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Dictionnaire international des militants anarchistes
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LE MEILLOUR, Pierre, Marie
Né le 24 avril 1884 à Kervignac (Morbihan) - mort le 24 août 1954 - ouvrier chaudronnier, puis pointeur au tirage des journaux dans les imprimeries de presse - UACR – UA – SIA – CGT – Courbevoie (Hauts-de-Seine) - Bezons (Val d’oise)
Article mis en ligne le 10 novembre 2010
Dernière modification le 19 novembre 2020

par R.D.

Fils de Marguerite Le Meillour, journalière agricole illettrée, Pierre Le Meillour, qui habitait Courbevoie (Seine), était secrétaire en 1913 du groupe anarchiste local dont faisaient entre autres partie Boudot et Gauvelet. Le groupe , en décembre 1913, adhérait à l’union régionale parisienne constituée au lendemain d’un congrès tenu à Paris en août 1913 (voir François Appert).

Inscrit au carnet B, il devait être mobilisé au 9e régiment d’artillerie à pied, mais il bénéficia en 1914 d’un sursis d’appel. En septembre 1916, il aida à la formation du Comité de défense syndicaliste qui regroupait les anarchistes syndicalistes révolutionnaires hostiles à la guerre. En juin 1917, il était trésorier du bureau du comité. Un rapport de police du 3 juin le jugeait « anarchiste dangereux » et on estimait alors souhaitable « qu’il soit rendu à son corps ou éloigné de la capitale ». Arrêté le 20 juin 1917, il fut condamné le 11 octobre à six mois (ou 1 an ?) de prison par la 10e chambre correctionnelle pour avoir fait paraître, le 15 juin précédent, un numéro clandestin du Libertaire intitulé Exigeons la paix ; furent notamment condamnés avec lui, et pour les mêmes raisons, Louis Bertho à deux ans de prison, Alphonse Barbé, Julien Content et Pierre Ruff à quinze mois de la même peine.

En 1919, Pierre Le Meillour préconisait la création d’une nouvelle CGT, militait au syndicat des Métaux de la Seine hostile à la majorité confédérale. Il n’approuvait pas davantage l’action des Comités syndicalistes révolutionnaires (CSR) qui, selon lui, subordonnaient le syndicalisme à la politique. En mars 1919 il fut le signataire au nom du syndicat des métaux d’une protestation (signée également par Sirolle, Boudoux, Renneringer, Massot, Dondon, etc) contre les perquisitions effectuées au siège du Libertaire après l’attentat commis par Cottin contre Clémenceau. En 1920, avec Vergat et Paradis, il représentait le syndicat des métaux au Comité de l’Entraide. En mai 1921, lors d’une réunion du syndicat des Métaux, il vota une motion présentée par Veber réclamant l’élargissement des prisonniers politiques en Russie soviétique. Il protesta également contre une éventuelle adhésion à l’Internationale syndicale rouge.

Le Meillour était secrétaire de la Fédération anarchiste reconstituée au lendemain de la guerre. Dans un esprit anti-électoraliste, la Fédération le présenta, avec Ernest Chenet, aux élections législatives de novembre 1919 dans la 4e circonscription de la Seine (Saint-Denis et Sceaux). Militant en vue du mouvement anarchiste, il était capable, a dit de lui Sébastien Faure, « d’exposer fort bien nos idées ». A l’exception du congrès de Pantin, (31 octobre-2 novembre 1925), auquel il ne put assister, Le Meillour fut délégué à tous les congrès anarchistes de l’entre-deux-guerres : au premier congrès de l’Union anarchiste (Paris, 14 et 15 novembre 1920), au second (Villeurbanne, 26 et 27 novembre 1921), où il représentait le groupe anarchiste de Bezons (Seine-et-Oise) et où il se montra partisan de l’entrée dans les syndicats à condition de ne pas y accepter de fonction rétribuée ; au troisième (Levallois, 2-4 décembre 1922), au quatrième (Paris, 12 et 13 août 1923) où il fut élu collaborateur « remplaçant » du Libertaire quotidien, où, sous le pseudonyme de Tôlier, il aurait été l’auteur de divers billets sur diverses usines. Élu membre du comité d’initiative au congrès de Paris (1er-3 novembre 1924) aux cotés de Le Brasseur, Petroli, Gady, Duluc, Guillot, Sarnin, Kiouane, Carouet, Mualdes, Lily Ferrer et Morinière, son mandat fut renouvelé à celui d’Orléans (12-14 juillet 1926), où il représenta le groupe de Bezons. Il devint, avec Chazoff, responsable de la Fédération de l’Ouest à l’issue du congrès de Paris (30 octobre-1er novembre 1927), congrès de scission qui vit la création autour de Sébastien Faure de l’Association des fédéralistes anarchistes (AFA). Au congrès d’Amiens (12-15 août 1928), il fut élu membre de la commission administrative et désigné comme trésorier de l’Union anarchiste communiste révolutionnaire (UACR), Louis Lecoin et Pierre Odéon en étant respectivement secrétaire et secrétaire adjoint. En avril 1928, lors des élections législatives, il fut candidat abstentionniste dans le XII - arrondissement.

