CHENAL, Louis

Né en 1861 – mort en 1925 - Menuisier ; indicateur - Paris – Guyane
mardi 5 décembre 2017
par  Dominique Petit, R.D.
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Le 27 juin 1891 Louis Chenal qui était membre de la Ligue des antipatriotes, avait été poursuivi devant le tribunal de la Seine avec Mursch, Huys et Eliska Coquus pour une affiche contre l’armée coloniale placardée le 1er mai. (cf. Le Père Peinard). Avec son frère cadet qui était également militant, il s’était alors étonné que Martinet, auteur de l’affiche, ait été laisse libre et le soupçonnant d’être un mouchard, se proposait de le dénoncer face aux jurés lors du procès. Jugé pour cette affaire en janvier 1892 avec Mursch, Sluys, Martinet et Eliska Coquus, il fut condamné à 1 an de prison avec Martinet.

Le 18 août 1891, son frère fut impliqué dans l’agression du député boulangiste Francis Laur (voir Leboucher) et le lendemain avait été interpellé avec Huys (Slhuys) et un autre compagnon, Boulevard Saint Michel, en train de déménager et alors que, selon la police, ils s’apprètaient tous trois à partir en Espagne pour se soustraire au service militaire ou pour échapper à des poursuites suite aux incidents de la veille. Le 30 aout, lors d’une réunion tenue sale du commerce, Louis Chenal avait fait une collecte au profit de son frère et de Slhuys.

A cette époque il était également signal dans les réunions du Cercle anarchiste international de la sale Horel.

Le 15 mars 1892, à la suite de l’attentat à la caserne Lobau, 41 perquisitions furent effectuées, dont une par le commissaire Brissaud chez Chenal, rue des Couronnes à Paris. En avril 1892, celui-ci fut arrêté au moment où il affichait sur les murs de la caserne du Château-d’Eau, des placards provoquant les soldats à la désobéissance. Quelque temps auparavant, il avait fait aux troupes de la garnison de Versailles une distribution de brochures anarchistes. Le 18 juin 1892, alors qu’il avait été récemment libéré, il fut signalé à la réunion de défense de Ravachol et Pini tenue à la salle du commerce par Jacques Prolo, César Prenant et Poulain entre autres.

Le 15 janvier 1893, à une séance de l’Union de la jeunesse socialiste, Chenal prononça un discours : « Il faut empêcher l’enrôlement des jeunes soldats ! Il faut que le père de famille s’oppose à ce que son enfant aille grossir les bataillons des assassins. Les massacres de Fourmies n’ont eu lieu que parce que les pères de famille ont envoyé leurs fils massacrer les travailleurs... Il faudra lors de la prochaine révolution qui ne peut manquer de venir bientôt, se montrer sans pitié pour les égorgeurs du peuple. Il y a des institutions qu’on doit anéantir complètement : ainsi l’armée, le clergé et la magistrature. Dans ce but, recourons , si nous le pouvons, à la dynamite. Pour moi, je regrette bien de n’avoir pas à ma disposition quelques kilogrammes de dynamite que je ne laisserais pas moisir... Soyez sûrs que je saurais m’en servir ! ».

Lors d’un réunion de la Ligue des antipatriotes, il expliqua : « Compagnons, je vous annonce que je vais bientôt appartenir tout entier à mon parti. En effet, ma femme va divorcer d’avec moi. Je pourrai alors sacrifier ma vie à la grande cause anarchiste. C’est ce que je souhaite depuis bien longtemps !  »

Chenal avait été condamné à quatre mois de prison pour provocation au meurtre, au pillage, à l’incendie et provocation de militaires à la désobéissance. Il avait aussi subi deux autres condamnations : quatre mois de prison pour escroquerie et un mois de prison pour port d’arme prohibé et rébellion envers les agents.

Selon Chenal, alors qu’il sortait de prison, il fut contacté par un agent de la préfecture de police, pour devenir indicateur. Le marché conclu entre Chenal et la préfecture n’est pas connu mais il semble bien que celui-ci considéra qu’il pouvait continuer son activité de cambrioleur, tout en bénéficiant de la protection de la police.

