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ESTER BORRAS, José
Né le 26 octobre 1913 à Berga (Barcelone) - mort le 13 avril 1980 - Ouvrier du textile - FIJL - MLE - FEDIP - CNT - Berga (Barcelone) – Catalogne - Paris - Alès (Gard)
Article mis en ligne le 3 avril 2007
Dernière modification le 30 mai 2019

par Odette Kervoc’h Ester, R.D.
José Ester Borras

Militant de la Fédération Ibérique des jeunesses Libertaires (FIJL) José Ester Borrás avait adhéré en 1932 au syndicat CNT du textile à Berga. En juillet 1936 il fit partie du Comité révolutionnaire de Berga avant de s’enrôler dans la Colonne Tierra y Libertad. Il a combattu tour à tour sur le front d’Aragon, à Madrid et en Catalogne. En mai 1938 il a été arrété avec Leal et Domingo par les staliniens qui les accusaient d’avoir tué un commissaire de la brigade. Il est resté emprisonné jusqu’à la chute du front.

Passé en France lors de la Retirada, avec sa compagne et leur petite fille âgée de 7 ans, il avait été interné au camp d’Argelès dont il s’évadait dès février 1939 et intégrait immédiatement la CNT de la région de Toulouse où, avec sa famille, il fut aidé et hébergé notamment par le couple Alphonse et Paule Tricheux auxquels il rendit beaucoup plus tard hommage en ces termes : " Ce que Paule et Alphonse ont été pour moi et pour beaucoup d’autres réfugiés espagnols qui ont connu leur maison, toujours ouverte, ne peut pas s’expliquer...Nous les appelions "papa" et "maman" avec beaucoup de motifs justes. Je vous assure que si à quelqu’un je voudrais ressembler, dans leur pensée et dans leurs actions, c’est bien à Paule et à Alphonse Tricheux, modestes gens de coeur, solidaires et conséquents ave leur idéal". (cf. Hispania, juillet 1972).

Pendant l’occupation nazie, il s’intégrait, dès sa constitution en juillet 1940, au réseau d’évasion et de résistance de Francisco Ponzan Vidal. Arrêté une première fois à Toulouse le 30 avril 1941, il était interné au camp du Vernet dont, à la demande de Ponzan et grâce à Robert Terres et à la complicité de fonctionnaires de la résistance, il était libéré avec de faux documents. Il participait à l’évacuation vers l’Espagne de plusieurs aviateurs alliés dans le cadre du réseau Pat O’ Leary (appelé aussi réseau Pat-Françoise). Ses activités dans la résistance lui valaient d’être arrêté par la Gestapo le 28 octobre 1943 avec sa première femme Alfonsina, son beau-père Miguel Bueno Gil (gazé le 18 août 1944) et son beau-frère José Bueno Vela. Interné à la prison de Fresnes, au camp de Compiègne, puis déporté au camp de concentration de Mauthausen (matricule 64.553) il y fit partie du Comité International clandestin qui allait préparer l’insurrection et la libération du camp.

Odette & José Ester Borras (Paris, 1947)

A son retour de déportation il gagnait Toulouse et avec Vinas il fondait la Fédération Espagnole des Déportés et Internés Politiques (FEDIP) dont il sera plusieurs fois le secrétaire entre 1947 et 1965 et qui regroupait toutes les tendances de l’exil à l’exception des communistes.

Dès son arrivée à Toulouse, avec l’aide des Tricheux et de la Solidarité internationale antifasciste, il parvenait à obtenir du maire, M. Badieu, les anciens locaux du camp du Recevedou, qui fut rebaptisé "Villa Don Quichotte" afin d’y loger des centaines de compagnons de retour de déportation. En septembre 1945, suite à la prise de contrôle par les communistes de l’Association des anciens de Mauthausen et leur désir d’imposer aux autres déportés leur sectarisme, il fondait au café Borios, la FEDIP.

