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CHAZANOFF, Jules « CHAZOFF »
Né le 21 janvier 1891 à Paris (3ème arr.) - mort le 19 septembre 1946 - ouvrier électricien puis correcteur - UA – UACR - SIA – CGT – Paris – Lyon (Rhône)
Article mis en ligne le 25 août 2010
Dernière modification le 25 novembre 2016

par R.D.

Jules Chazanoff dit Chazoff était, en 1912, le secrétaire du groupe parisien La Jeunesse anarchiste à laquelle appartenaient entre autres Mualdés, Dremière, Boyer, Carré, Morin et bien d’autres. Avant 1914, il appartint au Foyer populaire de Belleville, aux Amis du Libertaire et demeurait alors 25 rue de Ménilmontant (XXème arr.). En 1914 il était membre de La Jeunesse libertaire qui se réunissait 1 boulevard Magenta et dont les responsables étaient Barbier (secrétaire) et Escande (trésorier).

Bien qu’exempté de service militaire, position dans la quelle il avait été maintenu en décembre 1914, craignant sans doute d’être mobilisé lors de la guerre, il s’était réfugié à Londres où il se trouvait au printemps 1916.

Après la guerre, il fréquenta de nouveau les milieux libertaires. Il intervint — c’était un bon orateur — au IVe congrès de l’Union anarchiste qui se tint à Paris, 12-13 août 1923, et fut élu collaborateur « remplaçant » au journal Le Libertaire. Il fut élu également secrétaire provisoire de l’association des Amis du Libertaire créée au cours d’un congrès extraordinaire le 24 février 1924 pour sauver le journal financièrement menacé. Il participa au congrès de l’Union anarchiste qui eut lieu à Paris, 1-3 novembre 1924. La même année, Chazanoff collabora à la série quotidienne du Libertaire et remplaça Bastien au secrétariat du journal à partir du 4 juillet 1925 ; il fut à son tour remplacé dans ces fonctions par L. Mualdès à partir du 6 novembre 1925. Il était également à cette époqie l’un des rédacteurs du Bulletin du comité de défense des révolutionnaires emprisonnés en Russie, comité dont il était le secrétaire. En 1924, au retour d’un voyage en Russie, il avait publié le livre Le mensonge bolchéviste.

En 1926, il entreprit une tournée de propagande et fut condamné par le tribunal correctionnel d’Orléans à huit mois de prison pour provocation de militaires à la désobéissance suite à l’affiche publiée par l’UAC et intitulée A bas la guerre ! (cf. Le Libertaire, 26 mars 1926). Pour avoir demandé et obtenu aide du Secours rouge international et avoir remercié ce dernier par une lettre que publia l’Humanité du 6 juin 1926, Chazanoff fut blâmé ainsi que Lacroix par un congrès, tenu le même jour, de la Fédération parisienne laquelle se désolidarisa de ces deux camarades ; la motion de blâme présentée par Lentente fut votée par sept voix contre trois et deux abstentions. (Le Libertaire, 11 juin 1926).

C’est sans doute vers cette époque qu’à l’occasion d’une série de connférences dans le Gard, il apprécia la région et acheta une résidence secondaire à Aimargues, rue Baroncelli, qui sera utilisé par le groupe local pour y tenir des réunions.

Au congrès d’Orléans, 12-14 juillet 1926, qui donna naissance à l’Union anarchiste communiste, Chazanoff, sur proposition de Lecoin, fut réadmis à l’unanimité du congrès mais sans pouvoir occuper aucun poste dans l’Union anarchiste, ni parler en son nom (Le Libertaire, 17 juillet 1926). À son tour, la Fédération anarchiste communiste de la région parisienne réunie le 14 novembre 1926 en présence de Chazanoff qui avait été libéré en novembre,, après avoir regretté l’attitude de ce dernier, rapporta la mesure d’exclusion prise à son encontre et pria « tous les camarades de considérer Chazoff comme un des nôtres et de mettre un point définitif à l’affaire Chazoff » (Le Libertaire, 19 novembre 1926). De nouveau arrêté le 30 novembre 1926 pour purger une peine de huit mois de prison, encourue pour avoir défendu Cottin, auteur de l’attentat contre Clémenceau, en 1922 (Le Libertaire, 10 décembre 1926), il fut interné à la Santé où début mai 1927 il déclencha une grève de la faim avec Jean Bucco, Achile Lausille et Jean Girardin, tous maintenus en détention au nom de la « contrainte par corps ». Il fut transféré à l’hôpital Cochin après dix jours de grève de la faim (Le Libertaire, 3 juin 1927) et sortit de prison en juillet 1927.
Il assura ensuite l’intérim du secrétariat de rédaction du Libertaire, puis il fut inculpé de nouveau. (Le Libertaire, 28 octobre 1927). Après le congrès de Paris, 30 octobre-1er novembre 1927, qui fut un congrès de scission et vit la création de l’Union anarchiste communiste révolutionnaire. Chazanoff fut, avec Le Meillour, responsable de la Fédération régionale de l’ouest de la nouvelle organisation puis secrétaire, avec S. Férandel, de cette organisation qu’il devait quitter en 1928, départ qui fut constaté au congrès de l’Union, à Amiens, 12-15 août 1928 (Le Libertaire, 31 août 1928).

