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ARCHINOV, Piotr [Piotr Marine, dit]

Né vers 1887 à Ekaterinoslav (Ukraine), exécuté en novembre 1938 à Moscou (URSS) ; ouvrier serrurier ; anarchiste, makhnoviste puis un des auteurs de la Plate-forme.

 
Piotr Archinov (sans date)

À 17 ans, ouvrier métallurgiste aux ateliers de chemin de fer de Khisil-Artavat (Turkestan), près de la mer Caspienne, Piotr Archinov sympathisait avec la fraction bolchevique du Parti ouvrier social-démocrate.

En 1905-1906 il fut le rédacteur de Molot (Marteau), journal paraissant illégalement, et qui aidera au développement des idées révolutionnaires chez les cheminots de l’Asie centrale.

Pour échapper à la police, il s’installa en 1906 à Ekaterinoslav (Ukraine) et travailla à l’usine Shoduar, où il devint anarchiste. Cette même année, où se multipliaient les procès contre les révolutionnaires, il fit sauter, le 22 décembre, un bâtiment de la police à Nisnedneprovsk, attentat dans lequel furent tués trois officiers cosaques et plusieurs policiers.

Le 7 mars 1907, il exécuta d’un coup de revolver le chef des ateliers de chemin de fer d’Alexandrovsk, artisan de la répression des grèves de 1905-1906. Arrêté sur le champ Archinov fut condamné, deux jours plus tard, à la pendaison. L’exécution ayant été momentanément suspendue, Archinov parvint à s’évader, avec d’autres détenus, dans la nuit du 22 avril 1907. Il gagna alors la France, où il resta un an et demi.

Il retourna en Russie en 1909 où, à l’automne, il fut arrêté pour son activité anarchiste à Briansk. Il s’évada une nouvelle fois et continua ses activités clandestines en particulier dans les provinces de Kostrom et de Smolensk où, en mai et juillet 1910, il participa à plusieurs attaques à main armée.

En septembre 1910, il fut arrêté par la police austro-hongroise sous la fausse identité de F. I. Mikhailski, alors qu’il acheminait des armes et des livres vers le territoire russe. Livré aux autorités tsaristes, il fut interné à Tarnopol et condamné, en octobre 1911, à vingt ans de prison. L’utilisation de divers pseudos lui avait évité que lien soit établi avec sa condamnation à mort antérieure. Incarcéré aux Boutyrkis, il fit la connaissance de Nestor Makhno.

Libéré par la révolution, le 1er mars 1917, il participa très activement aux évènements. Archinov cofonda la Fédération des groupes anarchistes de Moscou, son journal Anarkhia et les éditions Golos Trouda (« La Cause du travail »). En 1918, il était membre du Bureau des anarchistes du bassin du Donetz et rédacteur de son organe Golos Anarkhista. Il participait en juin 1918 à la conférence anarchiste de Moscou. C’est alors que Nestor Makhno lui demanda de le suivre en Ukraine.

En janvier 1919 il gagna l’Ukraine, où il devint membre du conseil de l’état-major de l’Armée révolutionnaire insurrectionnelle ukrainienne (makhnoviste). Responsable de la section culturelle, il assurait avec Aaron Baron la publication des journaux Pouts’k Svobodie (« Voix de la liberté ») qui avait une édition russe et une autre ukrainienne, et de Golos Makhnovtsa (« La Voix du makhnoviste », Kharkov, 1920) qui publia 3 numéros. Il participa très activement à l’organisation du front contre l’armée blanche de Dénikine et à toute l’épopée makhnoviste (la « Makhnovschtchina »).

En avril 1919, il participa avec Voline au congrès de la confédération anarchiste Nabat. Il participa alors à l’édition du journal Nabat.

En 1921, alors que la révolution en Ukraine était écrasée par l’Armée rouge, Archinov passa à l’étranger. En 1923-20194, il était à Berlin, rédacteur de Anarkhitchneski Vestnik et rédigeait une histoire du mouvement makhnoviste. Il fut l’auteur du texte « Réponse aux ex-anarchistes ralliés au bolchevisme » qui fut traduit et publié dans Le Libertaire à partir de décembre 1923. Dans Le Libertaire du 5 août 1924) il démentit les calomnies contre Makhno et Voline imprimées La Vie ouvrière (4 et 11 juillet 1924).

