ZISLY Henri, Gabriel

Né à Paris IVe arr. le 2 novembre 1872 - mort accidentellement en mai 1945 - Cheminot – FAF - Paris
jeudi 16 mars 2017
par  R.D., Thierry Bertrand
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Fils d’ouvriers vivant en union libre au dire de son biographe Albin (op. cit.), Henri Zisly fréquenta sans doute l’école primaire, mais, autodidacte, s’instruisit avant tout par lui-même. À l’âge de dix-sept ans, il fréquentait déjà diverses réunions anarchistes dont celles du groupe L’Harmonie, 69 rue Blanche, et il publia son premier article dans le quotidien socialiste L’Égalité de Jules Rocques (1er numéro : 8 février 1889).

Pendant quelques années il rédigea un journal manuscrit, Le Paria, 1892-1895, reproduit à quelques exemplaires. Il avait été inscrit au Fichier Berilon en janvier 1894 et était alors qualifié « d’employé de commerce ». Il fit ensuite paraître avec Beylie, de 1895 à 1898, la Nouvelle Humanité, autographiée, 20 numéros, avec Gravelle l’État naturel, 1894-1898, seul enfin La Vie naturelle dont le premier numéro parut en avril 1907, le huitième en octobre 1920, organe du naturisme libertaire. Il publia encore Le Sauvage, deux numéros fin 1898, La Vie Nouvelle, 1927.
À plusieurs reprises, il écrivit dans l’anarchie des articles sur le naturisme et le végétarisme, dès la première année de parution.

A l’automne 1903, lors de l’enquête lancée dans Le Libertaire par Jean Marestan sur "la décadence de l’anarchie", il avait notamment répondu : " La situation actuelle de l’anarchie est celle ci : ce n’est plus l’anarchisme primitif, c’est le parti (ce mot est meut être quelque peu osé) Socialiste Libertaire. Pour moi, son œuvre serait plutôt mauvaise, puisque pour gagner des adhérents, il est obligé à des concessions, car si ce parti est assez fort numériquement, comme mentalité il est faible et en raison de cette mentalité même, je lui garantis un certain succès parce que plus les idées ont chance de gagner les masses actuelles, plus elles sont en voie de réalisation. C’est l’histoire des majorités. Pourtant, à choisir, je préfère les Social-libertaires à n’importe quel parti politique" (cf. Le Libertaire, 18 décembre 1903).

En même temps il collaborait aux journaux anarchistes les plus variés : L’Insurgé (Limoges, 1910), Le Réveil artésien (Arras, 1910), Le Grand Soir (Arras, 1911), La Vie anarchiste (Reims 1911-1914), Les Réfractaires (1914), Le Réveil de l’Esclave (1922), Pendant la Mêlée et Par-delà la Mêlée (1915-1917), Terre libre (Marseille, 1923), Le Semeur (1927-1936), La Revue sociale (1927), L’Éveil social (1932), La Voix libertaire (1929-1939), La Raison (1932), Terre libre (organe de la Fédération anarchiste française, 1938).

En 1913 il était notamment membre du groupe Les réfractaires fondé par E. Armand et Jacob et était également le secrétaire du groupe Les Naturiens égalitaires dont faisaient aussi partie E. Armand et Bonnery.

Le 21 février 1915 Zisly, qui demeurait alors 7 rue Jean Robert (XVIIIème arr), participa à la réunion tenue chez Bonnery à Montrouge, à l’initiative d’E. Armand à laquelle assistèrent une vingtaine de compagnons, dont Mauricius et sa compagne, Georges Gillet, Favier et Emile Renaud, pour renouer les contacts et discuter de l’attitude à adopter face à la guerre.

Le 19 mars 1915 il était révoqué de son poste de cheminot sur le réseau nord – où il s’était embauché le 27 août 1897) pour avoir publié un article antipatriotique dans la Bataille syndicaliste du 4 janvier : « Je demeure, écrivait-il, ce que j’ai toujours été depuis vingt-cinq années, c’est-à-dire un internationaliste, un antipatriote, et je le précise, afin qu’à cet égard il n’y ait aucune équivoque. ». Il fut condamné à huit jours de prison qu’il fit à la caserne de Reuilly. Il réussit ensuite à travailler comme lampiste à la Compagnie des chemins de fer de Ceinture mais, ayant été refusé à la visite médicale, il ne put se faire réintégrer en 1919 à la Compagnie du Nord comme il le demandait.

En décembre 1915 il était mobilisé dans un régiment territorial d’infanterie.

Dans les années 1930 il collabora notamment à La Voix Libertaire (Limoges), l’organe de l’Association des Fédéralistes anarchistes (AFA) de Sébastien Faure et était le responsable de la rubrique « Parmi les peuples » de La Raison (Rouen, 1933-1936) organe de la Fédération anarchiste de Normandie.
Au début des années 1930 il était membre du Comité de défense sociale dont les responsables étaient Felix Beaulieu Beylie (secrétaire) et Gaston Rolland (trésorier) et qui se réunissait chaque semaine au restaurant coopératif La Solidarité, 15 rue de Meaux.

