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BESNARD, Eugène “Pierre”

Né le 8 octobre 1886 à Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire), mort le 19 février 1947 à Bagnolet (Seine) ; cheminot ; anarcho-syndicaliste ; cofondateur de la CGTU, de la CGT-Syndicaliste révolutionnaire puis de la CNT française.

 
Pierre Besnard dans les années 1930
Source : Archives de la préfecture de police de Paris.

Cofondateur de la CGTU, puis de CGT-SR puis enfin de la CNT française, Pierre Besnard voulut clarifier le syndicalisme révolutionnaire en le dotant d’une véritable doctrine. Mais du fait des recompositions syndicales de 1921-1926, ses innovations doctrinales se trouvèrent finalement correspondre à une mutation du syndicalisme révolutionnaire : l’anarcho-syndicalisme.

Dans sa jeunesse, Besnard était communément appelé Eugène, son premier prénom. Ce n’est que lorsqu’il deviendra un militant connu qu’on l’appellera Pierre. Son père, paysan puis cheminot syndiqué [1], mourut lorsque son fils avait 16 ans. Deux ans plus tard, le 24 novembre 1904, Eugène Besnard s’engageait dans l’armée pour quatre ans. Il fut incorporé au 3e régiment de zouaves, passa quatre ans en Algérie, finit son service comme caporal secrétaire du major, et fut rendu à la vie civile le 24 novembre 1908.

Il entra le 1er mars 1909 aux chemins de fer du Réseau de l’État comme facteur auxiliaire à Chinon (Maine-et-Loire).

Il est possible qu’il se soit syndiqué rapidement, car le 21 novembre 1909, un Besnard fut élu représentant du personnel suppléant, au titre de la CGT, dans l’arrondissement de Tours [2].

Lors de la grève des chemins de fer d’octobre 1910, Eugène Besnard fut, comme des dizaines de milliers de cheminots, « appelé sous les drapeaux » et affecté militaire à son poste du 14 au 27 octobre. Cette mobilisation militaire des cheminots, décidée par le président du Conseil, Aristide Briand, permit de briser la grève.

Il fut délégué au congrès régional du Réseau de l’État, à Thouars, les 18 et 19 novembre 1911. Il ne faisait pas partie de la minorité révolutionnaire animée par Dejonkère, Le Guennic et Davoust, et qui fut exclue du congrès, car il participa à la commission des revendications et à celle des candidatures au comité de Réseau et au comité fédéral [3].

En 1912, il vivait à Oissel (Seine-Inférieure) où, le 25 septembre 1912, il épousa Thérèse, Marie, Eugénie Mortreuil, née le 4 mai 1892 (décédée, à Paris 12e, le 1er juillet 1979).

Pendant la Grande Guerre, Besnard fut de nouveau mobilisé à son poste, du 2 août 1914 au 2 avril 1919. Il resta syndiqué, et signa un article purement corporatif dans La Tribune des cheminots d’août 1917. Puis, en 1918, il fit ses premiers pas sur le terrain des idées politiques en donnant à ce journal des articles dans une veine mutuelliste. Se réclamant du « communisme » d’Owen et de Fourier, il défendait l’idée d’une émancipation graduelle du prolétariat par la création de coopératives. Avec un groupe de cheminots, il collecta même de l’argent pour en lancer une, « L’Intégrale ». Parmi ses contradicteurs se trouvait son futur rival historique, Gaston Monmousseau. Première passe d’armes, amicale, qui révéla chez Besnard, déjà, le souci d’avoir un « système » à proposer pour remplacer le capitalisme, plutôt que des « principes sans souci des réalités et des possibilités » [4].

Besnard devint révolutionnaire au cours de l’année 1919. Dans le numéro du 15 septembre 1919 de La Mêlée, journal « libertaire, individualiste, éclectique », il publia un article quelque peu superficiel plaidant pour le dialogue entre anarchistes communistes et individualistes, et totalement muet sur le syndicalisme. Il était pourtant, au même moment, délégué au congrès CGT de Lyon, tenu du 15 au 21 septembre 1919, qui fut le théâtre d’un affrontement passionné entre la minorité révolutionnaire et la majorité confédérale accusée d’avoir, depuis 1914, sombré dans le chauvinisme et dans le réformisme. Délégué néophyte, mandaté aussi bien par des syndicats minoritaires (Bressuire et Loudun) que par des syndicats majoritaires (Montoire-sur-Loire, PO-Saumur et OE-Saumur), Pierre Besnard ne prit pas la parole à ce congrès. Mais il en suivit sans doute avidement les échanges car, après Lyon, il avait choisi sa voie. Désormais, il se vouerait intégralement au syndicalisme révolutionnaire. Le 15 décembre 1919, il fut muté en région parisienne, cœur battant du mouvement ouvrier, comme facteur chef à la gare d’Auteuil-Boulogne (Seine).

Chef de file des syndicalistes révolutionnaires « purs »

Du 16 au 18 avril 1920, au Havre, Pierre Besnard participa au congrès du syndicat du réseau de l’État, qui vit la tendance révolutionnaire l’emporter à une large majorité. Quelques jours plus tard, il était à Paris pour le congrès de la fédération des Cheminots, tenu au gymnase Japy du 22 au 24 avril. Il y prit la parole, se situant nettement dans la tendance révolutionnaire qui allait renverser les réformistes et porter les anarchistes Edmond Lévêque, Henri Sirolle et Gaston Monmousseau à la direction de la fédération. La motion d’orientation décida de rompre avec l’œuvre de « collaboration » passée et « d’engager une grève générale de tous les réseaux en posant comme revendications : la nationalisation, la réintégration des révoqués, l’abandon des poursuites judiciaires et la reconnaissance du droit syndical », laissant toute latitude à la direction fédérale, « en accord avec la CGT », pour l’organiser.

Besnard apparut dès ce moment comme un actif collaborateur d’Henri Sirolle. Alors que Sirolle était accaparé par son mandat fédéral, c’est Besnard qui le représenta par exemple à l’assemblée générale des syndiqués du réseau de l’État Paris-Rive gauche, le 27 avril 1920. Il y fit un bilan enthousiaste des deux congrès où les révolutionnaires avaient triomphé, et engagea l’assistance à se tenir prête pour la grève générale des chemins de fer, imminente.

Le rôle de Besnard se confirma le 4 mai lorsque, en pleine grève, il fut désigné secrétaire par intérim du bureau mixte des syndicats parisiens de cheminots. Il habitait alors au 14, rue Henri-Monnier, à Paris 9e. Le 14 mai, il fut révoqué des chemins de fer.

Cherchant un nouvel emploi, il fut embauché, le 1er juillet 1920, comme taxateur à la Société piémontaise de transports, à Paris 2e, mais il resta secrétaire des cheminots parisiens. C’est ainsi qu’il fut délégué au congrès du réseau de l’État-Rive gauche, les 21 et 22 août 1920, rue de la Grange-aux-Belles. En septembre, il adressa une lettre au juge d’instruction où il se déclarait solidaire de ses camarades cheminots inculpés de « complot contre la sûreté intérieure de l’État ». Il rendit son mandat de secrétaire des cheminots parisiens le 21 octobre 1920, ne s’estimant plus légitime.