Groupe d’anarchistes russes et ukrainiens à Berlin en 1925
De g. à dr., 1er rang : Sénia Fléchine, Mollie Steimer, Nestor Makhno.
2e rang : Sénia Volkovski, Piotr Archinov, inconnu.
Source : Szru.gov.ua

Installé à Paris en 1925, il travailla comme cordonnier et devint secrétaire du Groupe des anarchistes russes à l’étranger, qui compta également parmi ses membres Nestor Makhno, Voline, Nicolas Lazarévitch, Tcherniakov, mais aussi quelques camarades polonais comme Idat Mett, Maxime Ranko et Walecki. Le Groupe édita la revue Diélo Trouda et lança un vaste débat sur les enseignements de la Révolution russe.

En août 1925, le Diélo Trouda nº3 publia les premiers articles proposant une révision des conceptions organisationnelles de l’anarchisme, sous la plume de Piotr Archinov (« Notre problème organisationnel ») et de Tcherniakov (« Notre tâche immédiate »). Suivit, à partir de juin 1926, un projet de « Plate-forme d’organisation de l’union générale des anarchistes ». Le texte restera célèbre sous le nom de « Plate-forme organisationnelle des communistes libertaires » voire de « Plate-forme de Makhno et Archinov », bien qu’il s’agisse d’une œuvre collective. En octobre 1926, la « Plate-forme » fut éditée par la Librairie internationale, préfacée par Archinov, dans une traduction de Voline.

Aux partisans de la « Plate-forme » s’opposèrent bientôt les partisans de la « Synthèse » (voir Voline et Sébastien Faure), en un débat qui divisa fortement le mouvement anarchiste français de 1925 à 1931.

Les 12 et 13 juillet 1926, Makhno et Archinov assistèrent au congrès de l’Union anarchiste, qui se rebaptisa à cette occasion Union anarchiste communiste (UAC), et tous deux y donnèrent leur adhésion.

En 1926-1927, Archinov anima plusieurs réunions-débats sur la « Plate-forme » auxquels prirent part des militants de tous pays réfugiés en France : des Russes, dont Maria Goldsmith  ; des Espagnols, dont Orobón Fernandez, Carbo et Gibanel  ; des Italiens, dont Ugo Fedeli et Luigi Fabbri  ; des Bulgares  ; un Chinois, Chen  ; des Français dont Pierre Odéon et Achille Dauphin-Meunier  ; le Néerlandais Cornelissen.

À l’époque, Piotr Archinov collabora également au Libertaire, à La Revue anarchiste, à La Revue internationale anarchiste et à L’Encyclopédie anarchiste (voir Sébastien Faure), dont il rédigea les articles « Bolchevisme » et « Démocratie ».

Le 20 mars 1927, Archinov coorganisa la conférence internationale tenue à la salle de cinéma Les Roses, à L’Haÿ-les-Roses (voir Nestor Makhno). où fut débattu le projet d’une internationale anarchiste fondés sur la « Plate-forme ».

Au congrès de Paris de l’UAC (30 octobre-1er novembre 1927), l’organisation adopta des statuts inspirés de la « Plate-forme » et se rebaptisa Union anarchiste communiste révolutionnaire (UACR). Il en résulta la scission d’une partie des synthésistes, qui créèrent l’Association des fédéralistes anarchistes (AFA, voir Pierre Lentente). Cependant, Archinov considéra que l’UACR était davantage fidèle à la lettre qu’à l’esprit de la « Plate-forme », et que l’application étroite qui en résultait était contre-productive. En effet, dès son congrès d’avril 1930, l’UACR abandonna la « Plate-forme » et revint à la situation antérieure à 1927.

