Dictionnaire international des militants anarchistes
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PAUWELS, Désiré, Joseph, Philibert “{NEZ POINTU" ; « RABARDY” ; “MEUNIER" ; "DEFOSSE}”
Né le 29 janvier 1864 à Courcelles (Hainaut) - tué le 15 mars 1894 - Ouvrier mégissier - Saint-Denis & Paris - Suisse - Espagne
Article mis en ligne le 29 mars 2013
dernière modification le 20 avril 2024

par Dominique Petit, Marianne Enckell, ps
Pauwels

Le 15 mars 1894, deux ans jour pour jour après l’attentat à la caserne Lobau (voir Théodule Meunier), Pauwels (parfois orthographié Pauwells) mourait lors de l’explosion anticipée d’une bombe qu’il avait amenée à l’intérieur de l’église de la Madeleine, à Paris.

Le père de Pauwels était un ouvrier jouissant d’une certaine aisance. Il mourut peu après la naissance de son fils. Celui-ci était un enfant malingre, sourd, affligé d’une maladie des yeux. Il quitta Courcelles en 1878, puis revint en Belgique en 1884 pour tirer au sort. Il eut un mauvais numéro, mais il disparut ensuite pour ne pas faire son service militaire. Il y était donc recherché comme réfractaire.

De 1883 au commencement de 1891, Pauwels habita Saint-Denis, 2 rue Desobry puis 23, rue du Port, et travailla à la mégisserie de MM. Combes et Oriol, rue des Poissonniers à Saint-Denis ou rue Croulebarbe à Paris (5emr arr.). Il fit partie en 1883, du club les Egaux de Montmartre. C’est là qu’il connut Vaillant, qui faisait partie de ce petit cercle où se réunissaient de nombreux propagandistes par le fait, à l’angle des rues de la Nation et Clignancourt ; il s’y était lié avec Chaumentin, Bastard, Béala ; il y connut également Léon Léger, alias Ravachol. Une vive discussion éclata un jour ; elle faillit être suivie de voies de fait et, depuis lors, Nez-Pointu- c’était le sobriquet de Pauwels - ne revint plus rue de Clignancourt. Les Egaux de Montmartre se séparèrent en 1886. Pauwels fut peut-être été parmi les rédacteurs du périodique Terre et Liberté (1884-1885, voir Antoine Rieffel). En 1885 il résidait 18 rue de la Briche et avait été, selon la police, l’un des fondateurs avec Louiche du groupe La jeunesse anarchiste de Saint-Denis.

Le 10 février 1886, il épousa Albertine Lordon, née à Saint-Denis le 3 avril 1863. Une fille naquit de cette union. Après son mariage, il passa successivement dans les établissements de MM. Delaunay-Belleville et Floquet, marchands de peaux à Saint-Denis.

Selon un rapport de mars 1890, il était abonné à La Révolte, avait une importante bibliothèque anarchiste et était signalé comme “le plus ancien des militants de Saint-Denis". A son domicile où le groupe se réunissait chaque semaine, il gardait le drapeau noir du groupe et recevait régulièrement le compagnon Tennevin qui était l’orateur parisien lors des réunions publiques du groupe. Il possédait également une machine à polycopier avec laquelle il imprimait “des manifestes destinés aux conscrits, qu’il affichait et distribuait lui-même”. Selon le commissaire de police de Saint-Denis, Pauwels passait “pour un individu très exalté” et sa femme était également anarchiste.

Préventivement à la manifestation du 1er mai à laquelle il avait appelé à participer en termes violents, il fut l’objet le 28 avril 1891 d’un arrêté d’expulsion. Il fut soupçonné d’avoir participé à la bagarre anarchiste de Levallois-Perret, le 1er mai 1891. Le 2 mai, M. Ronquier, commissaire de police de la circonscription-nord de Saint-Denis, se présenta à son domicile pour lui signifier un arrêté d’expulsion signé par M. Constans, ministre de l’Intérieur ; mais l’anarchiste, qui avait remarqué la surveillance dont il était l’objet, était absent chez lui et à la tannerie Floquet, où il travaillait, on ne l’avait pas vu depuis trois jours.

