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BERNIZET, Lucien, Charles
Né à Romans (Drôme) le 16 juin 1903 - mort le 12 novembre 1992 - Ouvrier en chaussures - AFA – LICP - CGT - Romans (Drôme)
Article mis en ligne le 14 juillet 2007
dernière modification le 2 novembre 2016

par R.D.
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Lucien Bernizet

Fils d’un tanneur et d’une tailleuse, secrétaire du groupe libertaire de Romans, trésorier en 1924 de la Bourse du Travail, Lucien Bernizet, qui avait été exempté de service militaire, a été l’un des dirigeants de la dure et longue grève qui opposa du 2 avril au 11 mai 1924 les cinq mille ouvriers et ouvrières des cuirs et peaux aux patrons des quarante-neuf usines de Romans. Membre du comité de grève, il fut inculpé à la suite d’incidents survenus le 9 avril devant la maison Fenestrier ; le 10 mai, le tribunal correctionnel de Valence (Drôme) le condamna par défaut à soixante jours de prison sans sursis, 100 francs d’amende et aux dépens. Considéré comme l’un des " meneurs " de la grève, avec Tévenat et le communiste Désiré Revol, il fut en outre condamné le 15 mai, par le même tribunal, à quatre mois de prison et 150 francs d’amende.

Secrétaire du groupe espérantiste ouvrier constitué en novembre 1926, L. Bernizet militait aussi à la Fédération de la Drôme de la Libre Pensée et en fut secrétaire en 1927 et 1928.

En 1929 il était à Paris l’un des animateurs avec André Montigny du Comité de soutien au compagnon Eugène Guillot condamné pour insoumission.

Il fut à Romans, en 1933, l’un des animateurs de la Ligue des Combattants de la Paix, qui groupa les anarchistes, des socialistes et des pupistes, et l’un des dirigeants du plus large comité d’amnistie constitué pour la défense de l’objecteur de conscience libertaire Odibert. Il fut à partir de janvier 1930 le gérant du journal libertaire Le Semeur de Normandie (Caen, 1923-1936) où il avait remplacé Emile Poulain, et à la suite de la parution le 6 juin 1933 d’un article intitulé " l’objection de conscience et l’armée ", il fut inculpé et condamné en octobre 1934 à dix-huit mois de prison avec Eugène Lagot le secrétaire de la Ligue des objecteurs de conscience et Gérard Leretour. Non sans difficultés s’ébaucha une action commune à laquelle participèrent dans le département, anarchistes, communistes, socialistes et pupistes, mais, malgré une campagne de protestations et de meetings, la cour d’appel de Paris confirma ce jugement ; Bernizet fut arrêté le 24 juillet 1935 et incarcéré à la prison de Valence. Le comité d’amnistie, épaulé par le Secours Rouge, organisa la solidarité pour sa famille et l’action pour sa libération qui fut obtenue, après six mois de détention, le 18 janvier 1936. « Je suis sorti de prison courant janvier 1936 et j’ai repris ma place au sein du groupe libertaire de Romans. Durant cette période, nous avons distribué des tracts, organisé des meetings, car à cette époque nous avions fort à faire avec les éléments communistes, et il en fut de même pendant la révolution espagnole. En tous les cas le groupe n’a pas ralenti ses activités : nous vendions 200 exemplaires du Libertaire par semaine, sans compter les autres publications… » Il avait également collaboré à la même époque au bulletin publié à Châtenay Malabry par L. Barbedette, La Vie Universelle organe de l’Association internationale Biocosmisque dont le but était de « faire disparaître toutes causes de guerre…de remplacer la lutte pour la vie par l’entente…et de se substituer aux religions théostes faussement religieuses ».

Le groupe libertaire romanais, dont il était l’animateur et dont faisaient entre autres partie René Paul, Georges Guichart et René Odibert, , manifesta de 1936 à 1938, pendant la guerre d’Espagne, quelque activité publique, et organisa des conférences avec le concours d’anarchistes catalans. Il paraît s’être désagrégé en 1939, après avoir fait campagne pour le " pacifisme intégral ". A la déclaration de guerre « après avoir détruit ce qui devait être détruit, en particulier mes carnets d’adresses…je n’avais conservé que des documents qui me concernaient, comme ceux du procès devant la 13è chambre à Paris en 1935 ». En mai 1940 il se retrouvait dans un Bataillon d’Afrique dans le sud tunisien : « Notre bataillon était composé des exclus de l’armée et de la marine ; nous étions sans équipement et sans armes, encadrés par des officiers et sous-officiers de la Légion étrangère » . Rapatrié en France en août 1940, après l’armistice il était perquisitionné et arrêté en septembre et interné avec un autre membre du groupe, René Paul, au camp de Loriol (Drôme) où « il y avait des républicains espagnols dans un bâtiment, dans l’autre des polonais juifs dont certains portaient encore l’uniforme de l’armée française, ils s’étaient engagés à la guerre pour défendre la France » (lettre de L. Bernizet, 14 juillet 1984). Relâché en novembre, il s’installait à quelques kilomètres de Romans où il était à nouveau arrêté en septembre 1941 par la gendarmerie et gardé en otage avec dix autres habitants de la région dans le Temple de la loge maçonnique « L’Humanité de la Drôme » à laquelle il appartenait, et qui avait été réquisitionné par les Groupes Mobiles de Réserve (GMR) du gouvernement de Vichy. « Nous sommes restés ainsi 30 heures sans boire et sans manger, puis nous avons été relâchés. Pendant cette détention, des amis qui craignaient pour ma vie, allèrent chez moi et détruisirent tous les documents que je pouvais encore posséder…  »

Lucien Bernizet avait été initié comme apprenti le 5 juillet 1936, puis compagnon le 4 juillet 1937 à cette loge du Grand Orient. En raison de l’occupation et des lois anti-maçonniques du gouvernement de Vichy, il ne sera reçu Maître que le 10 février 1946. Il sera plus tard, le 25 février 1954, le fondateur du Chapître des Ateliers de Perfectionnement de Valence. En février 1964, il donna à sa loge un travail d’une soixantaine de pages, intitulé "Les Francs-Maçons de Romans (Drôme) sous la 2ème République et l’Empire", où il relatait les correspondances entre les loges de Valence, Romans, le Grand Orient et le pouvoir militaire qui les avait fermées d’autorité au prétexte qu’elle étaient un repaire d’agitateurs et où tous les avoirs du temple de la loge de Romans, situé rue Pierre Sémard, avaient été dispersés par vente judiciaire.

Lucien Bernizet n’avait pu retrouver de travail dans sa profession et il vécut de la vente au marché des produits de son jardinage. Il vivait à Peyrins (Drôme). Marié à Romans-sur-Isère (Drôme) le 28 novembre 1931 avec Zélie Chometon, père de plusieurs enfants ; il mourut à Romans le 12 novembre 1992.

P.S. :

Sources : Arch. Nat. F 22/42. — Arch. Dép. Drôme 10 M 18,35 M 274. — La Vie Ouvrière, 9 mai 1924. — Le Semeur — Le Bonhomme Jacquemart (Romans). — La Volonté socialisteLe Travailleur AlpinLe Sud-Est (1936). = notice de R. Pierre in "Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier...", op. cit. // Notes D. Dupuy // Bulletin du CIRA, Marseille, n°26/27, 1986 // Bulletin du CIRA, Marseille, n°23/25, op. cit. (Témoignage de L. Bernizet, 1984) // R. Bianco "Un siècle de presse...", op. cit. // Le Combat syndicaliste, 8 juin 1934// La Voix Libertaire, années 1929, 1934 //


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