Lors de la scission du Mouvement libertaire en exil, il a été en novembre 1945, signataire pour la province de Barcelone, d’une déclaration reconnaissant le Comité national élu lors du congrès de Paris en mai et condamnant la signatire par Manuel Diaz au nom d’un Comité régional catalan en exil du manifeste Con España o contra España de la tendance dite collaborationiste. La déclaration fut également signée par R. Pascual pour la province de Gérone ; Dominguez pour celle de Tarragone, Juan Teixido pour celle de Lerida et Baulo pour la Fédération locale de Barcelone. Il était à la même époque secrétaire du groupe CNT du Haut Llobregat et Cardoner en exil, mais se consacrait avant tout à l’action en faveur des déportés. C’est par son action obstinée que les anciens déportés ou les veuves obtiendront une pension du gouvernement allemand.

José Ester travaillait à la section espagnole de l’Office des réfugiés et apatrides où il participera à la résolution de nombreux cas de réfugés et d’anciens guérilleros évadés clandestinement de l’Espagne franquiste. En 1947 il a été le principal instigateur de la campagne en faveur de la libération des marins et aviateurs antifascistes espagnols internés en URSS au camp de Karaganda. Il a participé également aux travaux de la commission internationale d’enquête sur l’univers concentrationnaire. José Ester est intervenu à de très nombreuses reprises pour sauver des militants emprisonnés en Espagne ou menacés en France d’extradition suite à leurs actions contre le régime franquiste ; ce fut le cas en particulier de Marcelino Massana Bancells dont il empêchera l’extradition de France grace à une intervention de la Reine Fabiola contactée par Albert Guérisse, l’ancien responsable belge du réseau "Pat O’Leary", avec lequel le groupe Ponzan avait étroitement collaboré.

A partir de 1954 il fut la cheville ouvrière des négociations pour constituer des dossiers et obtenir des autorités allemandes des indemnisations pour les déportés et ou internés espagnols et leurs ayant droit.

Lors du congrès extraordinaire de la FEDIP tenu du 21 au 23 mai 1961 à Toulouse, il avait été nommé secrétaire du Conseil national aux cotés de Vicente Gomez (président), Roque Llop (secrétaire à la propagande et presse), Delmir Ibañez (trésorier) et Juan Pujol (comptable).

Le 13 novembre 1969, suite à une souscription lancée par la FEDIP fut inauguré au cimetière du Père Lachaise un monument en mémoire des 35.000 républicains espagnols (résistants, déportés, soldats dans les armées alliées) morts pendant la Seconde Guerre mondiale.

Officier de la Légion d’honneur et titulaire de plusieurs décorations (française, anglaise, américaines) dont la King medal of freedom pour son action dans la résistance - il avait le grade de sous lieutenant des Forces Françaises Combattantes - il recevra en 1972 un vibrant hommage à Toulouse. Il a participé à tous les congrès de la FEDIP et a collaboré régulièrement aux différentes époques de son organe Hispania.

A la fin de sa vie il quittait Paris et s’installait avec sa compagne Odette à St Christol les Alès (Gard). José Ester Borras est mort à l’hôpital d’Alès, Gard, le 13 avril 1980 et a été incinéré à Marseille.

Lors du IXè congrès tenu par la FEDIP à Perpignan, les 15-17 juin 1987, son président avait rappelé ces paroles de José Ester à une réunion : " C’est vrai que j’ai donné à la Fédération beaucoup d’heures que j’aurais pu occuper à lire, à me promener ou à me reposer. Mais c’est vrai aussi que la Fédération m’a donné une raison d’exister qui m’a fait l’exil moins insupportable car je n’aurais pas pu faire grand chse sans la FEDIP. Et la FEDIP, c’est vous, c’est nous tous. Chacun dans son rôle et son lieu, y a apporté son grain de sable. La FEDIP m’a donné, je le repete, une raison de continuer dans l’exil sans me sentir inutile" (cf. Hispania, n°93, juillet-août 1987)

Une importante partie des archives de José Ester ont été déposées en 2000 à l’Institut International d’Histoire Sociale d’Amsterdam Fonds José Ester où, en 1998, les archives concernant la campagne de la FEDIP sur Karaganda avaient déjà été versées. Archives FEDIP

Un centre de documentation portant son nom a été inauguré à Berga dans les années 1990 (Centre d’estudis Josep Ester Borras).


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