DUMARTHERAY, François, Constant « VERSOIX »

Né à Collonges sous Salève (Haute-Savoie) le 27 janvier 1842 - mort début septembre 1931 - Garçon de café ; représentant ; plombier - AIT – Lyon (Rhône) - Genève
jeudi 3 août 2017
par  Gianpiero Bottinelli, Marianne Enckell, R.D.
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François Dumartheray fut garçon de café, puis représentant de commerce — par la suite plombier à Genève (il se déclara aussi « lampiste » — cf. J. Guillaume, L’Internationale, t. III, p. 111) et classé par la police comme lithographe (Arch. fédérales, Berne, carton 53).

Après la disparition de la plupart des sections lyonnaises, en 1868, une Commission d’initiative fut chargée, fin 1869-début 1870, de la réorganisation de l’Internationale.
Le 13 mars, Dumartheray fut nommé membre de la commission fédérale de quinze militants qui succéda à la commission d’initiative — voir Léo Busque. Il était prévu que cette commission serait renouvelée annuellement en assemblée générale ; deux délégués par corporation adhérente devaient être adjoints aux quinze membres élus (L’Internationale, 23 et 30 janvier, 27 mars 1870 ; Testut, L’Internationale, pp. 170 à 172).

Arrêté au début de mai en raison de son appartenance à l’Internationale, il bénéficia de l’amnistie lors de la proclamation de la République (J. Guillaume, L’Internationale, t. II, p. 30, Arch. PPo., B a/439 et Arch. Mun. Lyon, I 2/55, pièce 80).

Réfugié à Genève, il représenta — avec Alphonse Andignoux, Charles Ostyn et Antoine Perrare — la section genevoise « L’Avenir » au 6e congrès de l’Internationale « antiautoritaire », Genève, 1-6 septembre 1873 (J. Guillaume, L’Internationale, t. III, pp. 109-111). Au cours de la discussion de l’article 2 des statuts ainsi conçu : « Quiconque adopte et défend les principes de l’Association peut en être reçu membre, sous la responsabilité de la section qui l’admettra », Dumartheray proposa que l’article soit rédigé de la façon suivante : « Ne feront partie de l’Internationale que les travailleurs manuels. » J. Guillaume, qui rapporte le fait dans l’Internationale (t. III, p. 124), indique en note : « Cinq ans et demi plus tard, en février 1879, Dumartheray, par une heureuse inconséquence, devait s’associer avec Kropotkine et Herzig, qui n’étaient, ni l’un ni l’autre, des travailleurs manuels, pour fonder à Genève le journal Le Révolté. »

En février 1876, il publia la brochure Aux travailleurs manuels partisans de l’action politique ; il y mentionnait à plusieurs reprises le communisme anarchiste annonçait la parution prochaine d’une brochure qui en donnerait « une définition exacte ». Ce serait la première apparition de ce terme.

En 1876, Dumartheray assista encore à un congrès de l’AIT « antiautoritaire », le huitième, tenu à Berne du 26 au 29 octobre. Il y fut délégué par le cercle d’Études sociales de Genève et fit partie de la commission chargée d’étudier la deuxième question de l’ordre du jour : De la solidarité dans l’action révolutionnaire (J. Guillaume, l’Internationale, t. IV, pp. 93-94).

L’année suivante, il aida à la constitution d’une fédération française dont la commission administrative (L’Avant-Garde, n° 2, 15 juin 1877) était composée de Charles Alerini, Paul Brousse, Dumartheray, Jules Montels, L. Pindy. Le 1er congrès se tint à la Chaux-de-Fonds les 19 et 20 août (compte rendu dans l’Avant-Garde). En novembre, il publia, avec Pierre Jeallot, Hippolyte Ferré, Charles Alerini et Jean-Louis Pindy, un manifeste qui confirmait une première déclaration abstentionniste signée, au nom de la fédération, par Jean-Louis Pindy et répandue en France à la veille des élections du 14 octobre (Bulletin de la fédération jurassienne, n° 45, 11 novembre 1877). Selon un rapport de la police française de 1886, il utilisait le nom de Versoix comme pseudonyme.

Lorsque l’Avant-Garde, son organe, et Brousse furent poursuivis, à la fin de 1878, Dumartheray et Herzig s’associèrent au projet de Kropotkine de lancer un nouveau journal, Le Révolté, qui parut depuis février 1879 à Genève.

Dumartheray fut un temps le dépositaire de papiers de Bakounine, après l’arrestation en 1878 d’Andrea Costa qui les détenait. Il les remit à un ancien membre du Comité fédéral jurassien, Augusto Getti, qui disparut bientôt du milieu anarchiste.

Selon L. Descaves (cf. Philémon..., op. cit., p. 316) Dumartheray demeura en Suisse après l’amnistie. Il résida en région Génevoise retournant parfois dans son village d’origine. Il fut abonné au Réveil anarchiste depuis le début, envoyant son soutien financier sous le nom du « Vieux Savoyard ».

Selon Kropotkine (Autour d’une vie), « Dumartheray était issu de l’une des plus pauvres familles de paysans de la Savoie. Son instruction n’était pas allée au delà des premiers rudiments de l’école primaire. Il était cependant un des hommes les plus intelligents que j’aie jamais rencontrés. Ses jugements sur les évènements courants et sur les hommes étaient si justes et marqués au coin d’un si rare bon sens qu’ils étaient souvent prophétiques. Il était aussi un des plus fins critiques de la nouvelle littérature socialiste et il ne se laissait jamais prendre au simple étalage de belles paroles ou de prétendue science. »

Dumartheray témoigna à son tour à la mort de Kropotkine : "Ce qui le caractérisait, c’est qu’il aimait le travail manuel autant que le travail intellectuel... Lorsqu’il s’agissait d’emporter les formes du journal à l’imprimerie de Plainpalais, où on le faisait tirer, il était le premier à empoigner les brancards de la carriole." Quant à lui-même, ajoute-t-il, "avec mes 80 ans sonnés, je suis encore forcé de bricoler pour gagner ma vie".

Éloigné des activités militantes, il restait toutefois en contact avec les compagnons de Genève, où il rencontra aussi Lucien Descaves et Max Nettlau en 1927. Le Réveil du 19 septembre 1931 publia le discours de Bertoni lors de son incinération, le 8 septembre : "l’excellent camarade... au langage clair, simple, droit, convaincant, trouvant toujours des raisons d’espérer, se refusant à admettre un arrêt dans le progrès humain…"

Oeuvre : Dumartheray figure au nombre des 54 signataires d’une adresse de quatre pages imprimées Au citoyen Garibaldi par les proscrits de la Commune, Genève, 27 janvier 1875 (sans autre indication). Un exemplaire de cette adresse se trouve à l’IFHS (archives Claris). — Aux travailleurs manuels partisans de l’action politique, Genève, avril 1876.


Sources : Ci-dessus et Arch. PPo., B a/440. Rapport Testut, 16 avril 1778 = Notice de J. Maitron complétée par M. Enckell in Maitron en ligne // Arc. Nat. F7/12504 // Etat signalétique confidentiel des anarchistes étrangers non expulsés résidant hors de France, Etat O, avril 1903 // Le Réveil, 19 septembre 1931 – P. Kropotkine « Autour d’une vie… », op. cit. – M. Nettlau « Errico Malatesta » (1922) = Notice de G. Botinelli & M. Enckell in Chantier biographique des anarchistes en Suisse //


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