Pierre Besnard se classa à l’époque parmi les syndicalistes révolutionnaires dits « purs ». Les « purs » étaient, pour l’essentiel, de jeunes syndicalistes révolutionnaires ayant émergé sur la scène militante durant la guerre, anarchistes ou nettement influencés par l’anarchisme. Se référant strictement à la Charte d’Amiens, ils défendaient farouchement l’indépendance intégrale du syndicalisme, en désaccord avec les militants procommunistes de La Vie ouvrière qui, comme Pierre Monatte ou Gaston Monmousseau, voulaient l’associer à la IIIe Internationale. À cette époque, Pierre Besnard fut en relations avec Victor Griffuelhes, ancien secrétaire général de la CGT de 1901 à 1909 et figure de proue du syndicalisme révolutionnaire d’avant-guerre. Griffuelhes fut alors l’éminence grise des « purs ».

Pierre Besnard ne siégea ni au congrès confédéral d’Orléans, du 27 septembre au 2 octobre, ni à la conférence des syndicats minoritaires tenue, les 25 et 26 septembre puis le 2 octobre. Mais sous l’influence de La Vie ouvrière, cette conférence prit deux décisions importantes : primo, se structurer en constituant des comités syndicalistes révolutionnaires (CSR) ; secundo, se tourner vers l’internationale syndicale en gestation à Moscou. Cette seconde décision devait engendrer une profonde fracture au sein des CSR.

Les mois suivants, anarchistes et « purs » s’associèrent dans une tendance commune se disant « fédéraliste » pour remettre en cause l’orientation pro-Moscou des CSR, défendre l’indépendance syndicale et une conception anti-autoritaire du socialisme. Cette tendance, dont les principaux porte-parole étaient Guillaume Verdier et Pierre Besnard, ainsi que les anarchistes Louis Lecoin et André Colomer, mena la lutte au grand jour, mais pas seulement. En février 1921, 18 militants — dont Pierre Besnard — constituèrent en effet une fraction secrète autour d’un texte sobrement intitulé « Pacte ». En 11 articles, il fixait pour objectifs de « faire éclore la révolution » (§5), de « défendre le fédéralisme et l’autonomie du mouvement syndicaliste » (§6), et pour cela de hisser des hommes de confiance « à la tête et dans tous les rouages essentiels du CSR », puis « à la tête de la CGT quand elle sera en notre pouvoir et sous notre contrôle » (§7).

Les autres signataires du Pacte étaient Guillaume Verdier, Marie, Jean-Louis Bisch, Michel Relenque (Moïse Kneler), (Julien ?) Churin, Machebœuf, Scheiber, Pothion, Jouve, Ferrand, Daguerre, Maison, Gaudeaux, Henri Sirolle, Varlot [Jean-Baptiste Vallet], Henri Toti et Henri Fourcade. Le Pacte exista cinq mois, avant de se dissoudre de facto en juillet 1921 [5].

Dans un premier temps, alors que la dérive policière en Russie rouge était de plus en plus documentée, la tendance fédéraliste gagna du terrain. En sortant de prison en mars 1921, Pierre Monatte, secrétaire en titre du comité central des CSR, constata que les fédéralistes y étaient désormais dominants. Lors d’une réunion orageuse, Pierre Besnard, argua de la Charte d’Amiens pour s’opposer à la liaison entre les syndicats et le Parti communiste, et Pierre Monatte donna sa démission [6]. Le 20 mai 1921, il fut remplacé par Pierre Besnard, secrétaire, assisté d’Augustin Quinton, secrétaire adjoint, et de Pierre Fargue, trésorier. Dans le même mouvement un manifeste des CSR fut adopté qui affirmait « l’indépendance totale et l’autonomie du syndicalisme révolutionnaire français […] sans dédaigner l’appoint que peuvent lui apporter en ce moment les partis politiques révolutionnaires ». Le manifeste faisait du syndicalisme « le moteur principal de la révolution » et promouvait « une action apparemment différente dans ses moyens, mais identique dans ses fins, à celle du prolétariat russe » [7].

Une fois au secrétariat des CSR, Pierre Besnard entra en contact avec le comité directeur du Parti communiste pour qu’il clarifie ses intentions. Mais si Frossard se montrait ouvert à l’autonomie du mouvement syndical, Albert Treint affirmait ouvertement la nécessité d’une subordination des syndicats au Parti, comme le racontera Besnard au congrès des CSR du 23-24 juillet 1921.

Le 1er juillet 1921, Besnard s’installa 22, rue Popincourt, à Paris 11e, au loyer annuel de 1 200 francs. Il ne participa pas à la délégation des CSR, dominée par les « purs », qui se rendit à Moscou pour le congrès fondateur de l’Internationale syndicale rouge (ISR), du 3 au 19 juillet 1921. À Moscou, des dissensions tactiques apparurent au sein des « purs » sur l’attitude à adopter vis-à-vis de l’ISR (voir Henri Sirolle), conduisant à la dislocation de fait du « Pacte » (voir Moïse Kneler).

Le congrès confédéral CGT de Lille se tint du 25 au 30 juillet 1921, et fut précédé, les 23 et 24 juillet, par le congrès des CSR. On y lava le linge sale en famille. Les délégués demandèrent des explications sur les dissensions au comité central des CSR, et donnèrent raison à Pierre Besnard contre Pierre Monatte sur la défense de l’indépendance du syndicalisme révolutionnaire. Le secrétariat des CSR fut reconduit, Besnard et Quinton échangeant simplement leurs rôles. « Le fédéralisme triomphe » titra Le Libertaire du 29 juillet, rendant compte de ces assises.

Les jours suivants, au congrès confédéral CGT, Pierre Besnard apparut comme un des principaux porte-parole de la minorité. C’est à lui qu’échut la présentation du programme du syndicalisme révolutionnaire : il définit le « contrôle ouvrier » (opposé à la cogestion), affirma le rôle prédominant des syndicats dans la révolution, en toute indépendance des partis, la nécessaire intégration des ingénieurs et techniciens au prolétariat en lutte (en empruntant semble-t-il des idées à l’Ustica [8]), la coordination avec la paysannerie et le rééquilibrage des rapports ville-campagne… L’auditoire fut assez étonné d’entendre un minoritaire développer un programme constructif, alors que la majorité confédérale pensait en avoir le monopole [9]. Pierre Besnard avait trouvé son rôle : pendant les deux décennies suivantes, les questions de doctrine révolutionnaire et de projet de société devaient rester au centre de ses préoccupations.

En septembre 1921, la direction réformiste de la CGT vota l’exclusion des CSR, ce qui revenait à casser la CGT en deux. Une conférence des CSR se tint le 31 octobre pour aviser [10]. Besnard et ses cosecrétaires y présentèrent un rapport proposant de prendre acte de la scission, et de fonder sans tarder une « CGT révolutionnaire (CGTR) » agissant dans l’« indépendance absolue » des partis politiques. [11]. Ce texte fut repoussé par les délégués, qui approuvèrent la position de La Vie ouvrière : refuser d’entériner la scission, négocier avec la majorité de la CGT pour maintenir l’unité ouvrière.

La scission, malgré tout, semblait imminente, ce qui attisait la controverse, au sein des CSR, entre « fédéralistes » et « communistes ». Le 11 décembre 1921, Besnard signa ainsi dans Le Journal du peuple une tribune « Chacun chez soi » prenant publiquement le contre-pied de Gaston Monmousseau qui, au congrès de l’Union des syndicats de la Seine, venait de déclarer que le syndicalisme devait avoir « un pied dans la lutte économique, et l’autre dans la lutte politique ».

Le 14 décembre, Besnard, Quinton et Fargue annoncèrent qu’ils rendraient leur mandat lors de la conférence nationale du 25 décembre 1921, en invoquant le principe de « non-rééligibilité des fonctionnaires » mais aussi « des frictions, des heurts » entre les tendances composant les CSR.

