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Dictionnaire international des militants anarchistes
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BERTHO Louis, Alexandre « LEPETIT, Jules, Marius » ; « LEGRAND »
Né le 15 avril 1889 à Nantes (Loire-Inférieure) - disparu fin septembre 1920 - Ouvrier terrassier ; chauffeur - FCA - CGT - Paris
Article mis en ligne le 4 décembre 2007
dernière modification le 7 mai 2016

par R.D.
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Louis Bertho "Lepetit"

Né dans une famille ouvrière très pauvre, Louis Bertho travailla dès l’âge de onze ans comme mousse aux Chantiers navals de Saint-Nazaire où il dut subir les cruels amusements de ses collègues de travail dont "un des jeux favoris était de lui faire attraper, au vol, des rivets ou des plaques brûlantes qu’au début il recevait sans défiance et qui lui ocasionnaient de cruelles brûlures" (cf. témoignage de A. Barbé). À treize ans, il passait devant le tribunal de simple police et était condamné « pour un délit qu’il n’avait pas commis » (idem), condamnation injuste qui le marqua profondément. Il se révéla très vite militant et orateur à la « voix très forte, prenante, qui captivait rapidement son auditoire » (ibid.) et l’un des meilleurs militants du syndicat des terrassiers dont le secrétaire était alors le militant libertaire Hubert.

Bertho abandonna son nom et se fit appeler Lepetit (Jules, Marius, né le 2 janvier 1883 à Voingt, Pas-de-Calais) car il possédait un livret militaire à cette identité, le propriétaire domicilié dans les Bouches-du-Rhône l’ayant perdu. Il était insoumis et, pour exercer son activité militante en toute quiétude, il avait en sa possession le livret militaire de son frère François, Marie, né le 7 septembre 1883 à Nantes et qui demeurait au Havre (Seine-Inférieure).

À Paris, il habita successivement : de mai à juillet 1912, 27, puis 25, rue de la Goutte-d’Or, XVIIIe arr. ; en août et septembre 1912, 22, rue Thiers, XVIe arr. (ou rue Tiers, XIIIe arr ?) ; de novembre à décembre 1912, 11, rue Pinel, XIIIe arr. ; en 1914, 315, rue de Belleville, XIXe arr. ; de décembre 1914 jusqu’à son départ pour Moscou le 20 juillet 1920, 43, rue de Vincennes à Bagnolet.

En 1912, il était membre du syndicat des terrassiers ; il appartenait également au groupe anarchiste des 5e et 13e arr. de la Fédération communiste anarchiste (FCA) et se signala par ses interventions nombreuses. Il fut candidat, le 19 novembre, au poste de secrétaire de la fédération contre Henri Combes qui fut élu et remplaça Louis Lecoin. Fin novembre, il adhérait au groupe des Amis du Libertaire. Il était également secrétaire de la Jeunesse syndicaliste des terrassiers et membre du comité d’entente des Jeunesses syndicalistes de la Seine.

Selon le témoignage de A. Barbé "il avait une vois très forte, prenante, qui captivait rapidement son auditoire ; c’était vraiment le type du révolutionnaire de cette époque, où l’in mettait l’indépendance et l’esprit critique au dessus des questions d’échelon de salaire. Ouvert à toutes les idées, il était tolérant sans jamais être neutre, désintéressé, énergique, loyal ; il eit pu prétendre aux plus hauts postes dans le mouvement syndical s’il avait eu la moindre ambition mais sa simplicité, sa modestie, sa franchise ne pouvaient lui permettre que de servir dans le rang...Ses interventions dans les congrès confédéraux, où le déléguait la Fédération du bâtiment, étaient trés remarquées, malgré son jeune âge ; il était de l’école de cet autre grand serviteur de la classe ouvrière : Merrheim dont il était l’ami".

Le 17 janvier 1913, jour de l’élection du président de la République, il fut arrêté à Versailles pour avoir, alors qu’avec des camarades il circulait en auto dans les rues de la ville, lancé des tracts réclamant l’amnistie en faveur de militants détenus. Sous l’identité de Lepetit, il fit l’objet, le 19 mars, d’une procédure pour infraction à la loi du 28 juillet 1894 contre les menées anarchistes. L’affaire n’eut pas de suite, le délit étant insuffisamment caractérisé : Bertho avait tracé, le 15 mars, à deux heures de l’après-midi, sur le mur d’un immeuble l’inscription : "Vive l’anarchie". À l’issue du congrès anarchiste d’août 1913, il fut désigné pour faire partie de la commission « chargée de constituer définitivement la nouvelle fédération ».

Omis de la classe 1909, Bertho adressa en septembre 1914 une lettre d’excuses au préfet de la Seine et se fit recenser avec la classe 15 dans le XIXe arr. de Paris. Ajourné le 3 novembre 1914, il était définitivement exempté, le 12 juin 1915, pour faiblesse générale et ulcère à la jambe gauche. Lorsque, vers la fin de cette même année, se constitua un comité d’action internationale, il y représenta avec Hubert le syndicat des terrassiers. En janvier 1916, ce comité se joignit à la minorité socialiste Zimmerwaldienne pour constituer le Comité pour la reprise des relations internationales (CCRI). Il fut un des signataires du tract À l’Internationale, sans date, mais qui fut tiré fin 1916, semble-t-il.

