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STACKELBERG Frédéric « LIENHART Féodor »
Né dans l’île de Wormsoé, gouvernement d’Estonie (Russie) le 8 février 1852 - mort le 14 février 1934 - Paris - Nice (Alpes Maritimes) - Bruxelles
Article mis en ligne le 20 mars 2012
Dernière modification le 23 mai 2019

par R.D.

Issu d’une famille noble des provinces baltiques, Fredéric Stackelberg avait douze ans quand il vit fouetter un paysan et ce fait eut sur sa vie une influence décisive. Quelques années plus tard, il quittait la Russie « pour ne pas être témoin des sévices employés contre les paysans  » (La Voix libertaire, 3 mars 1934, article de A. Sadier) et s’en fut en Allemagne pour y poursuivre ses études de mathématiques ; il s’y serait lié à Bebel et Liebknecht. Pour avoir protesté contre les annexions de 1871, il fut expulsé d’Allemagne et vint à Paris. Il entra en relations avec les socialistes français et participa à l’organisation du congrès international prévu à Paris pour septembre 1878, mais que le gouvernement interdit, ainsi qu’à celle du troisième congrès national ouvrier qui s’ouvrit à Marseille le 20 octobre 1879 et aboutit à la création du Parti des Travailleurs socialistes de France.

Vers 1880, il habitait à Nice avec ses parents, riches rentiers qui fréquentaient la côte chaque année de septembre à mai. Un rapport de police établi à Nice le 14 mars 1883 le présente ainsi : « ... Il est de taille moyenne et d’une constitution chétive, figure osseuse et blême, petite moustache, barbe très peu fournie au menton, cheveux châtain clair et courts, démarche vive et vulgaire. Il porte des lunettes montées sur or [...] Avec ses journaux dans ses poches, il représente assez bien le type du clubiste. »

En juillet 1883, il collaborait avec les socialistes du Comité central révolutionnaire (blanquiste) à la fondation du journal niçois Le Réveil des Travailleurs qui parut pendant sept mois. Suite à une réunion entre le Groupe socialiste révolutionnaire (GSR) et de présumés anarchistes locaux, la police, dans un rapport du procureur de la République de Nice daté de novembre 1883, rapportait : « …Stackelberg et Cecarelli ont déclaré qu’il était temps d’agir en France…[on]…a donné lecture d’une lettre du groupe d’action de Lyon par laquelle il demande des hommes et de l’argent ayant à leur disposition beaucoup d’armes et de munitions…Il a ensuite été question d’organiser une manifestation pour terrifier les bourgeois de Nice…les uns ont proposé de faire sauter le Casino municipal  ». En novembre suivant, un nouveau rapport confirmait les relations établies entre le GSR de Stackelberg et un groupe anarchiste italien de Nice : « Le 3 novembre une nouvelle réunion a eu lieu chez Giacobi [membre du GSR]…on est occupé de la question du pain. Le mot d’ordre est de provoquer dans toute la France une agitation…On s’emparerait dans les boulangeris du pain pour le distribuer au peuple. Cette dernière proposition a été votée à l’unanimité après une courte discussion entre Stackelberg et Fayno qui pousse énergiquement le groupe des Alpes-Maritimes à s’unir avec le groupe italien qui possède des armes et des bombes  ». Bien que Stackelberg manifesta certaines réticences face à l’action violente, il semble bien que c’est au sein du GSR que se firent jour les premières manifestations anarchisantes et et des liens entre Stackelberg et les anarchistes.

En 1884, lors des grèves d’Anzin, il adressa à Rochefort, au nom du groupe de l’union révolutionnaire de Nice, un télégramme le priant d’être son interprète auprès des organisateurs d’un meeting qui eut lieu le 21 mars, pour leur exprimer sa sympathie et ses sentiments de solidarité. Son activité politique lui valut d’être l’objet d’un arrêté d’expulsion en date du 26 novembre 1884 ; il se réfugia en Espagne, puis en 1885 à Bordeaux sous le nom semble-t-il de Stanley, puis l’arrêté étant ajourné, il était de retour à Nice le 26 janvier 1886 et il reprit ses activités politiques ; ordre lui fut alors donné, le 14 avril, de quitter la France. Le 9 décembre 1886, l’arrêté d’expulsion était rapporté.

Stackelberg se fixa à Paris en 1887 et habita, 25, rue Boursault, XVIIe arr. Le 18 mars 1889, il assista au banquet commémoratif de la Commune ainsi qu’à celui qui eut lieu l’année suivante. Il collabora sous le nom de Lienhart au journal La Lanterne. À propos de Ravachol, voici ce qu’il écrivait à Joseph Cohen, révolutionnaire hollandais, dans une lettre datée 11 juillet 1892 (Ravachol fut exécuté ce jour même).
« ... Je trouve Ravachol, le héros de l’anarchie, très brave, très crâne [...]. Mais que voulez-vous, tout en ayant une certaine considération pour sa personne crâne, il m’inspire de l’horreur. Quant à ses complices, j’ai pour eux un insondable dégoût [...]. Je comprends parfaitement qu’on soit antiparlementaire en étant révolutionnaire, mais la haine aveugle, enfantine, des anarchistes contre le suffrage universel, qui est d’essence égalitaire, m’a toujours été un mythe...  »

En décembre 1893, suite à l’attentat de Vaillant, il fut l’objet d’une perquisition.
Un nouvel arrêté d’expulsion émis le 19 décembre, l’obligea à quitter Paris le 28 février 1894. Il se rendit en Belgique et se fixa à Bruxelles en juin 1894 avant d’être expulsé le 25 août suivant. Il se rendit alors en Grande Bretagne.