Pauwels, après avoir séjourné quelques jours à Argenteuil chez sa femme dont il était séparé et avoir confié divers papiers compromettants à Bouttevile qui les aurait brûlé, avait gagné Londres avec le compagnon Segard. Il y fut hébergé par Richard, épicier, 67 Charlott Street, Fitzroy Square. Il y rencontrait Louise Michel et subsistait comme laveur de vaisselle. Ne pouvant trouver un travail fixe, il revenait à Paris sous le nom de Claude Defosse le 14 juin et était hébergé tantôt chez Élisée Reclus, tantôt chez la femme Lavroff et surtout chez Madeleine Wapler, la femme de Paul Reclus, 21 rue Meynadier. C’est là qu’il fut arrêté le 21 juillet suivant. Le 5 août il bénéficia d’un non-lieu pour l’affaire du 1er mai, mais fut maintenu en détention. Le 7 lui fut notifié l’arrêté d’expulsion et le 22 août, ne pouvant être renvoyé en Belgique où il était déserteur, il fut reconduit à la frontière Luxembourgeoise. Sa femme le rejoignit bientôt, lui amenant leur fille Gabrielle alors âgée de cinq ans, au grand Duché. Au bout de six mois, Pauwels, traqué par la police du pays qui lui avait donné asile et objet d’un arrêté d’expulsion, se décida à rentrer en France où il parvint à se soustraire à toutes les recherches.

Selon certaines sources, sa femme, ne voulant pas vivre plus longtemps avec un compagnon dont les sentiments étaient absolument différents des siens, aurait pris la résolution de venir habiter chez ses parents à Saint-Denis.

En 1892, Pauwels se réfugia à Varangéville, près de Nancy, dans une fabrique de soude, dont le chef chimiste était Paul Reclus qui y avait fait embaucher plusieurs compagnons. Il trouva à s’employer dans cette usine pendant plusieurs mois, où il n’était connu que sous le nom de Meunier. C’est là qu’il fit la connaissance d’Élisée Bastard. Paul Reclus avait 3 à 400 ouvriers et parmi eux deux ou trois d’opinions anarchistes. La découverte de ce fait par la police fut suivie de leur renvoi accompagné d’une certaine mise en scène. Parmi les ouvriers renvoyés de l’usine de Varangéville, il y avait Meunier (Pauwels), Calixte David (sans doute Bastard) et Mouis Albert Prudhomme (peut être Segard).

Puis il erra à la recherche de travail, en Allemagne, en Suisse, en Angleterre, en Espagne, tous pays où l’on ne parlait pas français, la seule langue qu’il connût. « La vie de misère, de déveine, de désespoir que vécut alors ce malheureux n’est pas croyable. Seule, l’amitié de quelques camarades, parmi lesquels j’étais, le soutenait encore », dira Paul Reclus. A l’automne 1892 la police pensait qu’il était à New York.

Du 15 novembre au 7 décembre 1892, Pauwels habita Genève, où il partageait la chambre de l’anarchiste Carry, puis passa quelque temps à Lausanne, d’où il se rendit ensuite à Barcelone. Il habitait un village près de Barcelone et recevait sa correspondance au club anarchiste, 51, rue Olégario. Il écrivit aux camarades de Genève, le 4 janvier 1893, qu’il s’y trouvait « dans une purée épouvantable ». Dès février 1893, ma police signalait que la compagne de Bastard cherchait à lui trouver un livret militaire et des papiers lui permettant de revenir en France sous une fausse identité. Sa femme, avec laquelle il était toujours en contact, avait tenté, en vain, à l’automne 1893, avec l’aide du compagnon Martinet, d’obtenir le retrait de l’arrêté d’expulsion dont il avait été l’objet en France. Il quitta Barcelone après l’attentat au théâtre du Liceo, en novembre 1893.