Cofondateur de la CGTU

Quand la scission confédérale fut finalement consommée, lors du « congrès des syndicats unitaires » tenu du 22 au 24 décembre 1921 à Paris, Pierre Besnard fut élu à la commission administrative provisoire de ce qui allait devenir la CGT unitaire (CGTU). Les fédéralistes dominaient les 19 membres de cette CA provisoire. On y trouvait en effet quatre anciens signataires du « Pacte » — Besnard (cheminots), Pothion (voiture-aviation), Quinton (métaux), Verdier (bâtiment) — ; trois autres syndicalistes « purs » — Barthès (terrassiers), Couture (bâtiment), Claudine Lemoine (habillement) — ; deux anarchistes notoires — Colomer (auteurs dramatiques) et Lecoin (bâtiment). Face à ces neuf fédéralistes, on trouvait trois procommunistes de La Vie ouvrière — Monatte (correcteurs, qui démissionna presque aussitôt), Bisch (ameublement), Monmousseau et Semard (cheminots) — et trois communistes encartés — Gourdeaux (PTT), Jacob (textile) et Berrar (métaux), ce dernier néanmoins sur une ligne plutôt fédéraliste. Restaient enfin trois militants de tendance indéterminée — Desmoulliers (ameublement), Guillon (alimentation) et Meillat (cuirs et peaux). Quant au bureau confédéral provisoire, il était composé de trois fédéralistes : Toti (Bouches-du-Rhône), Cadeau (Maine-et-Loire) et Labrousse (Charente-Inférieure).

Le congrès unitaire fut suivi du congrès des CSR, les 25 et 26 décembre 1921, au terme duquel Besnard, Quinton et Fargue rendirent leur mandat, et cédèrent la place à l’anarchiste Paul Veber et au communiste Alexandre Lebourg.

Au sein de la CA provisoire, Besnard travailla activement à la préparation du congrès fondateur de la CGTU, contribuant notamment à la rédaction d’un projet de statuts confédéraux très marqués par les conceptions libertaires. Depuis 1902, la CGT avait une double structuration « verticale » (par les fédérations professionnelles) et « horizontale » (par les unions territoriales), la primauté allant, de facto, aux fédérations. Le projet coélaboré par Besnard chamboulait tout : les fédérations n’y avaient plus qu’un rôle consultatif, tandis que les territoires prenaient du poids : il s’agissait en effet de supprimer les 90 unions départementales — fondées sur un échelon administratif de l’État — pour les remplacer par 29 unions régionales fondées sur les bassins industriels. Enfin, reprenant une idée qui avait agité la CGT en 1913, le projet de statuts proposait la non-rééligibilité des permanents syndicaux. La Vie ouvrière s’opposa à ce projet sur tous les points.

Pour soutenir le débat, Pierre Besnard et les « purs » de la CGTU publièrent, de décembre 1921 à avril 1922, le journal Le Syndicaliste révolutionnaire, bientôt rebaptisé La Bataille syndicaliste. Besnard s’y montra favorable à l’adhésion de la CGTU à l’ISR à condition que celle-ci renonce à l’article 11 de ses statuts, instaurant une « liaison organique » avec l’Internationale communiste, ce qui aurait supposé une liaison similaire entre la CGTU et le PCF, soit l’annihilation de la Charte d’Amiens et de l’indépendance syndicale. Ce fut l’occasion d’un désaccord public avec les anarchistes de l’UA qui jugeaient que cette posture de Besnard relevait soit d’une illusion, soit d’une manœuvre illusoire : formuler des demandes ne pouvant être satisfaites pour prouver que c’était les communistes les diviseurs [12]. Par la suite, les anarchistes devaient reprocher plus d’une fois à Besnard des louvoiements semant de la confusion là où il fallait au contraire des séparations nettes.

Avec l’approche du 1er congrès confédéral, qui devait déterminer l’orientation de la CGTU, la lutte entre les tendances Besnard et Monmousseau s’aiguisa. L’existence du « Pacte » fut révélée, sans doute par un de ses signataires, Bisch, qui rejoignit alors La Vie ouvrière, et dénoncée publiquement dans le nº 1 (mai 1922) de La Lutte de classes, organe francophone de l’ISR.

Le « Pacte » fut vivement reproché à Besnard et à ses cosignataires, bientôt surnommés « les pactisants ». Pierre Monatte les dénonça dans une tribune au Journal du peuple du 11 mai 1922, puis dans un long article de L’Humanité du 22 juin 1922. Pour répondre à la polémique, le texte intégral du « Pacte » fut publié le 15 juin 1922 dans La Bataille syndicaliste, qui l’expliqua par le contexte de février 1921, où les CSR étaient pilotés par les communistes, « époque tragique où de multiples et redoutables périls menaçaient le syndicalisme ».

En juillet 1922, Léon Trotski écrivit à Albert Treint pour encourager le PCF à faire du « Pacte » un objet de polémique permanente. Celle-ci devait en effet se poursuivre jusqu’en octobre 1922. Dans plusieurs articles du Journal du peuple, Guillaume Verdier, Pierre Besnard et Augustin Quinton devaient présenter le « Pacte » comme une riposte au « Pacte Treint-Souvarine-Tommasi-Rosmer-Monatte » visant la subordination du syndicalisme au Parti communiste. Par la suite, les communistes ne cesseront de dénoncer la « clique Verdier-Besnard ».

Du 16 au 19 juin 1922, Pierre Besnard, Henri Toti et Louis Lecoin furent délégués par la CGTU à la Conférence syndicale révolutionnaire internationale qui se tint à Berlin. Tous trois participèrent beaucoup aux débats et Toti présida même une séance. À cette époque, face à l’internationale syndicale réformiste d’Amsterdam, les fédéralistes envisageaient deux options pour la CGTU : soit adhérer à une ISR qu’on aurait émancipée de Moscou, soit fonder une internationale purement syndicaliste révolutionnaire. Besnard fut le protagoniste d’un épisode qui balaya les derniers doutes. Présidant une séance, il demanda par trois fois à Andreïev, représentant de la centrale syndicale soviétique, s’il accepterait de cosigner une pétition demandant la liberté syndicale en Russie et la libération des anarchistes et syndicalistes qui y étaient incarcérés. Par trois fois, Andreïev refusa, puis quitta la conférence [13]. L’hypothèse ISR était écartée. Six mois plus tard serait fondée l’Association internationale des travailleurs (AIT).

Enfin arriva le moment tant attendu : le 1er congrès confédéral de la CGTU, à Saint-Étienne fin juin 1922. Les deux tendances, fédéraliste et procommuniste, avaient promis de s’y livrer bataille « chacun avec son drapeau » autour des résolutions « Besnard » et « Monmousseau » ainsi qu’on les surnomma par raccourci.

Globalement, les résolutions Besnard devaient rassembler les suffrages des syndicalistes « purs » et des anarchistes. La motion Monmousseau allait ratisser plus large : les amis de La Vie ouvrière, procommunistes mais promettant de préserver l’indépendance de la CGTU ; la majorité des communistes encartés, rangés tactiquement derrière Monmousseau pour battre Besnard ; enfin les « indépendants » comme Joseph Lartigue et Marie Guillot, qui faisaient confiance à La Vie ouvrière. Seule une minorité de communistes intransigeants, autour de Louis Quémérais, ne soutinrent pas Monmousseau.

