MASSON Émile, Désiré "Yann BRENN ; Ewan GWESNOU ; Iônn PRIGENT ; RER-HOUARN".

Né le 28 août 1869 à Brest (Finistère) - mort le 9 février 1923 à Paris - Professeur d’anglais - Pontivy (Morbihan)
lundi 16 mai 2016
par  Webmestre
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Émile Masson naquit dans un milieu modeste, d’un père originaire de Châteaulin (Finistère) et d’une mère brestoise. Son père, mécanicien dans la marine, puis aux chemins de fer, termina sa vie comme employé au cadastre à la mairie de Brest, lui léguant l’exemple d’une vie simple, probe et soucieuse d’instruction. Le véritable culte qu’il éprouvera toute sa vie pour son père, mort en 1884, sera pour beaucoup dans sa vocation d’enseignant et de militant.

Après des études secondaires au lycée de Brest, où était également Gustave Hervé, de deux ans son cadet et qui sera longtemps son ami, il fut répétiteur à Saint-Brieuc, Nantes, et entreprit des études de philosophie à Rennes d’abord, puis à la Sorbonne. Son maître Gabriel Séailles l’engagea dans la voie de l’enseignement et de la lutte pour la justice sociale : à cette époque, de 1894 à 1898, c’était la montée de l’Affaire Dreyfus, qui marqua le début de sa conscience politique (ce qu’il évoquera dans une série d’articles parus d’octobre 1913 à avril 1914 dans Le Prolétaire breton, organe de l’Union des syndicats de Lorient). Il fréquentait alors assidûment les milieux socialistes et anarchistes, s’abonnait à Freedom (Londres), aux Temps Nouveaux de Jean Grave.

Ses débuts dans l’enseignement lui inspirèrent, en 1899, la Lettre d’un répétiteur en congé, publiée par l’Union pour l’action morale de Paul Desjardins, puis, en 1903, un roman en partie autobiographique, Yves Madec, professeur de collège, que Péguy publia en 1905 dans les Cahiers de la Quinzaine. Après avoir enseigné à Loudun, il fut professeur de philosophie à Saumur de 1902 à 1904 et se lia dans cette ville d’une vive et durable amitié avec Louis et Gabrielle Boüet, ardents militants de l’École émancipée, dont les conceptions éducatrices le guideront durant toute sa carrière et se retrouveront dans nombre de ses ouvrages. En 1902, il épousa une jeune Anglaise, Marie Gilpin, qui sous le nom d’Elsie Masson sera pour lui une collaboratrice de chaque instant.

En octobre 1904, il fut nommé professeur d’anglais (dont il était également licencié) au lycée de Pontivy (Morbihan), poste qu’il occupera jusqu’en 1921, année où la maladie l’obligea à interrompre ses activités. Il fit de fréquents séjours en Grande-Bretagne (il avait déjà passé plusieurs mois à Oxford, en 1896-1897), aussi bien pour étudier l’œuvre de Carlyle dont il publiera de nombreux textes avec sa femme, que pour étudier au Pays de Galles les universités nées d’une initiative populaire, comme Aberystwyth et Bangor, exemples qu’il rêva d’implanter en Bretagne.

Idéaliste nourri de Renan, Tolstoï (son idole), Whitman, Carlyle, Ruskin, Masson se tint à l’écart des partis politiques et lutta surtout par la plume, en écrivant des livres — ce dont, dit-il, il avait horreur — et surtout de nombreux articles. La lecture de Nietzsche et de Kropotkine fortifia son penchant individualiste, bien qu’il n’ait pas été sans réserves à l’égard de cette attitude : " J’avoue que la formule communiste me paraît surannée et seulement en apparence neuve. Au fond, elle me semble n’être qu’une figure rajeunie du vieux christianisme-démocratisme, etc. etc. Mais la formule individualiste d’autre part me sonne cruelle et féroce. En fait jusqu’ici les hommes ont adoré les dieux communistes en public et n’ont obéi qu’aux dieux individualistes dans leur secret " (lettre à Jean Grave du 5 avril 1908). Il répudia l’individualisme égoïste, et vit l’affranchissement de la masse rendu possible par l’effort et sous la conduite des meilleurs : " Dans une société que j’appelle humaine, il ne peut y avoir de liberté que pour ceux qui en sont dignes. Cela n’entraîne nullement après soi l’esclavage nécessaire du grand nombre, au contraire : la caractéristique du maître, c’est qu’il travaille à affranchir les autres, à " éveiller les consciences " (lettre à Grave du 22 mars 1908). Ces lettres furent écrites au cours d’une vaste discussion avec Jean Grave qui dura de février à août 1908, et se termina par un profond désaccord entre les deux hommes. La pensée de Masson n’était d’ailleurs pas exempte de contradictions, et ce genre de débat convenait à merveille à son grand talent de polémiste.

À partir de 1908, Masson se prit de passion pour le problème breton. Cela commença par la publication des Rebelles, contes " anarchico-bretons " à la Librairie de Pages libres, en novembre 1908. Puis, en 1911, il milita dans diverses organisations bretonnes, dont la fédération régionaliste bretonne et le parti nationaliste breton, et publia des séries d’articles sur la renaissance linguistique bretonne, dans les Temps Nouveaux, le Rappel du Morbihan, le Prolétaire breton. Dans une lettre à Grave d’avril 1912, il expliquait : " Si les camarades voulaient ainsi propager dans les dialectes populaires nos idées les plus hautes, il n’y a pas de doute que les femmes et les enfants ne finiraient par être touchés par cette propagande. " Il s’attela à la tâche et fit traduire dans les dialectes léonard et vannetais la brochure d’Élisée Reclus À mon frère le paysan, aidé en cela par ses amis des Temps Nouveaux qui recueillaient les fonds nécessaires à l’impression.

