GOLDSMITH, Maria, Isidorovna “KORN Maria” ; “ISIDINE”

Docteur ès sciences - ESRI - Paris
mardi 11 septembre 2007
par  R.D.
popularité : 17%

D’origine russe –- sa mère était une disciple du populiste P. Lavrov et son père éditait un journal positiviste à Saint Petersbourg— étudiante à Paris, Maria Goldsmith adhéra, en juin 1892, au groupe des Étudiants socialistes révolutionnaires internationalistes (ESRI), association fondée en décembre 1891. Elle participa activement, à partir de 1898, à la rédaction des brochures publiées par les ESRI. En dehors du groupe, M. Goldsmith fréquentait les milieux révolutionnaires russes.
Elle avait participé en 1903 avec G. Gogelia K. Orgeiani et sa femme Lidia à la fondation de la revue Khleb I Volia publiée par le groupe anarchiste communiste russe de Genève. Elle allait y défendre une ligne anarcho-syndicaliste. En 1905 c’est dans son appartement que se réunissait le groupe anarchiste communiste russe de Paris qui comptait alors une cinquantaine de militants. Elle collaborait alors aux journaux anarchistes russes Burevestnik (Paris, 1906) et Golos Truda (New York, 1911). En 1914 elle fut l’une des oratrices avec Orgeiani, Sébastien Faure et G. Yvetot à la commémoration du centenaire de Bakounine. Elle poursuivait à cette époque des études de biologie et de psychologie à la Sorbonne. En octobre 1906 elle participa à Londres à une conférence des groupes anarchistes communistes russes où elle présenta un rapport sur l’organisation.

Nommée docteur ès sciences en 1915, mais non naturalisée, Maria Goldsmith fut, de 1902 à 1919, secrétaire de l’Année biologique fondée par Yves Delage mais ne put finalement obtenir une situation stable après la disparition, en 1920, de son « patron » qu’elle avait beaucoup aidé dans ses travaux, surtout lorsqu’il fut frappé de cécité presque complète en 1904. Avec lui, elle publia Les Théories de l’évolution et La Parthénogénèse naturelle et expérimentale.

Marie Goldsmith, anarchiste kropotkinienne, collabora, sous les pseudonymes Maria Korn, Isidine Corn , à la presse anarchiste dont La Libre Fédération (Lausanne, 1915-1919à publiée par le docteur Jean Wintsch, les Temps Nouveaux (Paris, 1919-1921) édité par le Docteur Marc Pierrot puis par Jacques Reclus et à la revue Plus Loin (Paris, 169 numéros du 15 mars 1925 à juillet 1939) du docteur Pierrot, un des signataires du « Manifeste des Seize » favorable à l’union sacrée (28 février 1916). C’est dans cette revue que M. Goldsmith fit paraître en novembre 1928, sous le pseudonyme Isidine, un article qui, au dire de Pierrot, « clôt définitivement le débat » (cf. Plus Loin, n° 95, mars 1933) opposant adversaires et partisans de l’union sacrée, en donnant finalement raison à ces derniers ainsi qu’en témoignent les extraits suivants : « Oui, il y a incontestablement une contradiction dans l’attitude des anarchistes qui, dans la Grande Guerre, se sont rangés du côté d’un des adversaires [...]. On ne peut nier que la participation à une guerre ne soit une violation des principes pacifistes et antimilitaristes, que le fait d’entrer dans une armée et de se soumettre à la discipline ne soit une importante concession. Mais ce manque de logique n’est-il pas inhérent à la vie elle-même ? [...] Si la participation à la guerre viole les principes pacifistes et antimilitaristes, la non-résistance aux armées d’invasion constitue une violation au moins aussi grande du principe primordial de la résistance à l’oppression, un abandon au moins aussi grand de l’esprit de révolte [...]. Des deux principes en conflit, quel est le plus général, le plus profond, le plus précieux : le principe pacifiste et antimilitariste ou le principe de la résistance à l’oppression ? Incontestablement ce dernier. L’antimilitarisme n’est qu’une forme particulière de l’opposition à l’État, comme la guerre n’est qu’une manifestation particulière de l’organisation capitaliste et hiérarchique de la société. Au contraire, l’idée de la résistance, de la lutte contre un pouvoir fort, de la défense des droits et des libertés de chaque groupement social, de la lutte contre la réaction sous toutes les formes, est l’idée fondamentale de l’anarchisme. »
Toutefois, en dépit de ces affirmations le débat n’était pas clos sur l’attitude des anarchistes en 1914 et le ralliement de certains d’entre eux à la défense de la France devait jouer un grand rôle dans l’histoire ultérieure du mouvement. « Chaque fois qu’on touche à ce point, écrivait M. Isidine dans le même numéro de Plus Loin, les colères reprennent avec une nouvelle force. »

Lors de l’insurrection de Kronstadt elle avait écrit : « …ce n’est nullement une contre-révolution, mais un changement qui permettra à la révolution russe d’aller de l’avant, vers une vraie égalité et une vraie administration du peuple par lui-même. Ils ont pris la défense des soviets…contre un gouvernement qui les a de fait, supprimés en leur substituant une dictature de fonctionnaires ». (cf. les Temps Nouveaux, n°22, avril-mai 1921, « La vérité sur Kronstadt »).
Elle collabora également au bulletin de la CGTSR, La Voix du Travail (Paris, 15 numéros d’août 1926 à octobre 1927) dont le rédacteur principal était Pierre Besnard et auquel collaboraient également d’autres militants russes dont N. Lazarevitch, N. Popov et A. Schapiro. Elle fit aussi partie avec P. Archinov, N. Makhno, Ida Mett, Ranko, Linsky, etc... de la rédaction de Dielo Trouda (Paris, 1925-1930) organe des groupes anarchistes russes et polonais de Paris.
En 1928 Maria Goldsmith servit de secrétaire au militant anarchiste ukrainien Nestor Makhno, réfugié en France.

Maria Goldsmith se suicida, le 11 janvier 1933, deux jours après la mort de sa mère, dans la nuit des 8-9 janvier.

OEUVRE : Traduction des Lettres historiques de P. Lavrov, Paris, 1903.


J. Maitron, Le Mouvement anarchiste en France, op. cit. — J. Maitron, « Le groupe des ESRI de Paris, 1892-1902 », Le Mouvement social, n° 46, janvier-mars 1964. — Plus Loin, n° 95, mars 1933 (article du Dr Pierrot)= notice J. Maitron in "Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier...", op. cit. // Notes D. Dupuy// R. Bianco « Un siècle de presse… », op. cit. // P. Avrich « The russian anarchists… », op. cit. //


Brèves

7 juillet - FONDS D’ARCHIVES COMMUNISTES LIBERTAIRES (Montreuil)

Quoi de neuf au Fonds d’archives communistes libertaires ?
Il y a six mois était inauguré le (...)

28 juin - LIBERTARIAS Femmes anarchistes espagnoles

Les éditions Nada ont le plaisir de vous annoncer la parution de Libertarias, femmes anarchistes (...)

16 juin - NOUVELLE PUBLICATION : Les mémoires de Manuel Sirvent Romero

Aux éditions CNT-RP
Manuel Sirvent Romero "Le cordonnier d’Alicante : mémoires d’un militant de (...)

6 juin - LA RÉVOLTE & son supplément littéraire

La Révolte (1887-1894) et son supplément littéraire mis en ligne sur le site Fragments de la (...)

3 août 2016 - 24 août 2016 HOMMAGE AUX COMPAGNONS ESPAGNOLS DE LA NUEVE (2è DB)

http://24-aout-1944.org/24-aout-1944-24-Aout-2016