La bataille décisive porta sur l’adhésion à l’ISR. Les fédéralistes firent un tir de barrage contre l’article 11. Monmousseau contourna l’obstacle en proposant que la CGTU adhère à l’ISR « avec réserve », et promit de négocier ensuite la suppression du fâcheux article 11. La manœuvre fut couronnée de succès : 743 mandats allèrent à Monmousseau, 406 à Besnard et 11 à Quémérais qui demandait l’adhésion sans réserves à l’ISR. Sur l’orientation nationale, Besnard recueillit 391 mandats contre 779 à Monmousseau. Quant au projet de statuts confédéraux, Besnard recueillit 336 mandats, contre 743 à Monmousseau et à son contre-projet, simple décalque des statuts de la CGT. Les procommunistes l’emportaient donc sur tous les tableaux et Gaston Monmousseau fut désigné secrétaire général de la CGTU.

Besnard au sein de la minorité syndicaliste révolutionnaire au congrès de Saint-Etienne (1922).
Source : Almanacco di Guerra di Classe (1923).

Protagoniste du Comité de défense syndicaliste

Les fédéralistes, devenus minoritaires, refusèrent de participer à la nouvelle commission administrative de la CGTU. Ils se constituèrent dans la foulée en Comité de défense syndicaliste (CDS). Pierre Besnard en fut le secrétaire, au titre de la minorité des Cheminots de la Seine, avec pour adjoint Albert Lemoine, des Métaux de la Seine, et Fernand Petibon, du Bâtiment de la Seine, comme trésorier [14].

La défaite de Saint-Étienne démoralisa cependant la minorité. Assez rapidement, comme devait l’écrire Besnard, de ce CDS « ne vécut plus que la tête, à Paris ; la province boudait ou se désintéressait de son existence » [15]. La Bataille syndicaliste cessa de paraître. Pour compenser, Besnard et ses amis conclurent un accord avec Le Journal du peuple qui devint l’organe officieux du CDS. Celui-ci passa également ses communications dans Le Libertaire et bientôt dans l’hebdomadaire L’Égalité, publié par des communistes en rupture de ban autour de Ludovic-Oscar Frossard.

Fin septembre 1922, la majorité de commission exécutive du CDS — dont Besnard — adopta une posture inattendue en se prononçant pour la réunification CGT-CGTU au nom de l’« unité ouvrière » [16] Ce virage jugé opportuniste provoqua la démission de Louis Lecoin et d’André Colomer de la CE du CDS [17], et suscita un article moqueur d’Alphonse Merrheim [18].

La bataille de Saint-Étienne initia deux années de déchirements à la CGTU entre les « néocommunistes » de la majorité confédérale et les « anarcho-syndicalistes » du CDS. C’est à cette époque en effet que le terme anarcho-syndicalisme commença à se répandre. Utilisé dans les années 1900 par les guesdistes (marxistes orthodoxes du PS) pour discréditer le syndicalisme révolutionnaire, le terme était désormais repris par les communistes. Par retournement du stigmate, des militants du CDS commencèrent à s’approprier cette étiquette, à se dire, oralement, « anarcho-syndicalistes », à glisser parfois le mot dans des articles [19]. Mais le terme ne devait pas être officialisé avant 1937, quand Pierre Besnard l’érigea au rang de doctrine à part entière.

Fin décembre 1922, Pierre Besnard et Albert Lemoine participèrent, au nom du CDS, au congrès syndicaliste révolutionnaire de Berlin. Lié par sa politique au sein de la CGTU, le CDS ne put faire autrement que de plaider pour ne pas constituer une troisième internationale, mais pour former une opposition au sein de l’ISR  [20]. La majorité en décida autrement, et fonda l’Association internationale des travailleurs (AIT).

Du 12 au 17 novembre 1923 se tint à Bourges le 2e congrès confédéral de la CGTU, où le CDS espérait regagner du terrain. Las, ce fut un échec cuisant. Besnard, délégué par le syndicat des cheminots de Poitiers, agaça fortement certains de ses alliés. Il proposa par exemple que le CDS demande à siéger à la commission administrative de la CGTU ; il misait sur un refus qui aurait permis de dénoncer le sectarisme des communistes, voire aurait justifié un départ de la CGTU. Lecoin et Colomer protestèrent contre cette « maladie chronique : le manœuvriérisme […] digne des pires politiciens ». Cela n’empêcha pas Besnard, quelques jours plus tard, de rédiger une motion qu’il fit cosigner d’une vingtaine de délégués, et qui fut au bout du compte désavouée par la majorité du CDS [21].

Après que le congrès eut consacré une nouvelle défaite de la minorité « anarcho-syndicaliste », le CDS s’associa avec un autre pôle oppositionnel, les Groupes syndicalistes révolutionnaires (voir Benoît Broutchoux), pour former la Minorité syndicaliste révolutionnaire (MSR) de la CGTU.

Après Bourges cependant, l’avenir semblait irrémédiablement bouché. Et, bientôt, le sang coula. Le 11 janvier 1924, l’assassinat de deux ouvriers libertaires, Nicolas Clos et Adrien Poncet, par les communistes, poussa de nombreux syndicats minoritaires à rompre avec la CGTU. Dans la coulisse, Pierre Besnard démarcha alors certains dirigeants de la CGT pour envisager une réunification syndicale qui, dans son imagination, écarterait aussi bien les communistes que Léon Jouhaux. Sa correspondance avec Théo Argence à cette période témoigne du goût pour la manœuvre d’un Besnard surestimant grandement son influence. Ses démarches échouèrent  [22].

À l’été 1924, le gouvernement du Cartel des gauches ordonna la réintégration des cheminots révoqués en 1920 du réseau de l’État. Pierre Besnard fut réintégré comme facteur chef à Paris Saint-Lazare en août 1924. Il vivait alors à Puteaux.

Les 1er et 2 novembre 1924, la MSR tint un congrès pour fixer sa conduite. Besnard y plaida vigoureusement pour la rupture (« Plus un homme, plus un sou pour la CGTU », clama-t-il), estimant qu’il n’y avait que trois possibilités : soit rentrer à la CGT réformiste ; soit passer à l’autonomie, mais ce n’était qu’une solution provisoire ; soit fonder une troisième CGT authentiquement syndicaliste révolutionnaire. C’est l’option intermédiaire qui prévalut, avec la fondation de l’Union fédérative des syndicats autonomes (UFSA). Besnard appartint à sa commission administrative provisoire (voir Lucien Huart).

Lors de la conférence de Saint-Ouen, le 28 juin 1925, il fut élu au bureau exécutif de l’UFSA comme cosecrétaire avec Lucien Huart. Les autres membres en furent Amélie Planteline (trésorière), Saroléa (trésorier adjoint) et Lentente (archiviste).

Cofondateur de la CGT-SR

En août 1926, Besnard lança, avec Huart et Albert Guigui, La Voix du travail, bulletin mensuel qui se voulait le porte-voix en France des positions de l’AIT. Dans le numéro d’octobre-novembre 1926, parut l’appel « Pour le regroupement de nos forces » qui préconisait la création d’une 3e CGT, authentiquement syndicaliste révolutionnaire. L’appel était cosigné de Huart et Besnard (UFSA), Leroy (Fédération autonome des coiffeurs), Boisson, Juhel et Andrieux (Fédération autonome du bâtiment).

Les 15 et 16 novembre 1926 se tint le congrès de l’UFSA à la mairie du 6e arrondissement de Lyon. Il y fut décidé, par 84 mandats contre 3 et 2 abstentions, la création de la CGT syndicaliste révolutionnaire (CGT-SR), adhérente à l’AIT, dont le siège fut fixé au 86, cours Lafayette, à Lyon. Pierre Besnard en rédigea le manifeste, plus connu sous le nom de « Charte de Lyon », qui fut adopté par 80 voix dont 30 avec réserve. La Charte de Lyon reprenait les grandes lignes de la Charte d’Amiens, mais en y accentuant la tonalité anti-étatiste.