Partisan de l’organisation mais hostile au communisme, Le Meillour avait dénonçé en 1920 « les néo-communistes anarchistes » qui pouvaient être tentés de se rallier à la Révolution russe. En 1926-1927, lui-même se rallia au « plateformisme » de Makhno, désirant ne plus voir « trois orateurs se réclamant de l’anarchisme traitant le même sujet et disant le contraire les uns des autres ». Il représenta le groupe de Bezons au congrès de Paris (20-21 mai 1934), dit congrès de l’unité, où il fut élu membre de la commission administrative ; il assista également aux congrès de l’UA des 12-13 avril 1936 et des 30 octobre-1er novembre 1937 qui eurent lieu à Paris. Il demeurait alors 94 route d’Argenteuil à Carrières-sur-Seine.

Pendant la guerre civile espagnole, Pierre Le Meillour aida Louis Lecoin, qui en fut l’initiateur, à constituer le Comité pour l’Espagne libre lequel se transforma, lors du congrès de l’UA de novembre 1937, en section française de la Solidarité internationale antifasciste (SIA). Lecoin en était le secrétaire, Nicolas Faucier le trésorier, Le Meillour, membre permanent ; la section française de la SIA qui aurait compté jusqu’à quinze mille adhérents, assura aux républicains espagnols un soutien en argent, vivres, armes, médicaments, et entretint près de la frontière française la colonie Ascaso-Durruti qui accueillit trois cents enfants.

Le 24 mai 1939, poursuivi avec Vintrigner pour "provocation à des violences sur des personnes", il fut condamné à un de prison par défaut tandis que Vintrigner était condamné également par défaut à 15 mois d’emprisonnement. Il demeurait alors 71 rue Danton à Rueil.

Le Meillour, qui collaborait au Libertaire depuis 1919, écrivit aussi en 1932 dans la Voix libertaire, le journal de l’AFA, où sa collaboration fut toutefois limitée. Très antimilitariste, il ne pardonna pas à ceux qui, en 1914, s’étaient ralliés à l’Union sacrée, et lorsque le docteur Pierrot dans Plus loin voulut en juillet 1928 justifier sa position, Le Meillour attaqua dans le Libertaire les « revenants » qui « remettent ça ».

Alphonse Barbé a tracé de lui le portrait suivant : « J’ai connu Le Meillour dès 1912 ; à cette époque je le considérais comme une sorte de forcené des idées libertaires, tellement il mettait de passion dans la défense de ses idées, faisant au besoin appel à la violence pour affirmer son point de vue ; je le perdis de vue lors de mon départ de Paris en 1913 ; nous devions nous retrouver pendant la guerre, il n’avait pas changé, toujours aussi violent, brutal même ; à part ça, un coeur d’or, mais il ne faisait pas bon discuter avec lui, il voulait toujours avoir raison ». Pierre Le Meillour évoquait lui-même cette époque de son militantisme autour de la première guerre mondiale : « …Puis ce furent tous les samedis le sabotage des retraites militaires, dites retraites Millerand. Anars et jeunesses syndicalistes étaient au cœur de la bataille, l’Union des syndicats de la Seine ayant à cette époque une conception du syndicalisme différente de celle de M. Frachon, approuvait ces manifestations d’action directe. Une de ces dernières fut d’une violence extrême car Millerand avait décidé de faire défiler « sa retraite » au cœur de Belleville. La réaction des manifestants fut telle qu’on se battit toute la nuit au poste de police de la rue des Couronnes où les copains cognèrent durement pour essayer de délivrer les leurs : les grilles de l’église de Ménilmontant furent arrachées pour servir de triques. Cette manifestation fut principalement animée par le groupe anarchiste du XXè, Le Foyer Populaire….les anars savaient se faire respecter et organisaient une descente à « l’Humanité » pour exiger la rectification d’un article mensonger concernant notre camarade Lepetit disparu mystérieusement pendant son retour de Russie. Le choc fut un peu rude entre les dirigeants communistes et nous, mais il n’y avait que ce moyen pour obtenir satisfaction. Nous l’avons employé et le lendemain paraissait dans « l’Humanité » une mise au point concernant l’affaire ». (cf. Contre Courant, juillet 1952).

Dans les années 1950 il collaborait au périodique Contre Courant de Louis Louvet.

Quand il mourut le 24 août 1954, à demi-paralysé, Le Meillour habitait Sartrouville ; à ses obsèques, Nicolas Faucier prononça une allocution que reproduisit Contre-Courant d’octobre 1954.


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