pensée veille » [1].

Au début des années 1900, il était un des principaux orateurs du groupe anarchiste de Bordeaux, qui comprenait entre autres les compagnons Marceau, F. Giraudet, Dabernat, Juillard, J. Artigny, Boué, Jean Benoit, Marnaudet, M. Rauyin, Mathieu, Odin, Latau, Hervy, J. Guisonnier, Sins, G. Lagorce, T. Laffitte, Mlle J. Villeneuve, Mlle Lapeyre, Lardant, Gonteredoner, Sobre, Guardia, Bourreille, Georges Damios, Dutau, Biais, E. Boutet, Lucien Roux, P. Sirux, Lavergne, J. Peyrusse, A. Daniel et M. Catelly.

Le 1er février 1902, parce qu’il avait écrit dans le journal Le Flambeau que « bien des malheurs auraient été évités si Napoléon III avait été assassiné », le tribunal correctionnel de Vienne (Isère) le condamna par défaut à quinze jours de prison et à 50 francs d’amende pour « complicité d’apologie de crime ou meurtre dans un but de propagande anarchiste » avec le gérant du journal, Georges Butaud [2] La peine fut confirmée en appel le 15 mars.

À l’automne 1902, Antoine Antignac était le secrétaire du syndicat des arrimeurs et manœuvres du port de Bordeaux.

En 1904, alors qu’Henri Duchmann attaquait le féminisme et Nelly Roussel dans Le Libertaire, Antignac se prononça pour l’émancipation des femmes : « Liberté du choix de part et d’autre, hors de la propriété maritale, écrivit-il. Organisation d’une société sans obligation ni sanction. Seule l’anarchie réalisera l’harmonie intime et collective ». Puis il conclut « la vie de la femme et un calvaire. L’homme est un ingrat ou un pervertisseur » [3].

Le 16 avril 1904, il donna une conférence « L’Anarchie, son but, ses moyens » à Limoges, devant 200 personnes environ — dont Régis Meunier —, présidée par Monteil.

Cette même année 1904, il était l’un des animateurs de la section bordelaise de l’Association internationale antimilitariste (AIA) dont étaient également membres Victor Labonne, Albert Gresy, J. Guisonnier, François Dalmour, G. David, Pierre Jaure, A. Lachaud, G. Rambeau, Jean Pierrot, Jean Benosa et Jacques Balana. Il collabora au bulletin de l’AIA, L’Action antimilitariste, mais aussi à L’Ordre de Limoges, au Cubilot, de la colonie libertaire d’Aiglemont, et à La Cravache de Charles Dhooghe. Il vivait alors avec Alice Dedieu.

En 1909, Antignac participa à la campagne pour la libération de Vassili Gambachidzé.

Au début des années 1910, il était l’un des animateurs du Groupe d’études sociales qui se réunissait au Bar Dubord (anciennement Bar du Dragon).

En avril 1912, il était présent au congrès de la Fédération révolutionnaire communiste (FRC) des Charentes, qui proposa la tenue d’un congrès national anarchiste.

Début octobre 1912, il reçut à son adresse au 20, rue Lebrun, un lot d’affiches antimilitaristes appelant à l’insoumission — peut-être l’affiche « Aujourd’hui insoumis, demain réfractaire, plus tard déserteur » (voir Eugène Cotte). Le 25 octobre, alors que la guerre des Balkans menaçait de faire basculer toute l’Europe, il prit part à une réunion anarchiste au Bar Dubord avec 11 hommes et 3 femmes, où l’on discuta des dispositions à prendre en cas de guerre. On y parla résistance à la mobilisation, y compris par le sabotage et le pillage des armureries.

Au début de l’été 1913, suite à la vague de mutineries dans les casernes françaises, il fut l’objet, comme Crispel, d’une demande de perquisition pour « provocation de militaires à la désobéissance ».

Du 15 au 17 août 1913, il fut délégué au congrès national à Paris, qui vit la fondation de la Fédération communiste anarchiste révolutionnaire (FCAR). Il fut ensuite le secrétaire du groupe de Bordeaux de la FCAR dont firent notamment partie Romagne, Biais, Papuchon, Jacz et Montbelley. Il demeurait alors au 47, rue Montgolfier, et travaillait comme employé de commerce au Comptoir des entrepôts girondins. Il passait ses dimanches à la bourse du travail et était inscrit au Carnet B.

Libéré de ses obligations militaires en 1910, ayant atteint la limite d’âge, il ne fut pas mobilisé en août 1914. Sur la fin de la guerre, il collabora au journal pacifiste libertaire La Plèbe (voir Louis Alignier).