Revenu en France, il trouva du travail dans la même fabrique qu’Auguste Vaillant. Pauwels prit même pension chez lui pendant quelques jours. Alors qu’il avait quitté Vaillant, il rencontra Paul Reclus et ne lui parla pas de ses projets.

En effet, Pauwels était décidé à tendre des pièges à deux commissaires de police qui avaient participé à la répression des anarchistes. Il s’agissait du commissaire Bélouino qui leur avait donné une chasse acharnée, interrompant leurs réunions, fermant les salles où ils se rassemblaient, n’hésitant pas à les arrêter dans la rue lorsqu’ils chantaient leurs chansons antipatriotiques après les opérations du tirage au sort ou les jours de conseil de révision. C’était également M. Belouino qui aida le service des recherches de la Préfecture de police à découvrir le domicile de Ravachol à Saint-Denis, après les attentats du boulevard Saint-Germain et de la rue de Clichy. Quant à M. Dresch, commissaire du quartier de la Porte-Saint-Martin, c’est à lui que l’on devait l’arrestation de Ravachol.

Pauwels se procura les papiers d’un nommé Étienne Rabardy, ouvrier mécanicien à Rouen, et sous ce nom pris une chambre à l’hôtel Calabresi, 69 rue Saint-Jacques à Paris, le 21 février 1894. Il installa une bombe à renversement au-dessus de la porte de la chambre, l’engin devant tomber et exploser dès l’ouverture de la porte. Il adressa aussitôt une lettre à M. Bélouino dont le commissariat se trouvait à proximité, dans laquelle il lui annonça son suicide, dans le but de le faire venir à sa chambre. Mais c’est un agent de police qui se déplaça et fît exploser la bombe ; il ne fut que blessé, par contre l’explosion fit une morte et 3 blessés.

Le 20 février, Pauwels recommença la même opération à l’hôtel La Renaissance, 47 rue du Faubourg Saint-Martin, et envoya la même lettre au commissaire M. Dresch. La police cette fois fit exploser la bombe après avoir évacué l’hôtel. Il n’y eut que des dégâts matériels.

Concernant l’explosion de la Madeleine, est-ce un accident ? Ce sera la version officielle : une mauvaise manipulation. Paul Reclus, dans une lettre, considéra que c’était un suicide dû à la misère. Cette version du suicide fut étayée par le fait que l’on retrouva une balle de son pistolet dans sa tête mais la balle manquante dans le barillet n’était pas en face du percuteur. Quant au pistolet, était-il à côté de lui ou dans sa poche ? Les versions sont contradictoires. Le suicide serait-il consécutif au fait que la bombe ayant explosé malencontreusement, Pauwels aurait mis fin à ses jours, pour ne pas tomber vivant dans les mains de la police ?

Dans une lettre au journal l’Intransigeant signée Rabardy, il avait écrit : « La mort est loin de m’enrayer, puisque j’ai porté mes bombes plus de quinze jours sur moi et qu’elles pouvaient éclater d’un moment à l’autre. ». Dans une lettre à un ami : « j’ai voulu faire un acte de propagande dans une église pour leur faire peur comme ça ils n’oseront plus aller au café et à l’église. Ne dis rien à personne de ce que je t’écris, car je ferai tout pour leur échapper et recommencer, mais si j’ai la déveine d’être pris cette fois-ci, tu peux être tranquille je ne dirai rien et je saurai marcher à la guillotine comme Ravachol et Vaillant. »

Dans sa poche on retrouva une lettre de Bastard ainsi qu’un billet de retour en train vers Barcelone.

Jean Grave, qui n’est pas tendre dans ses mémoires, dit toutefois de Pauwels que c’était « un bon camarade, sincère et connu de nous tous ». On sait peu de choses de sa biographie : Nettlau le prénomma Jean, d’autres Amédée, le Journal de Genève et la police de Nancy (1892) Philibert Désiré Joseph.

Au printemps 1895 la presse signalait que sa femme, gravement atteinte de phtisie pulmonaire, résidait à Saint-Denis chez sa mère avec sa petite fille Gabrielle.


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