Jusqu’à l’exode de 1940, Chazanoff devenu correcteur en 1933, travailla au journal Le Jour. Il participa les 10-11 août 1935 à la Conférence nationale de Saint-Denis contre la déclaration Laval-Staline et intervint le 11 août dans les débats.

Dans les années 1930 il résidait 288 Grande Rue à Maison Alfort et figurait sur la liste de vérifications de domiciles d’anarchistes (1935).

En septembre 1936 il eut un entretien avec L. Jouhaux et fut pressenti pour assurer la liaison entre la CGT et la CNT. Il devait partir pour l’Espagne dans ce but, mais, selon un rapport de police, certains militants anarchistes espagnols ayant émis des réserves sur la sincérité de ses opinions, ce fut finalement Louis Anderson Ander qui fut choisi. C’est à cette même date que Louis Lecoin lui confia, ainsi qu’à Lucien Haussard, la mission de trouver des armes et des munitions pour le compte du Comité de ravitaillement des milices antifascistes et de la CNT. Afin de pouvoir remplir cette tâche, Chazanoff se serait fait remplacer provisoirement au journal Le Jour, le Comité Espagne Libre lui remboursant alors son salaire de correcteur. L’ancien anarchiste Salvator Schiff lui fournit un bureau au 15 rue de Lapérouse pour ses activités qu’il poursuivit jusqu’en 1939

En janvier-février 1939 il fut avec L. Haussard l’un des envoyés spéciaux de la Solidarité Internationale Antifasciste (SIA) à la frontière pyrénéenne pour y porter assistance lors de la Retirada aux réfugiés espagnols. Dans un article intitulé Visions d’horreur et d’épouvante, tous deux écrivaient : « …Á quelques kilomères de Port-Bou une caravane de miséreux poursuit son inqualifiable calvaire. Tout-à-coup deux hommes, des vieillards invalides, retrouvent une énergie insoupçonnée pour se précipiter dans le pré bordant la route. Ils viennent d’apercevoir, en décomposition déjà, le corps d’une vache et celui d’un mulet. Eux aussi sont morts de faim, sans doute ; mais comment ont-ils pu rester si longtemps là sans être complètement dévorés par la vermine ? Qu’importe, après tout. Les couteaux sont sortis des poches et l’on taille dans la chair en putréfaction. Bientôt il ne restera plus que deux squelettes et la caravane reprendra la route, à pas lents, douloureusement.. » (cf. SIA, n° 13, 9 février 1939). Le 7 février, à Paris, il intervenait à la Présidence du conseil pour obtenir la libération de Haussard qui venait d’être arrêté à Perpignan sous l’inculpation « d’introduction frauduleuse d’étrangers en France », puis repartait pour Perpignan accompagné de Maître Henry Torrés chargé d’assurer la défense de Haussard. Après une visite au camp d’Argelès où il était venu amener un camion de vivres, Chazoff décrivit ainsi la baraque qui faisait office d’hôpital : « …C’est au bors de la mer, naturellement, à un demi-kilomètre du camp central…Un hôpital ? Si l’on peut dire. Une baraque Adrian, insuffisante pour contenir les 500 blessés, grands et petits, hommes, femmes et enfants, mélangés pêle-mêle sans souci de sexe, d’âge, mais associés dans une douleur et une souffrance collective, dans une misère unique. Là, étendu sur une paillasse, un enfant d’une douzaine d’années, au visage de cire, semble déjà plongé dans l’éternité. Seuls les yeux ont une lueur étrange. Il est mutilé des deux jambes, me dit le docteur militaire espagnol qui a pris en charge la direction de l’hôpital et il pourrait encore être sauvé si les produits pharmaceutiques les plus indispensables ne faisianet pas défaut. –Je manque, me dit-il absolument de tout. Je n’ai pas de gaze ou de bandes à pansement, je n’ai pas d’alcool, pas une goutte d’iode…On m’a saisi à la douane, pour quelle raison je me le demande, ma trousse complète et il me manque maintenant l’élémentaire bistouri nécessaire à la plus insignifiante des opérations…Chaque jour sur les cinq cents hospitalisés, j’ai une dizaine de morts….Ah, ces pauvres visages, ces regards implorants, ces faces amaigries par la douleur et par la faim, c’est un cauchemar que l’on voudrait à jamais chasser de son esprit…Je n’en puis plus, je sors » (cf. SIA, n°14, 16 février 1939).