En 1919, il appartenait à la Fédération anarchiste et écrivait dans Le Libertaire ainsi que dans La Révolte, organe anarchiste du Sud-Ouest. Il aurait également fait partie en 1920 d’un éphémère « soviet de Gironde » d’inspiration anarchiste. Était-il affilié à la Fédération communiste des soviets (voir Marius Hanot) ?

Antoine Antignac fut délégué aux congrès de l’Union anarchiste (UA) à Paris, 14-15 novembre 1920 ; à Lyon, 26-27 novembre 1921 ; à Levallois, 2-4 décembre 1922 ; à Paris, 1-3 novembre 1924.

À 60 ans, racontera Aristide Lapeyre, il continuait à travailler comme livreur à Bordeaux avec une charrette à bras ; son patron acheta une camionnette, mais Antignac refusa d’apprendre à la conduire ; le chauffeur qu’on lui donna alors était, à ses dires, « un imbécile sans malice, incapable de comprendre et d’exprimer une idée raisonnable » et Antignac demanda à reprendre sa charrette à bras [4].

Au congrès de Pantin, 31 octobre-2 novembre 1925, il fut désigné permanent chargé de gérer la librairie de l’UA. Il écrivait en parallèle dans La Revue anarchiste.

En 1926, il était le secrétaire du groupe anarchiste communiste de Bordeaux et était toujours inscrit au Carnet B.

Après l’adoption de la Plateforme par l’Union anarchiste communiste en 1927, Antignac milita à l’Association des fédéralistes anarchistes (AFA). Il écrivit alors dans le périodique de l’AFA, Le Trait d’union libertaire auquel succéda au mois de mai 1928 La Voix libertaire.

En décembre 1927, il fut admis pour traitement à la maison de santé de Tivoli, où il fut amputé d’un doigt.

Antoine Antignac, qui avait toujours pour compagne Alice Dedieu, mourut le 8 juin 1930 et fit inhumé le 11 au Bouscat (Gironde). Sébastien Faure écrivit à son propos : « Irréductiblement attaché et constamment fidèle aux principes et aux méthodes de propagande et d’action véritablement anarchistes, Antoine Antignac ne s’est pas un instant départi de l’attitude qu’un libertaire devrait adapter et conserver en face de ces évènements. Ce n’est pas lui qui se serait prononcé en faveur de la guerre du Droit et de la Civilisation ! Ce n’est pas lui qui se serait illusionné sur le triomphe des bolchévistes en Russie, pas plus qu’il se serait fourvoyé parmi les admirateurs et bénéficiaires de la dictature du prolétariat ! Anarchiste il n’a cessé de l’être, à dater de l’époque à laquelle il l’est devenu et il était de ceux qui ne peuvent pas concevoir qu’ayant été sincèrement et positivement libertaire, on puisse cesser de l’être » [5].


[1Le Libertaire, 19 aout 1900.

[2Le Libertaire, 8 février 1902.

[3Le Libertaire, 24 juillet 1904

[4Dictionnaire biographique des pionniers et militants d’avant-garde et de progrès social, Contre-courant, 1960-1961.

[5La Voix libertaire, 21 juin 1930.


SOURCES :

  • Arch. Nat. BB 186449, BB 186451, F7/12504, F7/12508, F7/13053, 19940432/1894 et 19940434/699 (Dossier Butaud)
  • Arch. dép. Gironde, M (anarchistes 1899-1907).
  • Registres matricules de la Gironde.
  • La Révolte, 23 mai 1891.
  • Le Père Peinard, 8 mai 1892, année 1897.
  • Les Temps nouveaux, années 1897, 1901.
  • Le Libertaire, années 1899, 1900, 8 et 20 février 1902, 1904, 28 novembre et 2 décembre 1920, 9 décembre 1921, 8 décembre 1922, 2 novembre 1924, 6 novembre 1925, 14 juin 1930.
  • Antignac : « Souvenirs tullistes » dans La Voix libertaire, Limoges, nº 81, février 1930.
  • La Voix libertaire nº 69, 21 juin 1930 (nécrologie par Sébastien Faure), 25 juin 1932.
  • « Antoine Antignac » notice d’Aristide Lapeyre, in Louis Louvet, Dictionnaire biographique des pionniers et militants d’avant-garde et de progrès social, Contre-courant, 1960-1961.
  • Jean Maitron, Le Mouvement anarchiste en France, 2 vol., Paris, 1975.
  • René Bianco, Répertoire des périodiques anarchistes de langue française : un siècle de presse anarchiste d’expression française, 1880-1983, Aix-Marseille, 1987.

Au moins 29 revues francophones parues sous ce nom (voir sur le site Bianco).
Au moins 2 ouvrages recensés dans le Catalogue général des éditions et collections anarchistes francophones.
Au moins 3 affiches anarchistes parues avec ce nom. Voir sur Placard
Almeno 1 periodico in lingua francese italana su questo nome (vedere sul sito Bettini).