Dictionnaire international des militants anarchistes
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Y’en a pas un sur cent… et pourtant des milliers d’hommes et de femmes de par le monde, souvent persécutés, embastillés, goulagisés et parfois au prix de leurs vies, ont poursuivi leur chevauchée anonyme à la recherche d’un impossible rêve : un monde sans dieux ni maîtres.

MAZZONE, Vincenzo

Né à Scordia (Sicile) le 10 novembre 1906 — mort le 12 décembre 1984 — Ouvrier du bâtiment — FAI — CGT — Messine (Sicile) — Marseille (Bouches-du-Rhône) — Tunis — Barcelone (Catalogne)
Article mis en ligne le 25 juillet 2008
dernière modification le 12 juillet 2024

par R.D.

Vincenzo Mazzone avait milité à Messine au début des années 1920, d’abord au sein d’une organisation nationaliste sicilienne avant de participer en 1923 à un groupe réunissant militants de gauche, communistes et anarchistes, où il fut fortement influencé par Luciano Natale Fusco, un ancien combattant devenu anarchiste. Le 17 août 1925 il subissait ses premières poursuites devant la justice, était acquitté mais menacé par les fascistes. Après son service militaire (avril 1926-octobre 1927) pendant lequel il fut à plusieurs reprises emprisonné pour « indiscipline », il regagnait à sa démobilisation Messine et adhérait à l’organisation clandestine du Parti communiste.

Dénoncé en juin 1929, il échappait à l’arrestation et émigrait clandestinement en France où à l’automne il fréquentait les milieux anarchistes italiens de Marseille. Le 31 mai 1930 le tribunal fasciste le condamnait par contumace à 14 ans et deux mois pour « avoir constitué une organisation communiste ». Arrêté quelques mois plus tard à Aubagne (Bouches-du-Rhône) il était condamné pour « vagabondage » (absence de papiers) à trois mois de prison. A l’été 1930 il participait avec Paolo Schicchi, Salvadore Renda et Gramignano à la préparation d’une tentative d’insurrection en Sicile.

Expulsé de France en juin 1931, il gagnait Barcelone où en septembre, après avoir participé à une grève générale organisée par la CNT, il était arrêté et interné avec 335 autres sur le bateau-prison Antonio Lopez avant d’être expulsé le 20 octobre suivant. Il gagnait alors l’Algérie puis la Tunisie où il allait travailler dans un atelier de marbre, mais était très vite suspecté d’avoir commis avec le militant anarchiste Giovanni Puggioni un attentat contre le siège du journal fasciste Unione (Tunis) et était expulsé. Vers 1933 il revenait clandesstinement à Tunis avec sa compagne Elvira Malatesta et leur fils Cafiero où, avec l’aide la Ligue Italienne des Droits de l’homme (LIDU) il parvenait à régulariser sa situation. Le 22 septembre 1935, avec Casubolo, Damiani et Converti il fondait l’hebdomadaire anarchiste italien Il Domani(Tunis). Blessé lors d’affrontements avec les fascistes, il fut une nouvelle fois arrêté le 14 juillet 1936 pour avoir insulté un jeune nationaliste. Il était à cette époque un des dirirgeants de la CGT locale et, en août, lors d’une grève où il avait pris la parole pour dénoncer le fascisme, il fut arrêté avec Giovanni Dettori et n’échappa à l’expulsion qu’après voir signé un papier où il s’engageait à ne plus « s’occuper de politique » ni à fréquenter la Chambre du travail.

Début octobre 1936 Vincenzo Mazzone partait comme volontaire en Espagne avec plusieurs autres militants exilés à Tunis dont Dettori, Puggioni, Giuduce et Fontana. A Barcelone il retrouvait plusieurs compagnons siciliens dont Giuseppe Natale, Giuseppe Livolsi, Giuseppe Picone, Giovanni Lombardo, Emanele Granata, Giuseppe Corpora et Alberto Gasperini. Milicien dans la section italienne de la Colonne Ascaso, il était blessé au bras le 24 novembre à Almudevar. Le journal L’Adunata di Refrattari (19 décembre), le confondant avec Giuseppe Massonne, le donnera pour mort. En mai 1937 il était à Barcelone et participait aux combats contre les staliniens. Le 6 septembre 1937, avec U. Marzocchi, Canzi et Fosca Corsinovi, à l’hôpital Clinico de Barcelone, il identifia le corps de Francisco Barbieri assassiné le 5 mai par les staliniens. Il partait ensuite pour la France où il était arrêté à Banyuls et emprisonné deux mois à Perpugnan. Alors qu’il était sur le point de s’embarquer pour la Tunisie, le 5 octobre 1937 il était arrêté à Perpignan et transféré à la prison Chave de Marseille jusqu’à la fin juillet 1938 où il était expulsé et regagnait la Tunisie.

Pendant la seconde guerre mondiale et l’occupation de la Tunisie par les italiens, il participait à la résistance et à l’arrivée des alliés refusait de participer à une mission secrète en Sicile pour « ne pas se soumettre aux fauteurs de guerre ».

Revenu à Messine le 11 mars 1945, il refusait un poste offert par le PC régional, mais acceptait de devenir président d’une Association de persécutés antifascistes. En mai 1945, il fit une tournée de propagande dans les provinces de Catannia, Syracuse et Palerme où Pailo Schicchi l’avait convaincu d’adhérer au programme élaboré par la Fédération Anarchiste Italienne. Dès juillet il fut à l’origine de l’organisation à Messine des groupes Michele Bakunin (qui réunissait les jeunes sympathisants) et Pietro Gori dont il était membre. Membre de la commission d’épuration de la ville, il participa à la gestion des biens municipaux de la ville, attribuant d’anciens locaux de l’administration fasciste aux groupes libertaires, à la FAI, aux associations antifascistes et à la Bibliothèque sociale dont s’occupait Gino Cerrito. Puis, il fondait deux coopératives, l’une alimentaire et l’autre du bâtiment destinée aux anciens partisans, pour lesquelles il reçut énormément d’aide de la part des compagnons exilés aux États-Unisn dont les tous premiers flacons de péniciline distribués à la population de Messine. Il était à l’époque l’un des principaux militants de la FAI de Messine avec Gino Cerrito, Placido La Torre et M. Bicchieri. En 1946 il participait à la campagne référendaire en faveur de la République, contrairement aux consignes de la FAI recommandant l’abstention. En 1951 il fut accusé par les compagnons d’avoir une attitude ambiguë sur la question électorale et d’être membre de la franc-maçonnerie, ce qui le marginalisa du mouvement. A la fin des années 1950, suite à un revers financier, Vicenzo Mazzone partait avec sa famille en France où, le 12 décembre 1984, il décédait à Nice.


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