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Dictionnaire international des militants anarchistes
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MESNIL, Jacques [DWELSHAUVERS, Jean Jacques dit]
Né le 9 juillet 1872 à Bruxelles- mort le 14 novembre 1940 - journaliste et historien d’art - Belgique – Italie - France –
Article mis en ligne le 28 mars 2019

par Marianne Enckell, R.D.

Originaire d’une famille d’universitaires et de fonctionnaires, J.-J. Dwelshauvers entreprit des études de médecine à l’Université libre de Bruxelles. Il milita au Parti ouvrier Belge, mais il fut surtout lié à August Vermeylen, étudiant en histoire qui devint bientôt anarchiste et historien d’art. En 1894, Mesnil suivit les cours de la Faculté de médecine de Bologne (Italie). L’année 1897 le vit en Belgique où il fit connaissance d’Élisée Reclus. En mars 1899, il passa ses derniers examens à Florence. Il n’exerça pas, mais sa formation lui servit fréquemment dans ses études critiques des méthodes en histoire de l’art.

Ses séjours en Italie constituèrent une étape importante de son évolution. Il y connut Malatesta et Borghi et, sous leur influence, évolua rapidement vers l’anarchisme. Il y rencontra Clara Koettlitz (1866-1939), disciple et amie d’E. Reclus, et qui devint sa compagne. Ils demeurèrent à Florence une dizaine d’années. Ce séjour orienta définitivement la personnalité du jeune homme vers l’esthétisme. Il y développa ce goût du contact direct avec les œuvres d’art qui fit de lui un critique d’une perspicacité et d’une honnêteté remarquables.

Dès 1894, il signa tous ses articles d’un pseudonyme, Jacques Mesnil, sous lequel il fut connu de tous. De cette époque datent son étude sur Le Mouvement anarchiste et une première édition du Mariage libre, manifeste contre le conformisme bourgeois. Il y affirmait notamment, en fidèle disciple de Reclus, la nécessité du « perfectionnement moral » et d’un « développement considérable de la conscience individuelle », comme préalable à tout changement de la société. Il opposait les anarchistes qui s’adressent « à l’homme tout entier », aux socialistes qui, selon lui, ne s’intéressent qu’à « l’homme économique ». Pour lui, « l’anarchie repousse toute distinction de classes ». Il s’opposait également aux socialistes sur les problèmes de discipline de parti et refusait le parlementarisme au profit du militantisme dans le syndicat, seul type d’organisation qu’il ne repoussait pas. Plus concrètement, il consacra plusieurs articles à la situation italienne d’avant 1914, où il trouvait l’illustration de ses thèses contre le parlementarisme et en faveur du syndicalisme révolutionnaire.

De 1894 à 1914, il collabora à de nombreux périodiques italiens (Il Pensiero, Miscellanea dell’ Arte), français (Le Mercure de France, La Société nouvelle, Les Temps nouveaux), ou belges (Van nu en straks).
En 1906, le couple s’était fixé en France, à Maisons-Alfort. J. Mesnil poursuivait ses études d’histoire de l’art, et collaborait aux Guides Joanne. Il entretint alors de très nombreuses relations, une correspondance fournie et fréquenta à Paris les milieux libertaires et les associations internationalistes. Il fut à cette époque l’auteur d’une petite biographie d’Elisée Reclus qui parut dans Les Temps Nouveaux ( du 29 septembre au 1er décembre 1906).

La « faillite de la paix » en 1914 fut pour lui une rude épreuve. Il rentra en Belgique le 2 août et y passa trois mois avant de revenir à Paris. Il écrivit, dès 1914, dans L’Humanité, des articles sur la violation de la neutralité belge et l’occupation allemande. Il tint la chronique d’Italie dans Le Mercure de France jusqu’à la fin de l’année 1915. Il fut également le correspondant parisien de L’Avanti. Il aida de son mieux Romain Rolland dans la publication de Au-dessus de la mêlée ; de 1912 à 1939 se poursuivit entre les deux hommes une correspondance amicale. À la « Société d’études documentaires et critiques de la guerre », J. Mesnil multiplia les rencontres avec les opposants au nationalisme et à la guerre.

En 1918, à la suite de « l’échec du mouvement libertaire », il entra à la rédaction de L’Humanité après le succès des « internationalistes » en octobre 1918. À la scission de Tours, il demeura dans l’équipe majoritaire. Avec sa femme, il assista au IIIe congrès de l’Internationale communiste durant l’été 1921. Il rencontra en Russie P. Pascal, Victor Serge, se lia d’amitié avec Rosmer et, semble-t-il, avec Trotsky ; il nourrit une grande admiration pour Lénine. Mais après la répression de Cronstadt, il fut très déçu et jugea « par trop oppressive la dictature prolétarienne du communisme russe  ».

Au retour, ses désaccords avec la ligne politique de L’Humanité allèrent croissant. Il collabora à Clarté où il se livra à une critique acerbe de L’Humanité. Il fut exclu de la rédaction de ce quotidien en août 1924, mais continua d’écrire dans la revue Europe. Il semble qu’il ait été beaucoup plus proche de La Révolution prolétarienne que dirigeait Pierre Monatte et où il écrivit jusqu’en 1938. Il se rapprocha de groupes d’antifascistes comme A. Tasca et de groupes « trotskystes » ou « d’opposition de gauche ». Aux côtés de M. Martinet*, de Maurice et Magdeleine Paz, il prit la défense vigoureuse de Victor Serge et des victimes du « despotisme stalinien », notamment de Francesco Ghezzi qu’il avait connu à Moscou.

Une grave maladie de Clara le contraignit à ralentir ses activités. Il s’absorba de nouveau dans les études artistiques, essayant, dans deux ouvrages sur Masaccio et Botticelli, d’esquisser une histoire « globale » de la Renaissance florentine. En 1939, il perdit sa compagne. Lui-même mourut en novembre 1940 à Montmaur-en-Diois dans la Drôme. Suicide ? ou mort d’épuisement ? Les témoignages se contredisent.

ŒUVRE (choix) : Le Mouvement anarchiste, Bruxelles, 1897, 87 p. — Traduction de Richard Wagner, L’Art et la Révolution, Bruxelles, 1898. – Esprit révolutionnaire et syndicalisme, Paris 1914, 7 p. — Le Mariage libre, Bruxelles, 1924, 24 p. – Joseph Ishill et l’Oriole Press, Berkeley Heights, N.J, Oriole Press, 1951 (tiré de Arts et métiers graphiques, mai 1938).
Journaux et revues (liste non exhaustive) : La Société nouvelle, Bruxelles – Les Temps Nouveaux, Paris – L’Humanité nouvelle, Bruxelles – La Vie ouvrière, Paris – L’Avenir international, janvier 1918-octobre 1920 — La PlèbeArt libreGerminal La Révolution prolétarienne, 1925-1938.


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