Dictionnaire international des militants anarchistes
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Y’en a pas un sur cent… et pourtant des milliers d’hommes et de femmes de par le monde, souvent persécutés, embastillés, goulagisés et parfois au prix de leurs vies, ont poursuivi leur chevauchée anonyme à la recherche d’un impossible rêve : un monde sans dieux ni maîtres.

GRAUVOGEL, François, Joseph, Marie, Charles

Né le 17 juillet 1879 à Paris (VIe arr.) ; imprimeur-typographe — AIA — CGT — Paris — Clichy (Hauts-de-Seine)
Article mis en ligne le 19 juin 2024
dernière modification le 23 juillet 2024

par Dominique Petit, R.D.

Le 3 janvier 1903, François Grauvogel se mariait à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) avec Virginie, Ismérie Legros, fleuriste. Il était alors imprimeur 83 rue Gide à Levallois-Perret.
En 1899, il demeurait 47 boulevard de l’Hôpital (XIIIe arr.), il était imprimeur typographe. Il y tira au sort et fut dispensé du service militaire étant l’aîné d’une famille de 8 enfants.
Le 14 novembre 1900, il fut incorporé au 25e régiment d’artillerie et libéré le 26 septembre 1901.
Le 13 février 1904, il habitait 9 rue du Bac d’Asnières à Clichy (Hauts-de-Seine) et le 1er août 1906, 15 route d’Asnières à Clichy.
En 1906 il était le secrétaire général de la Chambre syndicale des conducteurs, margeurs, pointeurs, minervistes.

Dans la nuit du 22 au 23 avril 1907, un Groupement libre de propagande antimilitariste faisait apposer dans Pa-ris des affiches de grand format intitulées : « Aux Soldats ! » avec le texte suivant : « Actuellement, par l’arbitraire de nos dirigeants, la lutte des travailleurs se dessine, la révolte gronde, une effervescence règne, faisant présumer que, peut-être, demain sera le jour de la Grande Grève Générale, prélude de la Révolution. Si ce jour-là arrive, camarades, pas d’hésitation ; la société n’existant que par vous, vous nous aiderez à la démolir. En imitant les cléricaux, vous refuserez d’obéir aux ordres qui vous seront donnés ; s’il le faut, soyez plus énergiques, démontrez par un geste résolu que vous savez n’obéir qu’à votre conscience. Vous qui êtes opprimés à la caserne et qui le serez demain à l’usine, profitez des circonstances pour rentrer au rang des révoltés et prendre part avec nous au combat contre les parasites et les fripons. Nous espérons, camarades, que vous comprendrez le ridicule et le caractère dangereux du rôle que veulent vous faire jouer les gouvernants et nous vous crions, si l’on vous fait intervenir dans les grèves : Camarades, pas d’hésitation. Crosse en, l’air et rompez les rangs. » Ces affiches étaient immédiatement lacérées par la police.
Selon Eugène Merle : « La dixième section de l’A. I. A., désireuse d’avoir toute son autonomie, s’est séparée de nous pour former une nouvelle association, sous le titre de Groupement libre de propagande antimilitariste. C’est ce nouveau groupe qui a rédigé et fait afficher le manifeste en question. »
Des mandats d’arrestation étaient délivrés par M. Flory, juge d’instruction. Vingt et un inculpés étaient recherchés en vertu de l’article 25 de la loi de 1881, pour provocation à la désobéissance adressée à des militaires.
Ces mandats étaient exécutés le 26 avril 1907, au lever du jour, sept inculpés étaient arrêtés, parmi eux François Grauvogel 15 route d’Asnières, à Clichy.
Il était mis, dès l’après-midi, à la disposition du juge d’instruction, qui lui avait fait subir l’interrogatoire d’identité. François Grauvogel déclarait avoir signé l’affiche.
Au cours de l’instruction, Grauvogel se montra surpris des poursuites qu’on lui intentait. Il ne croyait pas avoir commis de délit en conseillant aux soldats de ne pas tirer sur les ouvriers : « J’ai conseillé aux soldats de ne pas devenir des meurtriers. J’ai fait là un appel à l’humanité, et non à la violence, je n’ai jamais conseillé aux soldats de tirer sur leurs chefs, je veux éviter tous les conflits meurtriers. »