En 1916, il était chauffeur à la Compagnie générale des Petites Voitures.
L’année suivante, le 19 juin, il fut arrêté au cours d’une perquisition au siège du Libertaire comme gérant de la publication clandestine d’un numéro du journal titré « Exigeons la Paix ». Quelques 10.000 exemplaires étaient saisis au domicile de Le Meillour et plusieurs autres militants arrêtés. Il fut condamné le 11 octobre, par la 10e chambre correctionnelle, à deux ans de prison avec Content (15 mois), Grossin (4 mois), Le Meillour (un an), Ruff ( et Barbé (15 mois). Transféré à Clairvaux où pendant quelques mois il fut interné avec François Mayoux,, il fut libéré au début d’avril 1919. Bertho, présenté comme un « petit homme courtaud et trapu aux traits durs », demanda alors à l’UD CGT de la Seine l’organisation d’une manifestation, place de la Concorde, le 1er mai, manifestation qui eut lieu, non sans heurts sanglants avec la police.

L’année suivante, il prenait, fin juin-début juillet, le chemin de Moscou, en compagnie de Marcel Vergeat et Raymond Lefebvre qui représentaient avec lui le comité des syndicalistes minoritaires et le comité français de la IIIe Internationale. Ils faisaient ce voyage à l’occasion de la tenue, en juillet, du deuxième congrès de l’Internationale communiste. Ils arrivèrent, après la conférence, fin juillet à Moscou d’où Lepetit et Vergeat repartirent le 6 septembre après avoir effectué un voyage en Ukraine. Rejoints par R. Lefebvre à Petrograd, tous les trois, accompagnés par le russe Sacha Toubine, prirent le train pour Mourmansk d’où ils devaient s’embarquer pour regagner la France. On ne les revit jamais et, le 1er décembre 1920, l’Humanité annonçait leur disparition, en mer au large de Mourmansk, dans les derniers jours de septembre ou le 1er octobre.

Les hypothèses les plus diverses furent émises sur ces disparitions mystérieuses. A. Kriegel, qui a longuement enquêté à ce sujet, conclut : « Rien n’est vraiment assuré dans cette affaire » — op. cit. p. 787.
Lors du premier congrès tenu par la CGTU à Saint-Etienne en juin 1922, le délégué de l’USI italienne, A. Borghi avait déclaré à propos de cette affaire : "Je connais d’autres difficultés pour revenir de Russie. Les camarades Lepetit et Vergeat n’ont pas pu revenir en Europe. Je connaissais Lepetit et Vergeat ; je les ai rencontré à Moscou à la veille de mon départ ; je sais qu’il n’y a pas de billet de sûreté, même en Russie. Je prie les camarades de bien prendre note de ce que je vais dire. Lorsque je suis parti de Russie on m’a dit : -Borghi, vous allez partir ; avec ces papiers, vous pourrez justifier votre faux nom ; vous vous appelez pour le territoire de Russie, Lepetit"(in Compte rendu du congrès CGTU, p. 302). François Mayoux qui assitait également à ce congrès remarqua qu’à cette déclaration succèda un silence glacé, était persuadé que "les gouvernants russes ont fait assassiné ou laissé assassiner Vergeat, Lepetit et leurs deux compagnons".

Sur ce que Lepetit pensait de la Révolution russe quelques jours avant de quitter définitivement Moscou, on se reportera à sa lettre du 1er septembre 1920 publiée dans le Libertaire du 12 décembre : « La Révolution enfante dans le sang et dans les larmes, dans la peine et dans la douleur, mais l’essentiel est qu’elle donne naissance à quelque chose de sain et de beau. Je crois que, malgré toutes ses fautes, la Révolution russe, qui n’en est encore qu’à sa première période, pourra, si les autres peuples savent l’aider, procréer une société véritablement belle. Mais encore faut-il que les prolétaires de l’Occident ne l’abandonnent pas à ses propres forces ».

P.S. :

Sources : Arch. Nat. F7/13 053. — Arch. PPo. non versées. — A. Kriegel, Aux origines du communisme français, 1914-1920, 2 vol., Paris, 1964. — L’Information ouvrière et sociale, 8 mai 1919. — La Vague, 9 décembre 1920. — Souvenirs de A. Barbé remis à J. Maitron. — Jean-Louis Robert, Les ouvriers, la Patrie et la Révolution. Paris 1914-1919, Annales littéraires de l’Université de Besançon, 1995. = Notice de J. Maitron in "Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier...", op. cit.// R. Bianco « Un siècle de presse… », op. cit // Contre Courant, septembre 1952 (témoignage de F. Mayoux) & 3 février 1953 (témoignage de A. Barbé //

Iconogr. : La Vie ouvrière, 3 décembre 1920.


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