Fin 1929, Archinov fut arrêté par la police française en raison de son activité politique et expulsé vers la Belgique en janvier 1930. Il ne put rentrer en France que quelques mois plus tard, grâce à l’intervention de Sébastien Faure auprès de plusieurs personnalités politiques. À l’époque, il se brouilla avec Nestor Makhno.

Après le congrès d’avril 1930 de l’UACR, qui constituait pour lui un recul, Piotr Archinov fut gagné par le découragement. Las de l’exil, pressé par sa compagne, il entra en contact avec Ordjonikidzé, un responsable soviétique qu’il avait connu vingt ans auparavant dans les prisons tsaristes. Celui-ci lui promit de l’aider à rentrer en Russie, à condition qu’Archinov renie publiquement l’anarchisme. Selon le témoignage de Nikola Tchorbadieff, Archinov accepta le marché et rédigea deux brochures en russe, L’Anarchisme et la dictature du prolétariat (1931) et L’Anarchisme à notre époque (1933) dans lesquelles il dressait un constat d’échec du mouvement.

Peu avant d’être autorisé à revenir en URSS en 1933, Tchorbadieff questionna Archinov : « Es-tu devenu bolchevik ? » À quoi l’intéressé répondit : « M’en crois-tu capable ? » Il justifia son retour par l’absence de perspectives en Europe occidentale. Il était déterminé à retourner au pays, quitte à prendre sa carte au PCUS, pour y faire un travail oppositionnel.

Une fois de retour en URSS, Archinov fut probablement soumis à de fortes pressions. Dans quelle mesure resta-t-il fidèle à l’anarchisme ? Dans quelle mesure fut-il absorbé par la machine bureaucratique ? Il entra en tout cas effectivement au PCUS et travailla aux Izvestia. Dans le numéro du 30 juin 1935, il publia un article intitulé « Fiasco de l’anarchisme ». Cela toutefois ne le sauva pas des grandes purges de 1936-1938 qui visaient à la liquidation physique des vétérans de la révolution. Arrêté en janvier 1938, il fut exécuté à Moscou en novembre 1938, sous l’accusation d’avoir voulu « restaurer l’anarchisme en Russie soviétique ».


ŒUVRE :

  • Plateforme d’organisation de l’Union générale des anarchistes, Paris, La librairie internationale anarchiste, octobre 1926, 32 p.
  • Supplément à la plateforme… : questions et réponses. 15 p.
  • Histoire du mouvement makhnoviste : 1918-1921, Paris, Librairie internationale, 1923, 424 p., préface de Voline.

SOURCES :

  • Groupe des anarchistes exilés en Allemagne. Répression de l’anarchisme en Russie soviétique, Librairie sociale, Paris, 1923.
  • CAC Fontainebleau 200 10216/171.
  • Le Libertaire, année 1923, 5, 6, 7 juin 1924 (« Les véritables voies de la révolution sociale »), 19 juin 1924 (« Les communistes et Makhno »), 5 août 1924 (« Comment mentent les communistes »), 29 septembre 1924 (biographie par Voline), 6 novembre 1925 (« Le front unique du prolétariat »), 6 mai 1927 (« Le problème de l’organisation »), 29 juillet 1927 (« La critique de la synthèse »), 8 juin 1928 (« Éléments neufs et anciens de l’anarchisme »).
  • Louis Lecoin, Le Cours d’une vie, auto-édition, 1965.
  • Nicolas Faucier, Dans la mêlée sociale, La Digitale, 1983.
  • Alexandre Skirda, Autonomie individuelle et Force collective, auto-édition, 1987.
  • notice en russe de Rubricon.com.
  • Sylvain Boulouque, « Piotr Archinov », Itinéraire nº13, 1995 (sur Voline).
  • Alexandre Skirda, Nestor Makhno, le cosaque libertaire, Éditions de Paris, 2005.

Au moins 10 revues francophones parues sous ce nom (voir sur le site Bianco).
Au moins 12 ouvrages recensés dans le Catalogue général des éditions et collections anarchistes francophones.
Almeno 4 periodici in lingua italiana pubblicati su questo nome (vedere sul sito Bettini).