En prison, Grauvogel lisait beaucoup, et il avait été heureux de relever dans le Maitre de Forges, de M. Georges Ohnet, cette phrase, dont il demanda la transcription au procès-verbal : « La convalescence lui avait épargné la triste obligation de faire le coup de feu contre des Français. »
Le 24 juin 1907, François Grauvogel comparaissait devant la cours d’assises de la Seine, parmi douze inculpés, dans l’affaire de l’affiche Aux soldats (voir Mouchebœuf).
Dès le début de l’audience, Grauvogel remettait ses conclusions : « C’est Briand et Clemenceau, qui ont été mes professeurs. C’est d’eux que j’ai appris les doctrines qui me sont reprochées aujourd’hui. N’ont-ils pas préconisé autrefois la violence ? A de jeunes générations ils ont donné des idées spéciales, et ils veulent nous faire condamner pour ces mêmes idées devenues les nôtres ! » La cour rendit un arrêt rejetant ses conclusions.
Lors de son interrogatoire, il déclarait : « Il n’y a rien dans le devoir militaire qui oblige le prolétaire soldat à tirer sur le prolétaire ouvrier. J’ai été soldat. Quand j’ai dû quitter le régiment, notre lieutenant, un lieutenant dreyfusard a réuni ceux qui partaient. Quelques-uns auraient peut-être rengagé. L’officier nous dit : « Je n’ai qu’un conseil à vous donner : rentrez dans vos foyers. C’est là seulement que vous apprendrez à devenir des hommes ! » Clemenceau, dans le Grand Pan, a conseillé la désertion, et le Christ a dit ; “tu ne tueras pas !…” Je suis tranquille sur l’issue du procès. Vous éviterez de me condamner, car ce serait condamner du même coup Briand et Clemenceau. » L’ensemble des inculpés avaient été acquittés.

Puis, pendant trois ans, il travailla pour l’imprimerie confédérale de la CGT, un rapport de police du 20 janvier 1909, le montrait comme étant un partisan de Lévy, le trésorier de la CGT dans le conflit l’opposant à Griffuelhes et critiquant Merrheim le secrétaire de la Fédération de la métallurgie qui n’était pas capable d’écrire seul ses articles qui devaient être corrigés par Monatte.

Début septembre 1908, pendant la détention de Marie, secrétaire de la Fédération nationale des travailleurs des presses typographiques, Grauvogel secrétaire-adjoint le remplaça.

En octobre 1908, il représentait la petite Fédération des presses typographiques (voir François Marie) au congrès CGT de Marseille. Il y émit que le vœu que cette fédération, de tendance révolutionnaire, fusionne au sein du Livre, réformiste. Il assista également à la 3e conférence des Bourses du Travail tenue à Marseille du 5 au 12 octobre 1908.

Le 14 février 1909, sur les dénonciations répétées de Marie, Griffuelhes congédiait Grauvogel, margeur à l’imprimerie confédérale de la CGT et rival de Marie pour le secrétariat de la Fédération des presses typogra-phiques. Grauvogel, avant les événement de Villeneuve était un ami de Marie qu’il avait remplacé pendant son incarcération, mais ayant découvert des irrégularités dans la gestion de son prédécesseur, il les avait rendues publiques. Depuis c’était entre eux « une guerre au couteau ». Mais Griffuelhes avoua plus tard que le licencie-ment était motivé par le vote de Grauvogel pour Albert Lévy, comme trésorier de la CGT. Grauvogel fut alors embauché à l’imprimerie La Moderne de Fortuné Henry, Collongy et Lévy.

Le soir du 24 février 1909, lors de la réunion de la section des fédérations qui devait élire le successeur de Griffuelhes au secrétariat, il vota, tout comme Lévy, au premier tour pour le candidat révolutionnaire Nicolet (du Bâtiment) et s’abstint au second tour, contribuant à la victoire du réformiste Louis Niel qui ne fut élu qu’avec une voix de majorité. Cette attitude équivoque lui fut amèrement reprochée, et il disparut de la scène syndicale.

Le 9 mai 1909, l’imprimerie La Moderne, au Parc-Saint-Maur, comprenait maintenant neuf colons. Grauvogel l’avait quittée quinze jours auparavant, à la suite d’une vive altercation avec Fortuné Henry.

Il fit la campagne contre l’Allemagne du 6 août 1914 au 1er octobre 1914. Il était réformé pour tuberculose.
En 1915, il demeurait 9 rue Victor Hugo à Levallois-Perret.


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