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VÉZIAN, Éliacin, Gaston
Né le 27 octobre 1886 à Gallargues (Gard) – mort en 1963 (?) - AIA - Gard - Lozère – Barcelone (Catalogne) - Guyane
Article mis en ligne le 25 mai 2010
dernière modification le 25 mars 2018

par R.D.
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Eliacin Vezian (vers 1936)

Fils d’un employé au chemin de fer, Éliacin Vézian secrétaire en 1902 de l’Université populaire de Sainte Cecile d’Amborge (Gard) et après avoir été apprenti menuisier, puis arpenteur et dessinateur aux chantiers du PLM, avait participé à la fondation vers 1904 d’une section de l’Association Internationale Antimilitariste (AIA) en Lozère.

Il vécut ensuite de leçons, mena une vie aventureuse qui le conduisit en Italie, au Maroc (où en janvier 1905, il avait été condamné par défaut à Casablanca à 6 mois avec sursis pour « abus de confiance ») , en Espagne, à Cracovie (ou à Vienne en Autriche ? ) vers 1908 où il avait obtenu un poste de professeur de français, mais qui lui fut refusé en raison de sa tenue négligée. Il rentra en France à la veille de la guerre.

Mobilisé dans les chasseurs alpins, il déserta fin 1916 lors de sa première permission à Gallargues (Gard) et se réfugia à Barcelone (Espagne) où il aurait collaboré l’organe anarchiste La verdad (Barcelone, 1915-1920) dirigé par Juan Rueda Lopez. Il aurait également publié des articles dans Tierra y libertad et peut être [à moins qu’il n’y ait confusion avec La Verdad] au journal La Vérité (1917-1919) publié par le député radical socialiste Paul Meunier qui y défendait les droits des soldats poursuivis par les tribunaux militaires ce qui lui valut d’être emprisonné et condamné en 1919 lors d’une cabale menée par L’Action française.

Arrêté en France en mai 1918 lors d’un voyage pour voir sa mère à Bagnères de Bigorre, il aurait été condamné à mort par le tribunal militaire de Montpellier pour « désertion et intelligence avec l’ennemi » (notamment en raison de sa collaboration au journal La Vérité) , peine fut commuée à Toulouse le 12 octobre 1918 en travaux forcés à perpétuité par le tribunal de guerre permanent de la 17ème région militaire. Lors de son transfert en train entre Montpellier et Toulouse, il aurait tenté de s’échapper, mais blessé à la tête et menotté, il n’avait pu aller très loin. , Il fut semble-t-il transféré à la centrale de Thouars (Deux Sèvres) où il fut affecté à la fabrication de boutons, avant d’être transporté (en 1923 ?) au bagne de Guyane (matricule 45533).

En juillet 1925, la perpétuité fut commuée en 20 ans de travaux forcés, alors que semble t il les autorités du bagne avaient proposé une commutation à 10 ans.
En juillet 1928 il obtenait une réduction de peine de 2 ans (proposition de 5 ans), puis en juillet 1931 à une nuvelle remise de peine de 1 an (proposition de 3 ans).

Gracié au bout de dix ans, le 23 juillet 1933, Vézian fut assigné à résidence obligatoire à Saint Laurent du Maoni où il exerça divers petits travaux –entre autre à la bibliothèque - et fut employé par des fonctionnaires coloniaux pour lesquels il écrivait parfois les discours. C’est ainsi que lors d’une cérémonie annuelle en l’honneur de Victor Schoelcher, , il avait écrit pour son « mécène » un discours où il avait intercalé le texte suivant : « il n’ y a pas Messieurs, de races inférieures. IL y a des races plus ou moins évoluées. Pour ma part, je ne connais qu’une race inférieure : celle des imbéciles, et les imbéciles, vous le savez, on en trouve de toutes les couleurs ! » ce qui avait jeté un certain froid chez de nombreux fonctionnaires français se trouvant là et se sentant visés. A la demande de son mécène, il avait été obligé de rédiger un article « Autour d’un article » de mise au point. Mais Eliacin ajoutait plus tard à propos de cet épisode : «  L’intelligence n’est pas le lot de os fonctionnaires coloniaux ; on peut parler, à coup sûr, d’imbécillité à leur endroit, on met toujours dans le mille » (lettre de Vezian, 12 octobre 1945)

En 1936 le Comité de défense sociale (CDS) et notamment les groupes de Nïmes et Aimargues, menaient une campagne pour son retour en France ainsi que celle du compagnon A. Castagnet. Au moment du Front populaire, dans une lettre au CDS il écrivait : "...Maintenant, sans trop m’illusionner sur les bonnes intentions du nouveau gouvernement socialiste, je veux espérer cependant que l’on votera sans difficulté l’amnistie pour tous les condamnés militaires ou politiques de la guerre, ce qui me permettrais de rentrer en France bientôt. Je t’avoue que j’ai ce bon espoir au fond du cœur" (cf. La Voix Libertaire, 15 août 1936). Lors de cette campagne, le Ministre de la Défense nationale, Daladier, aurait déclaré : « Non, tant que je serai au gouvernement, Vezian ne rentrera pas en France ».

Suite à l’abolition en 1938 de la relégation obligatoire, Vezian se retrouva libre, mais sans aucun moyen pour revenir en France. L’Internationale des résistants à la guerre (IGR) lui avait alors adressé 3.000 fancs qu’il ne reçut jamais

Au lendemain de la Libération, une nouvelle campagne état lancée pour lui permettre de rentrer en France. Le journal Ce qu’il faut dire, auquel il collaborait, lança dans le numéro du 20 février 1946 une souscription en sa faveur pour lui permettre de rentrer en France et s’y installer ; la collecte, dont la responsabe était la camarade Christiane Bergé, du groupe de La Rochelle de la Fédération anarchiste, rapporta 53 730 F (n° du 17 avril 1946).

Dans une lettre datée du 12 octobre 1946 (cf. Ce qu’il faut dire, 27 mars 1946), Eliacn Vezian écrivait : « Depuis quelque temps, je ne suis pas dans mon assiette : les travaux exténuants auxquels je dois m’astreindre pour faire bouillir ma marmite, me conduisent à une lassitude extrême. De 5 hueres à 13 heures, je n’ai pas une minute de repos. C’est à cette dernière heure que je déjeune. Après je voudrais bien dormir un peu , mais la chaleur accablante que nous avons ici, me chasse dehors . Je m’en vais alors dans mon coin de prédilection de la forêt tropicale où coule un torrent à l’eau glacée …Vers 5 heures je quitte la brousse pour regagner Saint Laurent »

Le bulletin intérieur de la Fédération anarchiste, Le Lien d’octobre 1949 signalait que l’état de santé de Vézian l’obligerait à rester en Guyane.

Défense de l’homme de mai 1963 annonça sa mort à Saint-Laurent-du-Maroni (Guyane française).

P.S. :

Sources : Arch. PPo. Ba/1661. — Le Libertaire, 10 avril, 14 août et 23 octobre 1936, 26 janvier 1939 (lettre de É. Vezian). — Le Semeur contre tous les tyrans, juin 1936. — Ce qu’il faut dire, 20 février 1946. — Notes de R. Bianco = Notice de J. Maitron in « Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier… », op. cit. // L’En Dehors, année 1936// Temps nouveaux, année 1902// La Voix Libertaire, année 1936 // Ce qu’il faut dire, 27 mars 1946 // Recherches de sa petite nièce G. Kooshmanian (2018) // Terre Libre, Nîmes, n°24, mai 1936 //


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