La même année 1912, en septembre, il rassembla en brochure une série d’articles publiés dans le Rappel du Morbihan : c’est Antée ou les Bretons et le socialisme, qui donne le fond de sa pensée sur la question. Il était sur ce point en accord avec Charles Brunellière, socialiste guesdiste de Nantes, animateur de 1900 à 1907 de la Fédération socialiste autonome de Bretagne, mais ses idées sur la nécessité d’une propagande en milieu paysan lui venaient très probablement de Gustave Hervé, qui séjourna chez lui en 1909. Les deux hommes seront très liés jusqu’en 1913, et Hervé représentait pour Masson le type même du " héros " libérateur des masses ; mais le " tournant " pris par Hervé à l’approche de la guerre amena une rupture définitive entre eux.

Dans cette entreprise de propagande socialiste et antimilitariste en breton, Masson trouva l’appui de syndicalistes comme François Le Levé, syndicaliste révolutionnaire à l’arsenal de Lorient, et Pierre Monatte. Il fonda avec eux Brug (Bruyères) " revue d’éducation paysanne ", en breton et en français, qui parut mensuellement de janvier 1913 à juillet 1914 (19 numéros). Entreprise modeste et pas toujours parfaitement définie, la tentative de Brug représente un double effort de propagande socialiste en milieu rural et de synthèse du mouvement national breton et de l’internationalisme.

Masson insistait beaucoup sur le fait que l’armée était composée en majorité de paysans et l’antimilitarisme et le pacifisme sont parmi les traits dominants de sa pensée. Ce sentiment, né pendant l’Affaire Dreyfus et les combats qui suivirent, fortifié par la lecture des publications libertaires et par l’exemple de Gustave Hervé, allait envahir toute sa vie pendant la guerre. Déjà malade nerveusement, Masson fut fortement ébranlé par le déclenchement du conflit. Il refusa de se laisser entraîner dans l’effondrement du mouvement socialiste et tenta de demeurer " au-dessus de la mêlée ", entretenant d’ailleurs une correspondance très fournie avec Romain Rolland qui lui écrivait, le 14 juin 1915 : " Le présent est trop malade, nous ne pouvons le sauver. Au moins, sauvons l’avenir... "

Au fur et à mesure que s’étendait le carnage qui le saisit d’horreur, Masson élargit son individualisme en un humanisme qui transparaît dans les articles qu’il écrivit en 1917 et 1918 pour les Cahiers idéalistes d’Édouard Dujardin, et se manifesta pleinement dans ses deux derniers ouvrages : le Livre des Hommes et leurs paroles inouïes, méditations sur quelques grands écrivains du passé, et l’Utopie des îles bienheureuses dans le Pacifique en 1980, conte onirique où il exposait son idéal d’éducation. Le thème de l’Enfant, présent en lui toute sa vie durant, trouve ici sa plus parfaite manifestation.

Toujours en marge des courants dominants, complexe et tourmenté, déchiré par les contradictions qu’il surmontait avec difficulté, polémiste brûlant, attachant et profondément original, Masson fut oublié après sa mort à Paris le 9 février 1923. Son influence s’exercera principalement sur les milieux progressistes de la renaissance bretonne.

OEUVRE : Lettre d’un répétiteur en congé (Union pour l’action morale, 1899). — Yves Madec, professeur de collège (Cahiers de la Quinzaine, 1905). — Carlyle, Pages choisies (A. Colin, 1905). — Lettres de Thomas Carlyle à sa mère (trad., Mercure de France, 1907). — Les Rebelles (Ed. de Pages libres, 1908). — Lettres d’amour de Thomas Carlyle et de Jane Welsh (trad. en collab. avec sa femme Elsie, Mercure de France, 1910). — Les Nations héroïques (rapport au congrès de juillet 1912 de la Fédération régionaliste bretonne). — Antée ou les Bretons et le socialisme (Guingamp, 1912). — Carlyle intime, Jane Welsh — Réminiscences (étude et trad., Mercure de France, 1913). — Le Livre des Hommes et leurs paroles inouïes (Ollendorff, 1919). — L’Utopie des îles bienheureuses dans le Pacifique en 1980 (Rieder, 1921). — Articles dans le Rappel du Morbihan, le Prolétaire breton, Brug, la Pensée bretonne, le Mercure de France, Pages libres, les Cahiers idéalistes, les Temps Nouveaux, la Plèbe, etc. — Correspondance avec Charles Péguy, Jean Grave, Jean-Julien Lemordant, André Spire, Marcel Martinet, Pierre Monatte, Romain Rolland, etc. — Nombreux inédits, entre 1908 et 1918.


Sources : Bardes et poètes nationaux de la Bretagne armoricaine, par C. Le Mercier d’Erm (1918). — La Bretagne libertaire, même auteur (1921). — Breiz Atao (avril 1923). — Ar Vro (n° 12 et 13). — Le Peuple breton (n° 45 et 72). — Les Cahiers des Amis de Han Ryner (mars 1969). — Ar Falz (n° 5, 1969). F. Masson, Les Bretons et le socialisme. Présentation et notes par Jean-Yves Guiomar, F. Maspéro, 1972. — J. Didier et Marielle Giraud, Emile Masson, Professeur de liberté, Éditions Canope, 1991, 383 p. = Notice de J. Maitron in Maitron / R. Bianco « Un siècle de presse… », op. cit. //

Iconogr. : Ar Vro (n° 12). — Ar Falz (n° 5, 1969).


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