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SANZ MATEO, Marcelino
Né le 14 mai 1894 à Alcorisa (Teruel) - mort en déportation le 27 juillet 1941 - CNT - Paysan - Teruel (Aragon)
Article mis en ligne le 16 mai 2019
dernière modification le 8 juin 2024

par R.D.
Marcelino Sanz Mateo

Marcelino Sanz Mateo est né le 14 de mai 1894 dans un village du bas Aragon, dans la province de Teruel : Alcorisa ; fils de Valera Mateo Bielsa et de Juan Sanz Ballester, tous les deux paysans aragonais. Il apprit à lire, à écrire et l’arithmétique a l’école du couvent de son village. Une chance dans un pays qui comptait alors et jusqu’à l’avènement de la république, 90% d’analphabètes. Il se maria à l’age de 24 ans avec Benigna Formento Espallargas, née le 13 février 1897, et ils eurent trois filles : Maria, Juana et Alicia ; et quatre garçons : Sebastian, Valero, Anastasio, Lauro Daniel. Tous, naquirent et vécurent à Alcorisa avant la guerre.

Là, Marcelino se dédie, comme son père, au travail ingrat de la terre. Le 14 avril 1935 intéressé par les idées progressistes, il s’inscrit au syndicat de la C.N.T. Le 15 août 1936 après la victoire du Front Populaire en Espagne, la commune le nomme délégué à l’agriculture et à partir de ce moment il s’intéresse de plus en plus à la politique. De 1935 au début de la guerre civile il vivra l’expérience collectiviste d’une communauté rurale auto-suffisante et autogérée qui commerce avec d’autres collectivités d’Aragon et de Catalogne. Homme pacifique et candide, Marcelino qui admirait : Jésus (le premier révolutionnaire selon lui), Pasteur et Cervantès dont il relisait sans cesse le Don Quichote, croyait en la bonté de l’homme et à son profond désir de se développer. Pour exemple, lorsqu’on était en train de transformer l’église de son village en garage, il s’opposa, sans pouvoir l’éviter, à la destruction de ses statues, qui, pour lui, étaient des œuvres d’art, faites par les mains d’hommes de grand mérite, ayant du savoir et que l’on devait conserver. Opposé à la barbarie ambiante, il essaya aussi de s’opposer au massacre de jeunes séminaristes, mais sans pouvoir l’empêcher. Pour cela, il fut arrêté par les autorités qui contrôlaient la région, et transféré au chef lieu d’Alcañiz, où il fut jugé et faillit être fusillé mais, finalement sous la pression de sa femme et des édiles du village on lui redonna la liberté.

La guerre
Mais la situation politique du pays empire soudain et la guerre civile éclate. Durant celle-ci il fit le délégué à l’agriculture au conseil municipal et il ouvrit sa maison aux soldats républicains et aux combattants des Brigades Internationales qui venaient se reposer des combats du front Aragonais. L’un d’eux était Juan Uceda Fernández, né à Cueva de Almonzona, Murcie, en août 1913 et chauffeur estafette d’un commandant de l’armée républicaine. Là il tomba amoureux de Maria, la fille aînée de Marcelino âgée de 17 ans. C’est Juan qui au début de Mars 1938, en pleine nuit, réveilla la famille Sanz et, la pressant, fuit avec elle dans sa voiture, laissant Marcelino seul. Quelques jours plus tard comme convenu, Marcelino guidant une chèvre et une mule tirant une carriole chargée des vêtements et des choses nécessaires pour continuer à vivre, rejoignit les siens a San Mateo dans la province de Castellon de la Plana. Restant un optimiste malgré tout, et convaincu que d’ici peu de temps le conflit trouverait une solution via une position internationale, Marcelino décide de se rendre a Valence ou le gouvernement républicain s’est retiré, mais arrivant a Castellon les autorités lui conseille de fuir vers la Catalogne. En avril 1938 après un parcours de près de 200 kilomètres toujours avec la carriole, Marcelino et sa famille arrivent à Villafranca del Penedés, près de Barcelone et s’installent dans une importante coopérative agricole de la C.N.T : la Pérégrina avec laquelle la coopérative agricole d’Alcorisa a d’excellentes relations. Durant ce séjour Juan Uceda Fernández profitant d’une permission se marie à Barcelone avec Maria avant de réincorporer son régiment.

La fuite
Début janvier, sachant que les nationalistes ont réussis à franchir l’Ebre, ultime défense des républicains contre l’avancée des troupes franquistes, Marcelino charge de nouveau sa carriole, et fuit vers la frontière espagnole avec les autres familles de la coopérative. Sous le froid hivernal, ils entreprennent un voyage pénible se joignant à la foule compacte de civils et militaires qui veulent traverser les Pyrénées, c’est la "retirada". Ils dorment sous la carriole ou dans des maisons abandonnées et mangent ce qu’ils trouvent dans des champs désormais abandonnés. Après plus de 200 kilomètres de voyage Marcelino et sa famille comme beaucoup d’autres se pressent à la multitude de fugitifs républicains qui se regroupent à la Junquera. Mais au contraire de l’information officielle les autorités françaises ne sont pas décidées à ouvrir la frontière. Enfin celle ci s’ouvre le 9 février 1939. Marcelino, comme tous les autres, doit abandonner sa carriole, sa mule et c’est muni d’un baluchon qu’il franchit la frontière derrière les autobus qui emmènent les femmes, les enfants et les vieillards. Benigna, sera dans l’un deux avec ses enfants. Les réfugiés sont concentrés au Boulou, près du col du Perthus, et là les militaires français, avec l’aide des tirailleurs sénégalais, séparent de force les hommes adultes des femmes et des enfants restants, ce qui occasionne des scènes de séparations douloureuses entre les familles désespérées.

