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PICQUERAY, Marie-Jeanne « May »
Née le 8 juillet 1898 à Savenay (Loire Atlantique) – morte le 3 novembre 1983 - Dactylo ; Correctrice d’imprimerie –FA - CGTU – CGT – Paris – Saint Tropez (Var) – Toulouse (Haute Garonne)
Article mis en ligne le 29 mai 2012
dernière modification le 13 décembre 2017

par R.D.
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May Picqueray

Fille d’un convoyeur postal et d’une couturière qui la détestait et l’éleva très durement, Marie-Jeanne Picqueray passa son enfance en Bretagne où elle passa son certificat d’études dans une école tenue par des sœurs. Elle fut ensuite engagée par une institutrice pour s’occuper de ses fils épileptiques, suivit cette famille au Canada où elle fréquenta le lycée de Montréal, puis, après le décès de l’un des enfants puis du père tué au front et enfin de la mère, fut rapatriée en France. Elle travailla alors comme interprète puis comme dactylo bilingue et divorça d’un premier mari qui se droguait.

En 1918 elle partait pour Paris où elle allait rencontrer l’étudiant en médecine Dragui qui allait l’amener aux idées libertaires. Membre du groupe des jeunesses anarchistes des 5ème et 13ème arrondissement, elle militait également aux Jeunesses syndicalistes. Lors de la campagne en faveur de Sacco et Vanzetti, en 1921, elle envoya à l’ambassade américaine de Paris un paquet contenant une grenade.

En 1922 elle fut nommée secrétaire administrative de la Fédération CGT (ou CGTU ??) des métaux et participa au premier congrès tenu par la CGTU à Saint Etienne en juin-juillet 1922. Elle fut désignée pour accompagner le secrétaire fédéral Louis Chevallier au 2ème congrès de l’Internationale syndicale rouge à Moscou en novembre 1922. Elle y parvint à obtenir de Trotski la libération des militantes anarchistes Mollie Steiner et Sonya Fleschine emprisonnées par les bolchéviques. May aimait à raconter la tête qu’avait fait Trotsky lorsque, au cours d’un repas, elle était montée sur la table pour chanter le triomphe de l’anarchie. Revenue en France avec de faux papiers fournis par les autorités soviétiques elle fut arrêtée à la frontière franco-belge, emprisonnée à Avesnes-sur-Helpe et condamnée pour « usage de faux papiers ».

Après que les communistes aient pris le contrôle de la Fédération des métaux, May y abandonna son travail et partit en province où elle allait travailler comme rédactrice et correctrice dans un journal régional. De 1923 à 1926 elle fut aussi la secrétaire particulière de la militante russo-américaine Emma Goldman qui résidait alors à Saint Tropez avec son compagnon A. Berkman. A Saint-Tropez elle se lia à François Niel, un marin pêcheur, dont elle eut un fils.

En août1938 elle revenait à Paris où elle allait travailler pour diverses œuvres de bienfaisance, notamment l’Office français pour l’enfance, le Comité d’aide aux enfants espagnols et les Quakers américains. En juin 1940, à l’approche des Allemands, elle allait à Toulouse où les Quakers s’étaient repliés et où elle fut chargée de s’occuper du ravitaillement en vivres, médicaments et vêtements des réfugiés et des internés du camp du de Noë où étaient parqués des « indésirables » de toutes nationalités et où elle retrouva le compagnon italien Alberto Meschi dont elle tenta aussitôt d’organiser l’évasion avec l’aide d’un ecclésiastique, ce que Meschi refusa : « Il ne voulait rien devoir à un curé. J’eus beau insister je ne pus le faire changer d’avis  ». Elle s’occupa également des internés du camp du Vernet d’Ariège où chaque semaine elle amenait « un énorme camion chargé de tout ce que je pouvais apporter ». Après avoir fait évader 9 internés allemands du Vernet à l’été 1940 dans le camion des Quakers, et préférant ése faire oublier  » de la police qui la suspectait, elle se réfugia avec son fils Lucien dans un petit village près de la frontière d’Andorre où elle allait passer tout l’hiver 1940-41.