Il participa à la Fédération anarchiste de langue française créée les 15 et 16 août 1936 au congrès de Toulouse. La FAF était administrée par un comité de relations où se trouvaient les représentants des groupes. Zisly participait régulièrement à ses travaux. Il tenait scrupuleusement le registre des procès verbaux. En 1935 il demeurait 5 rue de la Mare (XXème) et figurait sur un état des anarchistes de Paris et région parisienne.

En janvier 1945, il souscrivait encore 40 f pour le lancement de Ce qu’il faut dire. En tout temps enfin, et dès avant la Première Guerre mondiale, Zisly collabora au Libertaire. L’idéal de vie qu’Henri Zisly défendit sa vie durant fut le « naturisme libertaire » qu’il définissait lui-même (cf. La Vie naturelle n° 3) : « la conception de cette idée qu’il faut que l’individu, pour être réellement libre et indépendant, suffise lui-même à ses besoins. Et l’expérience démontre incontestablement que l’on peut soi-même se suffire en se limitant aux seuls besoins naturels. » Il disait encore en 1901 dans Rapport sur le mouvement naturien (cf. p. 5) : « Les Naturiens veulent l’abandon de la civilisation et le retour à une vie plus naturelle. Retourner à l’état naturel n’est pas aller en arrière, au contraire, c’est aller en avant, puisque c’est la marche vers le Bonheur. »

Trente ans plus tard, il manifestait quelque scepticisme « Si nous ne sommes pas capables de réaliser un semblable idéal, écrivait-il, eh bien ! conservons donc la République bourgeoise et nos maigres libertés » (La Voix libertaire, 7 mai 1932).

Zisly soutint cette thèse sans approfondissement ni variantes sa vie durant en de multiples articles qu’il collectionnait avec soin, de même que tout ce qu’on pouvait écrire à son sujet. « Notre Naturien collectionne et conserve avec un soin jaloux tout ce qui touche à son individualité ou à son œuvre. Il fait même plus fort : il publie en fascicules les opinions des critiques à son égard — hommage et coups de trique — avec une tranquillité déconcertante » (Albin, Croquis brefs, op. cit.).

Aussi retrouve-t-on ici et là des collections reliées à lettres dorées de ses œuvres avec pochettes renfermant lettres reçues qu’accompagnent manuscrits ou textes imprimés. Il existe de ces ouvrages à l’Institut international d’Amsterdam, à l’Institut français d’Histoire sociale et au Centre d’Histoire du syndicalisme de l’Université de Paris.

Il avait épousé en août 1908 Lucie Dusolon après avoir vécu en union libre avec elle pendant dix ans. Sa compagne exerçait le métier de modiste et, de mars 1917 à octobre 1919, elle fut secrétaire d’état-major. Elle mourut à 61 ans, le 1er octobre 1926.

Oeuvre (liste sans doute non exhaustive) : En Conquête de l’état naturel, Paris, 1899, 12 p. — Voyage au beau pays de Naturie, Paris, 1900, 32 p. — Rapport sur le mouvement naturien..., chez l’auteur, 1901, 8 p. — Réflexions sur le naturel et l’artificiel, chez l’auteur, 1901, 8 p. — Libres critiques sur la science et la nature, 1902, 8 p., 2e fascicule, 1910, 16 p. — Contes et croquis, Paris, 1904, 32 p. — Écrits antimortuaires, 1911, 4 p. — Le Progrès, 1912, 4 p. — La Conception du naturisme libertaire, chez l’auteur, 1920, 24 p. — Naturisme pratique dans la civilisation, Paris, 1928, 12 p. — Panoramas célestes, Paris, 1929, 12 p.

Douze volumes reliés comprenant articles et brochures publiés de 1892 à 1920, se trouvent à l’Institut international d’histoire sociale d’Amsterdam ; deux volumes de même nature se trouvent à l’Institut français d’Histoire sociale. deux autres au Centre d’Histoire du Syndicalisme de l’Université de Paris.

En collaboration avec H. Beylie, La conception libertaire naturienne, chez l’auteur, 1901, 16 p.

Zisly édita à ses frais quelques plaquettes et par exemple La Vérité sur les anarchistes d’A. Loriot, 1913, 16 p. Zisly avaut collaboré également à l’Encyclopédie anarchiste de S. Faure.


Sources : Arch. Jean Maitron. — Croquis brefs, par Albin, publiciste, 4, rue Chaumais, à Lyon, 8 p., 2e édition, juillet 1923 (la première est de juillet 1922), avec portrait (au CHS). — J. Maitron, Histoire du Mouvement anarchiste, op. cit. voir 1re édition. — R. Brécy, Le Mouvement syndical, op. cit., p. 88. — Notes de Roger Bossière.= Notice de J. Maitron revue par Thierry Bertrand in Maitron en ligne // Rapport au Préfet de police, 22 février 1915 (Dossier E. Armand)// CAC Fontainebleau 200 10216/170// Arc. Nat. F7/13053 // Fichier Bertillon // La Voix Libertaire, années 1931, 1932 // APpo BA 1497 // Le Libertaire, 18 décembre 1903 (réponse à l’enquête de J. Marestan "La décadence de l’anarchie") //


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