La création de la CGT-SR n’avait cependant pas rallié tous les syndicats ayant rompu avec la CGTU. L’importante Union des syndicats du Havre, par exemple, dirigée par Jean Le Gall, resta dans l’autonomie, tandis qu’une minorité autour de Julien Le Pen, Albert Guigui et Georges Bastien choisissait de retourner à la CGT. La majorité de l’Union anarchiste désapprouva également la stratégie de « troisième CGT » que beaucoup surnommaient, rapport à ses maigres effectifs, la « CGT Sans Rien ».

En 1928, Pierre Besnard, séparé de son épouse, s’installa avec sa compagne Lucie Job au 12, rue Gambry, à Paris 11e. Début 1929, il devint responsable du Combat syndicaliste, qui fut même, pour quelques numéros, domicilié chez lui. Il appartenait alors au syndicat des cheminots de la Seine.

Théoricien de l’anacho-syndicalisme

La fondation de la CGT-SR avait ouvert une nouvelle phase dans la carrière militante de Pierre Besnard, qui allait s’atteler au grand œuvre de sa vie : fournir au syndicalisme révolutionnaire un corps de doctrine, un projet de société et même une morale prolétarienne, en une « trilogie inséparable ». Il mit alors sur le papier des idées déjà présentes, parfois à la formule près, dans ses textes de 1921.

Outre la presse de la CGT-SR, il diffusa ses idées dans la presse anarchiste. Se tenant à distance du Libertaire et de l’Union anarchiste, il donna plus volontiers des articles à L’Anarchie des individualistes Simone Larcher et Louis Louvet, à Plus loin du Dr Pierrot, à La Brochure mensuelle d’Émile Bidault, à La Voix libertaire, organe de l’Association des fédéralistes anarchistes (AFA), à La Revue anarchiste de 1929-1936, à Terre libre, de la Fédération anarchiste de langue française (FAF). Enfin, l’Encyclopédie anarchiste de Sébastien Faure le sollicita pour les articles « CGT », « Internationale syndicale » et « Syndicalisme ».

Mais son travail s’incarna principalement dans trois livres : Les Syndicats ouvriers et la révolution sociale (1930), Le Monde nouveau (1934) et L’Éthique du syndicalisme (1938). Le premier opus fut traduit en espagnol dès 1931 ; le second était paru sous forme d’articles dans la revue espagnole Orto dès 1932-1933. Tous deux devaient avoir une influence certaine dans les débats programmatiques de la CNT des années 1930  [23].

Le plus important des livres de Pierre Besnard est Les Syndicats ouvriers et la révolution sociale, les deux suivants étant des développements de certaines des ses parties. L’objet essentiel de ce livre programmatique était de donner de la consistance à l’affirmation de la Charte d’Amiens de 1906 selon laquelle le syndicat « aujourd’hui groupement de résistance […] sera dans l’avenir le groupement de production et de répartition, base de la réorganisation sociale ». Plusieurs grandes idées y étaient développées, comme la nécessaire syndicalisation des ingénieurs et techniciens pour réaliser l’appropriation collective des moyens de production, ou encore la nécessité de « rationaliser » l’organisation syndicale pour l’adapter à la rationalisation capitaliste, tayloriste et fordiste. Il proposait de porter une revendication de « contrôle syndical de la production » préparatoire à l’expropriation du patronat. Il fixait également les tâches du syndicalisme en période révolutionnaire.

Pierre Besnard, au côté de Lucien Huart, défendit ces thèses au 4e congrès de l’AIT à Madrid en juin 1931. Il essuya une déconvenue. Les sections argentine (FORA), uruguayenne (FORU) et japonaise (Zenkoku Jiren), sur une ligne anti-industrialiste, s’opposèrent frontalement à ses idées de « contrôle syndical de la production » et de « rationalisation », qui selon elles revenaient à valider la division du travail et le machinisme  [24]. Il faudra attendre le congrès de 1935 — en l’absence de ces sections détruites par la répression — pour que les thèses de Besnard soient approuvées par l’AIT  [25].

Cependant la CGT-SR marchait mal, et ses effectifs fondaient au fil des ans. Selon un ex-militant, Albert Cané, les effectifs du Syndicat unique du bâtiment (SUB) de la Seine, par exemple, étaient passés de 6 000 en 1925 à 200 en 1932, confinant au « syndicalisme de secte »  [26]. Mais Besnard, de plus en plus identifié à la petite organisation, défendait mordicus la CGT-SR, et parsemait Le Combat syndicaliste de piques contre les ex-camarades passés à la CGT, ou contre l’Union anarchiste où, depuis 1921, il avait toujours eu des détracteurs.

L’ambiance se détériora carrément en 1932, quand la CGT-SR dénonça l’attitude conciliatrice de l’UA vis-à-vis de la bureaucratie CGT. Dans un manifeste solennel, elle appela les « anarchistes révolutionnaires » à « lutter vigoureusement contre la déviation réformiste et “démocratique” » des dirigeants de l’UA, et à « arracher Le Libertaire des mains des défenseurs de l’idéologie “démocratique” et de la CGT réformiste. »  [27]. L’UA répondit de façon très véhémente en moquant les « besnardistes » et leur sous-chef de gare en mal d’arrivisme » : « On nous prend […] à partie parce que nous ne voulons pas nous enrôler sous la bannière de saint Besnard et apporter des efforts […] stériles à une centrale syndicale mort-née. »  [28] La querelle se tassa provisoirement ; elle devait rebondir en 1936-1937.

Au 4e congrès de la CGT-SR, tenu du 11 au 13 novembre 1932 à Paris, Besnard fut nommé délégué auprès de l’AIT.

Son livre Le Monde nouveau, publié en 1934, portait sur le projet de société, résumé par la devise « Toute l’économie aux syndicats ! Toute l’administration sociale aux communes ! », devise qui allait bientôt orner chaque une du Combat syndicaliste.

Avec ce livre, Besnard fit un travail original de synthèse théorique, en proposant un schéma que le mouvement libertaire n’avait jamais abouti à ce niveau. Il brossait le tableau des deux grandes institutions régissant la société : la Confédération générale du travail pour administrer l’économie, la Confédération nationale des communes pour administrer la vie sociale ; et, à chaque échelon, un organisme de concertation entre les deux. Le livre comprenait neuf schémas explicatifs et même un modèle de Constitution en 37 articles, dont le premier indiquait : « Le nouveau régime prend le titre d’Association fédérative des travailleurs de France. »

En parallèle, l’année 1934 fut surtout celle d’une montée en puissance du mouvement ouvrier sous les auspices de l’antifascisme. La réunification confédérale CGT-CGTU fut mise sur la table. L’UA s’y montra d’emblée favorable, dans l’intérêt de la classe ouvrière, par delà les intérêts d’appareils. La CGT-SR vit les choses différemment. Lors de son 5e congrès, en novembre 1934, elle repoussa « une telle unité, qui niera systématiquement les buts fondamentaux du syndicalisme et ira à l’encontre des véritables intérêts du prolétariat. »  [29].

Quand la réunification syndicale fut imminente, l’UA organisa un grand débat sur le sujet le 9 février 1936. Besnard y porta la contradiction à René Frémont, Nicolas Faucier et Albert Cané, jugeant que l’unité à venir serait « artificielle, superficielle, fausse, fabriquée pour des fins politiques, en dehors et complètement en marge du vrai syndicalisme, qui vit seulement, quoi qu’en pensent nos contradicteurs, à la CGT-SR »  [30].

