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Dictionnaire international des militants anarchistes
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BERTRAND Julia, Marie, Victorine
Née le 14 février 1877 à Gemaingoutte (Vosges) – morte le 25 mars 1960 - Institutrice – SNI – Vosges - Rambouillet
Article mis en ligne le 10 avril 2012
dernière modification le 27 février 2018

par R.D.
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Julia Bertrand

Militante féministe, libre penseuse et antimilitariste de tendances libertaires très affirmées, Julia Bertrand, qui a été institutrice dans les Vosges à Gerbépal en 1905, à Biffontaine en 1911, à Harol en 1913, à Charmois-l’Orgueilleux en 1915, fut toujours une ardente militante.

En 1905, elle fut déléguée de Gerbépal au congrès international des libres penseurs tenu au Trocadéro, à Paris, du 3 au 7 septembre. Institutrice à Biffontaine, elle donna l’hospitalité à la conférencière féministe et révolutionnaire Gabrielle Petit, en 1911, au journal de laquelle, la Femme affranchie, elle collabora. En 1913 elle était une amie du journal la Vrille que publiait à Épinal l’anarchiste V. Loquier. Elle exerçait alors à la Neuve-Verrerie, par Harol. Elle signa, le 30 novembre, dans la Vrille, un appel en faveur d’une filiale lorraine de l’Institut franco-allemand de la réconciliation. Dans le n° spécial de la Femme affranchie elle publia un article combattant la circulaire de Mme Dieulafoy ancienne combattante, offrant les services des femmes en cas de conflit.

Syndicaliste, Julia Bertrand participait activement à l’action des instituteurs et on pouvait la voir dans les congrès avec « ses cheveux courts qui tombent naturellement et frôlent à peine les épaules. (Ils) font un peu scandale, même pour les plus émancipés, tant ils contrastent violemment avec les chevelures opulentes de ses compagnes. On dirait un visage d’un autre temps. Passé ? Non. À venir. La physionomie, très douce, comme inspirée, est celle d’un apôtre. C’en est une. Libertaire, elle s’applique à mettre ses actes en accord absolu avec ses paroles. Elle est secourable à tous, elle se prive du nécessaire pour soulager les souffrances qy’elle connaît ou devine, sans se demander si la détresse qui frappe à sa porte est accompagnée de la vertu » (cf. F.Bernard, L. Bouet, M. Dommanger « Le syndicalisme dans l’enseignement…, op. cit. t. I, p. 187).

Et voici la guerre, contre laquelle elle avait combattu de toutes ses forces. Alors institutrice à Charmois-l’Orgueilleux, elle fut arrêtée le 21 août 1914 sur la dénonciation du maire, internée dans un camp de suspects à Aurec (Haute-Loire) en application du carnet B et révoquée le 11 octobre 1914. La Fédération de l’Enseignement protesta et, le 18 février 1915, la Bataille syndicaliste annonçait sa mise en liberté. Cependant, en 1916, le conseil départemental prononça sa révocation.

Exerçant comme institutrice à « La Ruche » de Sébastien Faure depuis le 1er mai 1915, elle y demeura jusqu’à la fermeture de cet établissement, en novembre 1917. En dépit de la campagne du SNI appuyée par la presse socialiste et communiste vosgienne, Julia Bertrand ne fut réintégrée qu’en octobre 1925 et en Seine-et-Oise.

En octobre 1917 elle fut bléssée à la tête d’uin coup de revolver par l’individualiste Oscar Michel qui voulait s’approprier une valise dont elle avait la garde et contre lequel elle refusa de déposer plainte et oeuvra même pour sa remise en liberté (Cf. Ce qu’il faut dire, n°75, 27 octobre 1917).

En 1919 elle était membre du groupe Vie pratique et communiste de Paris de Louis Rimbault et d’un groupe crudivégétalien. Elle fut à la même époque, entre 1919 et 1920, responsable avec Mariette Le Meillour de la rubrique « Tribune féminine » du Libertaire. Proche également des Conseils d’ouvriers syndiqués (COS) animés par Louis Rimbault, elle participa le 1er octobre 1921 (ou 1922 ?) au congrès de la Fédération des syndicats industriels tenu 49 rue de Bretagne.

Entre les deux guerres, elle collabora régulièrement au Libertaire où elle défendit notamment la cause féministe, l’objection de conscience, la Libre pensée, etc .. ; le 21 novembre 1920, elle protestait contre le « tabagisme » de certains compagnons anarchistes, « tabagisme » qui venait de se manifester au cours du premier congrès de l’après-guerre 14-15 novembre ; en juin 1924, elle s’élevait contre la vivisection ; en juillet 1928, elle défendait la Libre pensée et soutenait les objecteurs de conscience. Elle fut responsable, en 1924, pour Paris et sa banlieue, de la Ligue d’action anticatholique fondée par Lorulot en 1919-1920. Cette Ligue était adhérente à la Fédération Nationale de la Libre Pensée.

En 1925 elle donna des cours de sociologie et évoluion des idées à l’Ecole du propagandiste anarchiste.

Durant la Deuxième Guerre mondiale, elle perdit tout ce qu’elle possédait dans le bombardement que subit Noisy-le-Sec où elle habitait.

Julia Bertrand est morte à Fontenay-aux-Roses (Seine) le 25 mars 1960. Sa mort fut annoncée par l’Idée libre de mai 1960 et par Défense de l’Homme, de mai 1960 également. Julia Bertrand avait collaboré à de nombreux périodiques anarchistes. En plus de ceux déjà cités, mentionnons L’En Dehors dont le n° 1 parut le 31 mai 1922.

P.S. :

Sources : : Arch. Nat. F7/13 620, rapport du 29 janvier 1919 sur « La Ruche ». — Arch. Dép. Vosges, 8 M 95 et 8 bis M 42. — Renseignements fournis par J. Bossu. — F. Bernard, Bouët, Dommanget, Serret, Le Syndicalisme dans l’enseignement, op. cit.= notice J. Maitron in Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier..., op. cit. // Notes D. Dupuy// CAC Fontainebleau 1994 0472 art. 148, Dossier Louis Rimbault// R. Lewin « Sébastien Faure et La Ruche… », op. cit.// L’Insurgé, Paris, année 1925 //


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