L’arrêté d’expulsion ayant ét suspendu en décembre 1894, puis rapporté, il fut autorisé à rentrer en France en mars 1895 ; il s’installa d’abord à Paris où il allait résider 84 rue de la Condamnine avant de déménager en décembre 1897 à Nice, 4 rue Bergère. Le 8 avril 1898, lors d’un banquet à Nice il avait porté un toast à l’anarchie et avait crié "Vive Angiolillo". Toutefois, selon la police, il ne semblait plus faire de propagande active mais aidait pécuniairement des compagnons. Fin décembre, lors d’une réunion il s’était proclamé "libertaire internationaliste" et avait déclaré que l’ennemi c’était le militarisme.

En septembre 1904 il avait été le délégué de la loge parisienne Le Lien du peuple au congrès international de la Libre pensée tenu à Rome et dont il fit un compte rendu dans Les Temps Nouveaux (1er octobre 1904).

En 1906 la police notait qu’il paraissait s’être amendé et évitait de se montrer dans les réunions publiques. En avril 1906 il sollicité la nationalité française et Il fut naturalisé par décret du 4 janvier 1907.

Il collabora au journal La Guerre sociale dès sa fondation fin 1906. Le 26 mai 1907, dans une réunion publique organisée à Nice, il remercia Clemenceau « de l’avoir aidé à obtenir la nationalité française  » (Arch. Nat. F7/12 497). En décembre 1907, il adhérait au Parti socialiste ; le 22 décembre, à Vallauris (Alpes-Maritimes), il présida la réunion publique qui suivit le congrès socialiste fédéral. Il fut délégué des Alpes-Maritimes au congrès de Toulouse de 1908 et vota la motion d’unanimité Vaillant et non la motion « insurrectionnelle » — il se serait ensuite « ressaisi » (Guerre sociale, 25 novembre 1908).
A l’été 1909, il fut impliqué dans un complot pour assassiner Clemenceau, complot monté semble-t-l par la police en vue de l’expulser.

En 1910, il fut candidat aux élections législatives dans la 1re circonscription de Nice et obtint 296 suffrages.

Pendant la guerre, il signa, en 1916, le manifeste pacifiste « La Paix par les Peuples » et collabora au journal de Sébastien Faure, Ce qu’il faut dire en 1916 et 1917.

Après la guerre, il suivit vraisemblablement au Parti communiste la majorité de la fédération socialiste des Alpes-Maritimes : Virgile Barel le cite comme « un de nos bons camarades disparus  » (50 années de luttes, Virgile Barel, p. 34).

Franc-maçon, il appartenait au Grand Orient de France ; d’abord membre de la loge « Bien des peuples, bienfaisance réunis », il fut affilié en 1907 à la loge « Démos » et en démissionna en 1922 pour pouvoir rester au PC.

En mai 1921, il participait à la rédaction du Travailleur des Alpes-Maritimes, organe de la section communiste de Nice.

En 1926 il appartenait à la commission d’initiative du groupe d’Etudes sociales de Nice aux cotés de J. Braman et F. Laura. Il apporta ensuite une active collaboration à la presse anarchiste et notamment, de 1927 à 1936, au Semeur et, de 1929 à sa mort, à la Voix libertaire. Il écrivit plusieurs notices pour l’Encyclopédie anarchiste de Sébastien Faure et, notamment, celle intitulée « Marxisme ».

Dans une de ses dernières lettres, datée du 31 décembre 1933 et adressée à Jean Marestan, il écrivait : "..Je suis conduit à rejeter impitoyablement les scories de l’autoritarisme et les débris de l’individualisme. Hélas, je cherche les successeurs de Karl Marx et de Bakounine, et je ne les trouve pas. Et il me faudrait vivre encore vingt ans, pour arriver à expurger la formule du communisme de toutes les turpitudes propriétaristes et moralisatrices qu’elle contient encore, et présenter, comme il convient la formule de l’anarchie supérieure qui rayonnera sur des millénaires, dans l’avenir..." (cf. La Voix Libertaire, 28 avril 1934 )

« Nous ne partagions pas son admiration pour le régime autoritaire bolcheviste, mais nous sommes restés en relations amicales avec lui jusqu’à sa mort  », écrivit un rédacteur de La Voix libertaire, 3 mars 1934 à la suite de son décès survenu à Nice le 14 février précédant.

OEUVRE : Stackelberg a collaboré à de très nombreux journaux libertaires. Outre ceux cités ci-dessus : La Révolte, Les Temps Nouveaux, L’Idée libre (avant 1914).

Il a par ailleurs écrit de nombreux ouvrages et brochures : L’inévitable Révolution, 1903. — Mystification patriotique et solidarité prolétarienne. — Vers la société communiste. — Allemagne et France. — La Femme et la Révolution. — Comment ? République sociale. — Vers l’union libre. - Conquête de l’égalité (terminé à la veille de son décès,) etc...
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