Secrétaire général de l’AIT pendant la Révolution espagnole (1936-1937)

Pierre Besnard allait jouer un rôle particulièrement sensible durant la Révolution espagnole. Secrétaire général de l’AIT pendant quinze mois cruciaux, de septembre 1936 à décembre 1937, il se montra aussi actif dans la solidarité avec la CNT qu’irritant pour ses dirigeants. Refusant de taire ses divergences avec la principale section de l’AIT, il contesta en effet durement et publiquement sa stratégie gouvernementaliste, ce qui devait lui valoir l’éviction du secrétariat général.

Trois semaines après l’insurrection antifasciste du 19 juillet 1936, fut constitué à Paris le Comité anarcho-syndicaliste pour la défense et la libération du prolétariat espagnol (CASDLPE), qui se donnait pour mission de collecter des fonds, de coordonner l’aide matérielle et humaine, et de relayer la propagande de la CNT-FAI [31]. Le CASDLPE regroupait l’Union anarchiste (UA), la Fédération anarchiste de langue française (FAF) et la CGT-SR, disposant chacune de 5 délégués.

L’AIT, cependant, n’avait plus de secrétaire général depuis plusieurs mois, suite à une défection. En septembre, Pierre Besnard accepta le poste, avec l’accord de plusieurs sections nationales, sans attendre la tenue d’un congrès régulier.

Il se montra suractif. À la demande de la CNT, il démarcha un consortium de marchands d’armes pour équiper les milices confédérales. Il contacta également la Fédération syndicale internationale (FSI, réformiste) en vue d’une coopération AIT-FSI pour soutenir l’alliance CNT-UGT, mais la FSI refusa. En septembre 1937, il devait lui proposer un boycott international de l’économie franquiste et la tenue en Espagne d’une conférence syndicale mondiale. Nouveau refus de la FSI  [32].

Mi-septembre, Besnard se rendit en Espagne plusieurs semaines pour concerter l’action de l’AIT avec la direction de la CNT. On envisagea les possibilités de soulèvement au Portugal et au Maroc espagnol – on évoqua même la possibilité de faire évader le leader indépendantiste Abdelkrim, déporté à l’île de la Réunion  [33]. Pour organiser la solidarité internationale, dont la France avait vocation à être le pivot, la CNT promit des fonds à Besnard pour créer un quotidien afin de travailler l’opinion dans ce pays  [34]. Le 17 septembre, il prit la parole dans un grand meeting de la CNT-FAI à Barcelone.

Puis le secrétaire de l’AIT rencontra le Premier ministre socialiste pour faire financer la livraison des armes qu’il avait négociées. Largo Caballero était ouvertement hostile. Les 2 et 3 octobre, accompagné de Durruti, il obtint enfin un accord pour 1,6 milliard de pesetas. Mais Caballero fit volte-face peu après sous la pression de l’ambassadeur soviétique. L’URSS ne livrerait des armes qu’à la condition de contrôler leurs destinataires, et les anarchistes en seraient exclus. Lorsqu’il voulut de nouveau rencontrer Caballero, Besnard fut éconduit. La CNT ne protesta pas ; elle venait d’envoyer trois représentants à la Généralité de Catalogne et s’acheminait vers la participation gouvernementale ; le secrétaire général de l’AIT devenait gênant  [35]. Bientôt il dut faire une croix sur l’argent promis pour lancer un quotidien en France.

En octobre 1936, à la demande de la CNT, l’UA se retira du CASDLPE pour lancer le Comité Espagne libre, sur une base politique élargie (voir Louis Lecoin). La CGT-SR se retrouva quasiment seule à animer le CASDLPE et, en novembre 1936, son bureau sera composé de Pierre Besnard, secrétaire ; Julien Toublet, secrétaire adjoint ; Victor Giraud, trésorier.

Dans les numéros du 23 et du 30 octobre 1936 du Combat syndicaliste, un éditorial titré « Attention » et un texte non signé, « Redressement nécessaire », tous deux attribuables à Besnard, mirent en garde contre les « erreurs » commises en Espagne. Par la suite Le Combat syndicaliste relaya la propagande de la direction de la CNT, tout en formulant ses critiques avec tact.

Un nouveau voyage en Espagne en décembre confirma les craintes de Besnard sur l’intégration institutionnelle et l’autocensure de la CNT, la tutelle grandissante des staliniens sur l’État républicain, la répression des révolutionnaires. Le plénum de l’AIT, tenu à Paris mi-novembre 1936, écouta ses critiques, mais approuva la ligne de la CNT qui venait d’entrer au gouvernement républicain  [36].

L’humiliation des cénétistes au terme des Journées de mai 1937 à Barcelone finit par donner du crédit aux critiques de Besnard. Lors du plénum de juin 1937, l’AIT vota une motion de soutien entier à la CNT, tout en affirmant, avec diplomatie, qu’elle ferait mieux de cesser de collaborer, dans les meilleurs délais, avec les « gouvernements de Valence et de Barcelone »  [37].

Besnard était cependant convaincu que l’AIT courait à sa perte, entraînée par la dérive de la CNT. Il prit alors une initiative téméraire. En août 1937, il expédia une circulaire consultative à toutes les sections de l’AIT, excepté la CNT. Il y suggérait que la CNT pouvait quitter l’AIT, interrogeait sur la destination des fonds collectés pour l’Espagne et sur l’opportunité d’organiser un congrès extraordinaire. Furieuse, la CNT réclama la destitution de Besnard, mettant en doute sa « capacité mentale ».

La crise étant ouverte, un congrès extraordinaire de l’AIT fut convoqué à Paris, du 6 au 17 décembre 1937. Mis en accusation, Besnard se présenta en « gardien fidèle des doctrines de l’AIT, exécuteur consciencieux de ses décisions, […] contre toutes les déviations que la CNT imposait à nos principes ». Mettant son poids dans la balance, la CNT obtint la démission de Besnard et son remplacement par Horacio Prieto (CNT) (ou Mascarell, selon les sources)  [38]. Besnard devint alors secrétaire adjoint aux côtés de Rocca (CNT, Espagne), Helmut Rüdiger (FAUD, Allemagne) et Das Neves (CGTP, Portugal), tous alignés sur la direction confédérale de la CNT.

Lors de ce même congrès, Besnard présenta un rapport qui, pour la première fois, élevait officiellement l’anarcho-syndicalisme au rang de doctrine. Dans ce texte, intitulé « L’anarcho-syndicalisme et l’anarchisme. Tactique et intervention syndicale », il expliquait que l’anarcho-syndicalisme tenait « sa doctrine de l’anarchisme et sa forme d’organisation du syndicalisme révolutionnaire ».

Retraité actif sous l’Occupation

Une page se tournait. Au printemps 1938, sans doute pour la santé de sa compagne, Lucie Job, Pierre Besnard s’installa avec sa elle à Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes) où il adhéra à la Fédération nationale des retraités des chemins de fer (FNRCF). Il y passa les premières années de la guerre. De fin janvier à juin 1942, la section locale de la FNRCF, en conflit avec la Légion française des combattants et des volontaires de la Révolution nationale, envoya Besnard en « mission » dans cette officine pétainiste.

En juillet 1942, Pierre Besnard acheva un livre entamé en 1939 et intitulé Pour assurer la paix, comment organiser le monde. Dans cet ouvrage — dédié à Lucie Job —, Pierre Besnard renouvelait son projet de société fédéraliste et libertaire. Sans doute conçu pour pouvoir être distribué en zone sud, le livre condamnait l’hitlérisme et le fascisme mussolinien, mais restait muet sur le régime de Vichy. La majeure partie du tirage fut détruite à l’imprimerie (voir Antonin Lion), et le livre ne fut jamais distribué. Est-ce parce que l’armée allemande venait, en novembre 1942, d’envahir la zone sud ?