Revenue à Toulouse au printemps 1941, elle parvenait à faire libérer le plus légalement du monde le compagnon Nicolas Lazarevitch puis à faire sirtir du camp de Gurs ses vieilles camarades Mollie Steimer et Sonya Fleschine. Quelques mois plus tard, après avoir franchi clandsestinement la ligne de démarcation, avec son fils Lucien et sa fille Marie-May (née en août 1941), elle regagnait Paris et pour « aider ceux qui se trouvaient dans le pétrin  » intégrait à partir d’avril 1943 L’Entraide française et se lançait parallèlement, y compris dans les locaux mêmes de la censure allemande et sans doute avec la complicité de Thérèse Blanchong, dans la fabrication de faux papiers (cartes d’identité, extraits de naissance, fiches de démobilisation, cartes de ravitaillement, etc) destinés à la Résistance où aux personnes évadées ou recherchées.Outre la recherche de « planques » pour la Résistance elle collabora également à un réseau d’évsion de prisonniers français en Allemagne et était également alors en contact avec le groupe espagnol de Laureano Cerrada. Au printemps 1944 elle aida notamment la résistante Suzanne Charise évadée du camp de Castres et recherchée par la Gestapo et aida plusieurs personnes recherchées par les nazis à franchir la ligne de démarcation.

Devenue correctrice à la Libération d’abord à l’Imprimerie du Croissant , puis au journal Libre Soir Express elle fut admise au syndicat CGT des correcteurs le 1er octobre 1945 qui ne comptait alors que 4 ou 5 femmes. En septembre 1945, avec sa fille Sonia, qui avait servie d’agent de liaison dans un maquis en Dordogne, elle allait en Italie pour y retrouver à Gênes son ancien ami Fernando Gualdi, qu’elle avait essayé en vain de faire évader du camp du Vernet et qui venait tout juste d’être libéré mal en point d’un des bagnes fascistes italiens.

A la disparition du journal, elle obtint avec un de ses camarades, devant le conseil des Prudhommes, un mois d’indemnité de licenciement, ce qui ne s’était encore jamais vu. Le jugement fit désormais jurisprudence.

Adhérente depuis 1957 du groupe Louise Michel de la Fédération anarchiste, elle fut également active aux Amis de Han Ryner et au groupe des Amis de Sébastien Faure.

En 1963 elle était la secrétaire de la commission syndicale de la Fédération anarchiste et dans les années 1970-80 participait aux activités du groupe anarchiste du Pré-Saint-Gervais

May Picqueray (siège du Réfractaire)

Fondatrice des Amis de Louis Lecoin et collaboratrice du journal Liberté, elle participa activement à l’aide apportée aux objecteurs de conscience et aux insoumis. En 1974 elle fonda le journal Le Réfractaire (Avril 1974-décembre 1983) dont elle fut la directrice et dont le dernier numéro, paru en décembre 1983, lui rendait hommage. Elle participa également aux mobilisations contre l’extension du camp du Larzac et en 1978 servait de contact aux insoumis regroupés autour du bulletin Avis de recherche (Paris, octobre1978- octobre 1981, 40 numéros) animés notamment par Frédéric Joyeux et Martial Cardona.

May Picqueray, dont une partie des archives ont été déposées au CIRA de Marseille, est décédée le 3 novembre 1983.

Œuvre : -May la réfractaire, pour mes 81 ans d’anarchisme (Atelier Marcel Julian, 1979).

P.S. :

Sources : Lettre de May Picqueray, 22 février 1973 – R. Bianco « Un siècle de presse anarchiste… », op. cit. – Le Monde, 11 novembre 1983 – Bulletin du CIRA, Marseille, n°23/25, 1985 = Notice de J. Maitron in « Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier… », op. cit. // Cenit, 29 novembre 1983// Notes D. Dupuy// Le Refractaire, n°83, décembre 1983

Filmogr. : "Ecoutez May Picqueray", Bernard Baissat, 1983.


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