Chenal fit la connaissance à partir du mois de mai 1893, dans l’atelier de fabrique d’articles de billards Valin, 11 rue de Popincourt, de Cyprien Panigot (ou Panigaud), âgé de 19 ans, ancien ouvrier serrurier. Ensemble ils conçurent le projet de cambrioler la demeure de leur patron, ses appartements se trouvant au-dessus de l’atelier donnant dans une cour.
Le 22 avril 1893, il prévenait la préfecture de police que son camarade allait cambrioler l’appartement de son patron M. Valin. Les inspecteurs de la sûreté lui expliquèrent qu’il ne devait pas se trouver là, au moment du vol. Mais Chenal craignit sans doute de ne pas pouvoir, bénéficier sa part du butin, il conçut alors l’idée d’assister Panigot puis de le faire arrêter seul par la police qui se tenait à proximité.
Une surveillance fut établie et le dimanche 23 avril vers 8h45 du soir, les agents postés aux abords de la maison, voyaient entrer Panigot et Chenal. A 11h et quart, les deux hommes n’étaient pas encore sortis lorsque M. Valin rentra dans la cour avec sa voiture. Il aperçut un individu qui se sauvait à toutes jambes et se mit à crier « Au voleur ! » sur le pas de la porte. Les deux inspecteurs en faction arrêtèrent Panigot qui était porteur de 3 billets de banque de 100 francs, de 19 obligations du Crédit foncier, d’un collier de perles, de deux bagues, d’un revolver dérobé chez M. Valin, de 3 boucles d’oreilles, de 4 fausses clés et d’un couteau.
Pendant ce temps Chenal qui s’était caché dans l’écurie fut découvert par le cocher de son patron, s’adressant à M. Valin, il lui dit : « je suis heureux de vous voir ! On vous volait, mais le voleur est arrêté car j’avais prévenu la police. » Interrogé par la police Panigot déclara : « Pour commettre le vol, je n’étais pas seul. Il y avait avec moi l’anarchiste Chenal qui depuis longtemps m’excitait pour voler ». Lorsque M. Valin fit le décompte de ce qui lui avait été volé, il s’aperçut qu’il lui manquait un billet de 100 francs et une bague ornée d’un brillant d’une valeur d’environ 400 francs qui n’avaient pas été retrouvés sur Panigot et qui correspondait, sans doute, à la part du butin prélevé par Chenal.

Lors du procès devant la cour d’assises de la Seine le 20 août 1893, les policiers de la préfecture de police confirmèrent que Chenal les avait prévenus du vol : « Nous avions formellement recommandé à Chenal de ne pas se trouver présent au moment du vol, ce qu’il n’a pas fait  ». Lâché par la police, l’indicateur fut condamné à 8 ans de travaux forcés et Panigot à 3 ans de prison. A l’énoncé du jugement Chenal resta muet de stupeur. Lors des débats Chenal avoua également que cette affaire n’était pas la première qu’il traitait avec la police : « J’ai failli être tué à Belleville, où j’ai fait arrêter 5 cambrioleurs des plus dangereux  ».

Chenal partit au bagne de Guyane à bord du Ville de Saint-Nazaire le 18 décembre 1893, dans ce convoi se trouvaient également Meyrueis, Foret et Crespin. Ils débarquèrent à l’île Royale. Chenal réussit le tour de force, après avoir été indicateur de police, de se faire accepter par le groupe des bagnards anarchistes : selon Clément Duval, il se chargea de faire faire un grand plat en fer blanc par un ferblantier qui servit aux repas en commun.

Soumis à la règle de résidence, il mourut en Guyane en 1925.


Sources : La Justice, Le Journal des débats, Le Temps, Le Petit Parisien, le XIXème Siècle, Le Matin, le Gil Blas(21 août 1893) — Moi, Clément Duval, bagnard et anarchiste présenté par Marianne Enckell p.173 et 207 – ANOM dossier H 1452 = Notice de Dominique Petit in Maitron en ligne Maitron en ligne // Le Père Peinard, 28 juin 1891, 17 janvier 1892, 27 août 1893 // APpo BA 77, BA 1506, BA 1508 //


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