Par la suite, pour la santé de sa compagne, Pierre Besnard dut quitter Cagnes, et tous deux s’installèrent à Bon-Encontre (Lot-et-Garonne), près d’Agen.

Pierre Besnard et Lucie Job s’installèrent ensuite dans une maison à Bon-Encontre, près d’Agen (Lot-et-Garonne). En 1943, il y accueillirent une réunion du réseau anarchiste du Midi, dont André Arru, pour préparer la brochure clandestine Les Coupables. Besnard en rédigea l’additif intitulé « Explication résumée d’organisation sociale à base fédérale, syndicale, communale », sa spécialité.

Les 29 et 30 octobre 1944, Pierre Besnard participa au pré-congrès d’Agen, en vue de la refondation du mouvement libertaire français. On lui demanda des comptes sur son adhésion à la Légion. Il expliqua l’avoir fait « mandaté par une organisation syndicale […] pour y remplir une tâche déterminée » et promit de produire une pièce justificative. Dans les archives d’André Arru à l’Institut d’Amsterdam existe une lettre du 22 novembre 1944, cosignée d’Éloire et de Lefebvre, du groupe de Cagnes-sur-Mer de la FNRCF. Sur cette lettre à en-tête de la Fédération libertaire de langue française, 10 rue de Lancry, Paris 10e, ils déclaraient : « Ayant constaté la dictature intolérable de la Légion, les membres du bureau et la commission administrative [du groupe de Cagnes de la FNRCF], non légionnaires, se réunirent et chargèrent trois d’entre eux : les camarades Pierre Besnard, président ; Éloire, vice-président ; et Lefebvre, membre de la commission administrative, de remédier à cette situation. Il fut décidé que le camarade Besnard adhérerait à la légion pour essayer de briser cette dictature qui empêchait le groupe de travailler et tenter de se renseigner sur les buts réels et le travail effectif de cette organisation. […] Les soussignés certifient que la mission acceptée par le camarade Besnard, en accord avec eux, a été pleinement remplie ; que le groupe en a recueilli tout le bénéfice. » Malgré cela, à la Libération, Pierre Besnard continuera de traîner une réputation sulfureuse auprès des jeunes militants libertaires de la nouvelle génération, très marqués par la Résistance.

Cofondateur de la CNT

À cette époque, Pierre Besnard était gravement malade. Louis Louvet, en le revoyant à Agen en octobre 1944, l’avait trouvé transformé : « Je ne le reconnus qu’à sa voix. Déjà il était marqué par son destin. » [39]. Son ami Pierre Jacquelin devait écrire dans sa nécrologie, début 1947, que ses « jours étaient comptés, et il ne l’ignorait pas » [40]. Cela ne l’empêcha pas de participer à la relance de l’anarcho-syndicalisme français.

Dès le 15 septembre 1944 en effet, Pierre Besnard et d’autres anciens de la CGT-SR avaient lancé une circulaire intitulée « Appel aux syndicalistes révolutionnaires », qui appelait à rejoindre la CGT unifiée, et demandait « de faire, tous, l’unité syndicale, complète, totale, absolue, qui nous donnera dans ce pays une seule centrale syndicale : la CGT ; dans le monde une seule Internationale dont peu importe son titre. » [41]

En mars 1945, les anarcho-syndicalistes créèrent une tendance au sein de la CGT : la Fédération syndicaliste française (FSF) et Pierre Besnard collabora à son organe, L’Action syndicaliste. Il participa également aux comités de défense syndicaliste (CDS) créés pour regrouper les diverses minorités révolutionnaires au sein de la CGT, et à leur organe La Bataille syndicaliste.

Politiquement, Besnard se tint à distance de la Fédération anarchiste, héritière de l’UA d’avant-guerre, et où des rumeurs malveillantes circulaient sur son passage à la Légion des volontaires pétainiste  [42]. Il préféra se lier avec une mouvance plus humaniste et éclectique, dépourvue de ligne syndicale, où il ne trouverait pas de contradicteurs : le journal Ce qu’il faut dire de Louis Louvet et Simone Larcher. Il collabora aussi à un journal libertaire marseillais, Monde nouveau.

Au printemps 1946, il fut admis au syndicat CGT des correcteurs, dont Louvet était un des responsables, et travailla dans un grand quotidien parisien. Il accepta même la vice-présidence de la petite Confédération générale pacifiste, créée par Louis Louvet les 9 et 16 décembre 1945 [43]

Les 4 et 5 mai 1946, Besnard participa à l’assemblée de la FSF qui décida la rupture avec la CGT et le lancement d’une nouvelle centrale. Celle-ci, fondée les 7, 8 et 9 décembre 1946 salle Susset, à Paris 10e, fut baptisée Confédération nationale du travail (CNT), en référence à la célèbre centrale espagnole. Le congrès approuva la nouvelle charte du syndicalisme révolutionnaire (dite « Charte de Paris ») rédigée par Besnard, et lui confia les relations avec l’AIT et la relance du Combat syndicaliste. Il n’eut pas le temps d’assumer ces mandats. Décédé le 19 février 1947, il fut incinéré le 24 février 1947 au columbarium du Père-Lachaise (urne nº 10759) en présence d’une petite assistance. Le Combat syndicaliste et Ce qu’il faut dire lui rendirent un hommage appuyé ; Le Libertaire fut nettement plus lapidaire.

Pierre Besnard, défenseur de l’indépendance du Syndicalisme
Carte souvenir éditée en 1947 par sa compagne Lucie Job.
Source : Cartoliste.ficedl.info

Son ami Théo Argence, qui l’a bien connu, a ainsi caractérisé Besnard : « Sa trop grande rigidité […] le conduisait à l’isolement. Ainsi peut s’expliquer, sans le justifier, son besoin de créer des groupements nouveaux qu’il voulait à son image. » [44] Quant à son rival Pierre Monatte, dans son livre Trois scissions syndicales, il voyait en lui « le type même de l’utopiste. Il sortait tout frais des livres et ne se donnait pas la peine de mesurer la réalité. Peut-être lui fallait-il son organisation propre ; sa maison à lui. »


ŒUVRE :

  • Les Syndicats ouvriers et la Révolution sociale, édition CGT-SR, 1930.
  • Le Monde nouveau, édition CGT-SR, 1934.
  • L’Éthique du syndicalisme, édition CGT-SR, 1938.
  • Pour assurer la paix, comment organiser le monde, Paris, Éditions sociales [en réalité Toulouse, imprimerie Lion], 1942.
  • Le Problème des salaires, Éd. Les Problèmes syndicalistes, 1946.
  • Le Fédéralisme libertaire, Éd. Ce qu’il faut dire, 1946.

[1La Tribune de la voie ferrée (9 novembre 1902).

[2La Tribune de la voie ferrée, supplément nº 57 (28 novembre 1909).

[3La Tribune de la voie ferrée, supplément nº 85 (5 janvier 1912).

[4La Tribune des cheminots (1er novembre 1918).

[5Le Journal du peuple (23 juillet 1922).

[6Le Libertaire (29 juillet 1921).

[7Le Journal du peuple (21 mai 1921).

[8L’Union syndicale des techniciens de l’industrie, du commerce et de l’agriculture (Ustica), constituée en mars 1919, était une organisation d’ingénieurs de gauche, qui se rapprocha de la CGT, puis de la CGTU.