De retour à Paris il participait au Centre syndical d’action contre la guerre et souhaitait que, malgré la situation, l’on continue d’’envoyer des armes à la République espagnole, ce qui provoqua une vive dispute avec le directeur Juin qui jugeait que le gouvernement Negrin ne méritait pas de soutien de leur part. Cette dispute provoqua u certain remous dans les rangs de la SIA et de l’UA et le Centre syndical d’action contre la guerre décida de ne plus communiquer ni dans Le Libertaire ni dans SIA. Au début de l’été 1939, Chazanoff, comme d’autres militants de l’UA dont Louis Anderson, cessait de collaborer au journal SIA,, insinuant que des ressources importantes destinées aux réfugiés espagnols auraient été détournées de leur véritable affectation et auraient servi à Lecoin à faire paraître le journal SIA. Chazanoff, contre lequel Lecoin multipliait les insinuations sur ses besoins d’argent, aurait affirmé, selon un rapport de police, être « prêt à dévoiler les ressources de SIA et à demander comment avec 400 francs par semaine (taux de tous les appointés de SIA ) Lecoin avait pû se faire bâtir un pavillon de 120.000 francs ».

En septembre 1939, la police signalait qu’il avait quitté son emploi de correcteur au journal Le Jour et qu’il demeurait avec sa femme à Villeparisis chez le linotypiste Desmarest.

Admis au syndicat des correcteurs le 10 septembre 1933, Chazanoff, qui avait été fiché comme franc-maçon par la police de Vichy, joua un rôle important durant la Seconde Guerre mondiale en réorganisant le syndicat en zone libre dans la région de Lyon. Il centralisa les cotisations des correcteurs dans la zone sud, et permit ainsi au syndicat de reprendre en partie son activité à une époque où l’exode avait dispersé un grand nombre de correcteurs. Pendant l’Occupation, il fut arrêté une première fois par les Allemands : il avait été dénoncé comme « communiste » par l’entrepreneur de travaux du chantier sur lequel il avait été placé par le syndicat des électriciens et où il défendait les intêrets des ouvriers. Il fut interné à la caserne des Tourelles du 2 juillet au 16 octobre 1941 ; pendant sa détention, il fut transporté à l’hôpital Tenon pour y subir l’ablation de l’estomac. Il fut ensuite libéré pour « aller crever chez lui » selon les paroles du major allemand qui traitaient les malades. Il travailla ensuite aux restaurants sociaux de la rue Pierre Lescot aux Halles. Arrêté une deuxième fois le 18 novembre 1943, après avoir été dénoncé comme « Juif » par une employée des restaurants communautaires, il fut interné au camp de Drancy en janvier 1944 et libéré lors de l’arrivée des troupes alliées, le 18 août 1944. Devenu tuberculeux, il ne put travailler. Jusqu’à son décès, survenu le 19 septembre 1946, il demeura anarchiste. Sa carte d’interné politique fut délivrée à sa femme le 16 octobre 1957 sous le n° 1301 11403 par le Ministère des anciens combattants et victimes de la guerre.

OEUVRE : Nombreuses collaborations (les dates données ne sont pas limitatives) au Libertaire, au Peuple en 1935, à la Patrie humaine en 1936, à CQFD, 1944-1949.

Livres : Le Mensonge bolcheviste, 1924 (La Librairie sociale, 1924, 107 p.). — La CGT colonie soviétique, 1939, 125 p., les Éditions de France, propriété de De Carbuccia de Gringoire ce qui valut à Chazoff les critiques de la Révolution Prolétarienne, critiques auxquelles l’accusé répondit dans le n° du 10 février 1939. — Peuple, voici tes traîtres, 1940, 98 p. — Collaboration à l’Encyclopédie anarchiste de S. Faure.


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