Amères Retrouvailles
Comme la plupart des hommes, Marcelino termine son voyage au camp de concentration de d’Argèles-sur-Mer, dans les Pyrénées-Orientales. Son épouse et ses sept enfants, avec d’autres mères sont logés dans un hôtel réquisitionné pour l’occasion à Mézin, dans le Lot-et-Garonne, à plus de 300 kilomètres à l’ouest d’Argelès-sur-Mer. Dans une lettre datée du 3 avril 1939, il mettait en garde sa famille d’un éventuel retour en Espagne et écrivait qu’au camp il passait son “temps à dessiner quelques inventions qui puissent améliorer les machines à tondre, le pressoir à raisins et les composteurs”.
Pour sa part, Juan passe la frontière avec des milliers de soldats de civils par le tunnel qui relie Port Bou à Cerbère et se retrouve aussi au camp d’Argèles-sur-Mer sans savoir ce qui arrive à la famille Sanz. En se séparant de sa jeune épouse, Juan lui donna l’adresse de ses oncles, (émigrés naturalisés) qui vivaient en France, à Givors, près de Lyon, et à qui ils écrivirent tous deux. C’est grâce à eux qu’ils purent savoir où ils se trouvaient et enfin communiquer.

La 11e CTE

Marcelino et Juan s’enrôlèrent dans la 11e Compagnie de Travailleurs Étrangers qui partit dans les Alpes en mai 1939à la Condamine Chatelard pour y faire des travaux sur la route qui mène au tunnel du Parpaillon. Juan s’échappe de la 11e compagnie avec un autre compagnon. Il va marcher 5 jours durant en direction de Lyon ou il a de la famille puis espère retrouver sa femme Maria dans le Lot-et-Garonne, plus tard. Il sera arrêté par les gendarmes le 17 mai et mis en prison pendant une vingtaine de jours avant d’être réintégré dans la 11e compagnie. Juan écrira : “C’est durant les vingt jours passés en prison ou j’ai le mieux mangé et était le mieux traité depuis que je suis en France."

Le 8 janvier 1940 Marcelino écrit de Gorzes en Moselle ou la 11e Compagnie a été transféré. Fin avril - début mai 1940 Juan et Marcelino obtiennent une permission pour aller voir leur famille à Mézin. Le premier est Juan, puis à son retour c’est au tour de Marcelino. La famille Sanz au complet en profitera pour se faire toute photographiée. Ce sera l’unique photo de famille.

le 1er juin 1940. La dernière lettre de Marcelino à sa famille est envoyée de Novéant-sur-Moselle.

La débandade de l’armée française devant la grande offensive allemande de la mi-juin de 1940, dissémine les compagnies de travailleurs étrangers qui se trouvent dans le département de la Moselle, département frontalier avec l’Allemagne plus vers le sud. La 11e CTE et beaucoup d’autres arrivèrent à Épinal qui fut alors pilonnée par l’artillerie allemande.

Alors que Juan cherchait désespérément son beau-père, le capitaine de la compagnie 11, le menaçant de son pistolet, lui donna l’ordre de prendre le volant du camion et de filer vers le sud jusqu’à se mettre en lieu sût. On ne sut pas ce que devint Marcelino. Au bout d’un mois sans avoir de ses nouvelles, Benigna reçut une lettre de son mari, provenant de Belfort et estampillé avec le sceau de la Wehrmacht (armée régulière allemande) qui lui disait : « Chère épouse et chers fils, n’ayez pas de la peine. Je me trouve sain et sauf et bien soigne. Baisers. Marcelino ».

Leur correspondance se renoua durant quatre mois environ, les lettres de Marcelino étant rares et leur contenu laconique. Au bout d’un autre long et angoissant silence, Marcelino
qui avait été interné aux camps de Parpaillon et de La Condamnine (Alpes-de-Haute-Provence) puis de Gorize (Moselle) et au Stalag XI B à Fallingbostel avant d’être déporté le 27 janvier 1941 au camp de concentration de Mauthausen (matricule 6175) puis fin juin à Gusen (matricule 12910).
Il avait annonçé à sa famille sa nouvelle destination : le camp de Mauthausen, depuis lequel, le contenu de ses lettres se résumant à deux ou trois courtes phrases : « Je suis bien. Je ne manque de rien. Baisers pour tous ». S’écoulant bien des mois sans avoir de ses nouvelles, son épouse fit tout son possible pour savoir ce qui se passait. Le 21 Octobre 1941, une lettre de la Croix Rouge internationale lui annonça : « … Le prisonnier numéro 12910, SANZ MATEO Marcelino, est décédé le 19 Juillet 194. Ses cendres reposent dans le cimetière de Steyr … ».

En 2006, son fils Anastasio Sanz publia sous le titre Francia no nos llamo : cartas de un campesino aragones a su familia en la tormenta de la guerra y del exilio, 72 lettres que Marcelino avait adressées à sa famille entre mars 1939 et juin 1940. Elles se trouvent aussi en ligne sur le site : http://cartasdelexilio.free.fr/index.html

Son nom figure sur l’obélisque dressé à Alcorisa en mai 2006 en mémoire des citoyens déportés dans les camps nazis.

Alban Sanz


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