[9Le Journal du peuple (30 juillet 1921.

[10Maurice Labi, La Grande Division des travailleurs, Éditions ouvrières, 1964, p. 215-216.

[11Le rapport est reproduit dans Syndicalisme révolutionnaire et communisme. Les Archives Pierre Monatte, Maspéro, 1968, p. 279-285.

[12Le Libertaire (10 février et 3 mars 1922).

[13Wayne Thorpe, « Revolutionary syndicalist internationalism, 1913-1923  : the origins of the International Working Men’s Association », université de Colombie-Britannique, 1979, p. 231.

[14Le Libertaire du 14 juillet 1922.

[15Pierre Besnard, article « CGT » de L’Encyclopédie anarchiste, 1925.

[16Le Journal du peuple, (1er octobre 1922).

[17Le Libertaire du 6 octobre 1922.

[18La Tribune des cheminots (1er novembre 1922).

[19Daniel Colson, Anarcho-syndicalisme et Communisme. Saint-Étienne 1920-1925, ACL/Centre d’études foréziennes, 1986, p. 22-24.

[20Wayne Thorpe, « Revolutionary syndicalist internationalism, 1913-1923  : the origins of the International Working Men’s Association », université de Colombie-Britannique, 1979, p. 250.

[21Le Libertaire du 30 novembre 1923.

[22Lettres de Besnard à Théo Argence, 3 et 21 février 1924.

[23Selon l’étude de Xavier Paniagua Fuentes, Sociedad libertaria. Agrarismo e industrializacion en el anarquismo espanol 1930-1939 (Barcelona 1982). Cité par Wayne Thorpe, « Anarchosyndicalism in Inter-War France : The Vision of Pierre Besnard », European History Quaterly, vol. 26-4, 1996.

[24Vadim Damier, Anarcho-syndicalism in the 20th Century, Black Cat Press, 2009, p. 104-110.

[25Le Combat syndicaliste (13 septembre 1935).

[26Le Libertaire (21 février 1936).

[27Le Combat syndicaliste (5 mars 1932.

[28Le Libertaire (25 mars 1932.

[29Le Combat syndicaliste (9 novembre 1934.

[30Le Combat syndicaliste (14 février 1936).

[31Le Combat syndicaliste (14 août 1936).

[32François Guinchard, L’AIT après la Révolution espagnole (1939-années 1990), thèse, université de Bourgogne, 2017, p. 69.

[33Abel Paz, Durruti. The People Armed, Black Rose Books, 1976, p. 257-282.

[34François Guinchard, L’AIT après la Révolution espagnole (1939-années 1990), thèse, université de Bourgogne, 2017, p. 69.

[35Miguel Amoros, Durruti dans le labyrinthe, L’Encyclopédie des nuisances, 2007, p. 48-52.

[36François Guinchard, L’AIT après la Révolution espagnole (1939-années 1990), thèse, université de Bourgogne, 2017, p. 71.

[37Le Combat syndicaliste (18 juin 1937).

[38François Guinchard, L’AIT après la Révolution espagnole (1939-années 1990), thèse, université de Bourgogne, 2017, p. 73 et 77.

[39Ce qu’il faut dire du 10 mars 1947.

[40Le Combat syndicaliste, nº 1 (avril 1947).

[41Circulaire conservée au CIRA de Marseille.

[42Témoignages de Georges Fontenis et Gil Devillard.

[43Ce qu’il faut dire, (10 mars 1947).

[44Lettre d’Argence à Jean Maitron.


SOURCES :

  • État-civil de Montreuil-Bellay.
  • Registres matricules du Maine-et-Loire.
  • Arch. Nat., F7/13668, F7/13676 ; 19940434/314.
  • Arch. Ppo. BA/50, 296 et 1717 ; 1W164-42371.
  • Arch. Jean Maitron.
  • Compte rendu du 2e congrès syndical extraordinaire de la Seine, 9 avril 1922.
  • Collections de La Tribune des cheminots, Le Libertaire, La Vie ouvrière, Le Journal du peuple, La Bataille syndicaliste, Le Combat syndicaliste, La Voix du travail, …
  • Lettre de Lefebvre et Éloire du du 22 novembre 1944 (Archives André Arru, IIHS d’Amsterdam).
  • Pierre Monatte, Trois scissions syndicales, Éditions ouvrières, 1958.
  • Robert Brécy, Le Mouvement syndical en France 1871-1921, Mouton & co, 1963.
  • Maurice Labi, La Grande Division des travailleurs, Les Éditions ouvrières, 1964.
  • Syndicalisme révolutionnaire et communisme. Les archives Pierre Monatte, Maspero, 1968.
  • Samuel Jospin, La CGT-SR à travers son journal Le Combat syndicaliste 1926-1927, mémoire de maîtrise, Paris-I, 1974.
  • Jean Maitron, Histoire du mouvement anarchiste français, tome II, Gallimard, 1975.
  • Abel Paz, Durruti. The People Armed, Black Rose Books, 1976.
  • Wayne Thorpe, Revolutionary syndicalist internationalism, 1913-1923  : the origins of the International Working Men’s Association, université de Colombie-Britannique, 1979.
  • Claire Auzias, Mémoires libertaires. Lyon 1919-1939, L’Harmattan, 1993.
  • Georges Ribeill, Le Personnel des Compagnies des chemins de fer, Tome 2 : Les cheminots en guerre, 1914-1920, les métamorphoses d’une corporation, Développement et Aménagement, 1988.
  • Wayne Thorpe, « Anarchosyndicalism in Inter-War France : The Vision of Pierre Besnard », European History Quaterly, vol. 26-4, 1996.
  • Bruce Vandervort, Victor Griffuelhes and French Syndicalism, Louisiana State University Press, 1996.
  • Jérémie Berthuin, La CGT-SR et la Révolution espagnole, Éd. CNT-RP, 2000.
  • Boris Ratel, L’anarcho-syndicalisme dans le bâtiment en France entre 1919 et 1939, mémoire de maîtrise, université Paris-I, 2000.
  • Julien Loncle, Histoire d’un courant anarcho-syndicaliste français : la CNT (1945-1995), mémoire de maîtrise, université de Bourgogne, 2002.
  • David Berry, A History of the French Anarchist Movement 1917-1945, Green Press, 2002.
  • Guillaume Davranche, « Gil Devillard : “Chez Renault, militer dans le groupe Makhno, ce n’était pas de tout repos !” », Gavroche, octobre-décembre 2006.
  • Georges Fontenis, Changer le monde, histoire du mouvement communiste libertaire 1945-1997, Alternative libertaire, 2008.
  • Vadim Damier, Anarcho-syndicalism in the 20th Century, Black Cat Press, 2009.
  • Antoine Gimenez et les giménologues, Les Fils de la nuit, 3e éd., Libertalia 2016.
  • François Guinchard, L’AIT après la Révolution espagnole (1939-années 1990), thèse, université de Bourgogne, 2017
  • Notes de Boris Ratel, Xavier Bougarel, Laurent Gardin

Au moins 35 revues francophones parues sous ce nom (voir sur le site Bianco).
Au moins 28 ouvrages recensés dans le Catalogue général des éditions et collections anarchistes francophones.
Au moins 2 cartes postales anarchistes parues avec ce nom. Voir sur Cartoliste.
Au moins 3 affiches anarchistes parues avec ce nom. Voir sur Placard
Almeno 3 periodici in lingua italiana pubblicati su questo nome (vedere sul sito Bettini).
Au moins 4 périodiques espagnols publiés avec ce nom entre 1869 et 1939 (vedere sul sito Madrid-Santos).