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CUSSET, Albert, Louis
Né le 10 mai 1874- mort le 30 juillet 1901 - Ouvrier tailleur - Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais). – Guyane
Article mis en ligne le 5 février 2016

par Dominique Petit, ps
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En 1892, Albert Cusset rédigea une poésie en "l’honneur de Ravachol*". Inculpé de menaces d’assassinat et d’ incendie, il fut condamné à 8 mois de prison.

Lors d’une perquisition opérée le 14 décembre 1893, au domicile de ses parents à Boulogne-sur-Mer où il résidait, la police découvrit un carnet portant les adresses de divers anarchistes français et étrangers, dont l’adresse de Marpaux auteur de l’assassinat du sergent Colson. En février 1894, suite à la découverte d’un engin explosif devant le greffe du tribunal de Boulogne, il avait été l’objet d’une perquisition qui fut infructueuse.

Le 12 juin 1894, un engin explosif fut découvert sous les fenêtres de l’agent de police Roux, rue de la Tour-Française. La mèche avait été étouffée sous le poids de l’engin qui contenait une demi-livre de poudre et un kilo de ferraille, clous, cadenas, ciseau, dix clés, des patères, un fer à repasser, des boules de fer et d’ivoire. Cusset avait déjà menacé de faire sauter cet agent, son voisin. Il se vanta dans un estaminet d’avoir déposé la bombe pour se venger. Apprenant que l’explosion n’avait pas eu lieu, il s’écria : "Vive Vaillant ! Vive Ravachol ! Vive l’anarchie ! " Le jour même vers 11 heures Cusset était arrêté au quai du Bassin, après avoir opposé aux agents une vive résistance. Il avait dans sa poche une fiole et une mèche longue d’un mètre. Lors de son arrestation la foule voulut lui faire un mauvais sort.

Lors de nouvelles perquisitions chez lui, après son arrestation, on trouva une liste de magistrats du tribunal, ainsi que le nom d’un capitaine de gendarmerie, avec leurs adresses. et une lettre indiquant qu’il correspondait avec des anarchistes parisiens dont Gauche et Beaulieu (Henri Beylie). Il était également en rapport avec Rateau, chimiste, rue de Louvin à Bruxelles et avec des groupes anarchistes de Turin et des Etats-Unis.

Le 8 septembre 1894, il était condamné à 3 mois de prison et 5 francs d’amende, sans doute pour des propos tenus auparavant. Lors de l’audience il demanda l’autorisation de pouvoir lire un mémoire écrit. Sur le refus du président, Cusset s’écria : "Vive l’anarchie et mort aux émules de Vidocq ! " Le tribunal le condamna aussitôt à 8 mois de prison et 1.000 francs d’amende pour ces paroles considérées comme une insulte aux magistrats.

Lors de l’instruction de son affaire de tentative d’attentat, il prétendit avoir été poussé à ce geste par un dénommé "monsieur Paul" qui lui aurait remis 3 francs pour acheter de la poudre et "l’aurait assuré qu’après l’attentat, il lui ferait parvenir des bombes toutes prêtes de Paris... pour faire sauter des maisons des juges et des magistrats". Il expliqua que l’agent l’avait arrêté plusieurs fois et "qu’il n’avait pas eu pour lui tous les égards qui lui étaient dus". Lors de son procès devant la cour d’assises du Pas-de-Calais, le 25 janvier 1895, Cusset fut condamné à 10 ans de travaux forcés.

Il purgea sa peine au bagne de Cayenne sous le matricule 27025. Il y rencontra Liard-Courtois qui le cita dans ses souvenirs. Sous l’influence d’Ortiz qui renia ses idées, collabora avec l’administration pénitentiaire et finit par assister à la messe le dimanche, Cusset fit de même, renouant selon Liard-Courtois avec ses origines d’ancien élève des Frères des écoles chrétiennes.

Liard-Courtois le décrivait comme "un petit boiteux chétif, dont le moral s’accusait aussi faible que le physique".
Il mourut au bagne le 30 juillet 1901.

L"administration pénitentiaire le considérait comme "anarchiste extrêmement dangereux malgré son jeune âge, à surveiller particulièrement", mais durant ses six ans de bagne, il ne subit aucune punition et ne fit aucune tentative d’évasion.

P.S. :

Sources : La Presse, 13 juin et du 8 septembre 1894, 26 janvier 1895 — Le Figaro, 13 juin 1894 — Le Rappel, 28 janvier 1895, Gallica — Arch. nat. BB24 909 3700, F7 12515 — Arch. Dép. Pas-de-Calais M 2022 — Vivien Bouhey, Les anarchistes contre la République, p. 476 — ANOM H 3943 et H 449 — Arnaud-Dominique Houte, "Les attentats contre les forces de l’ordre dans la France du XIXe siècle", La Révolution française 1/2012 (http://lrf.revues.org/427#ftn58) — Auguste Liard-Courtois, Souvenirs du bagne, Toulouse, Ed Les passés simples p. 158 — Note de Marianne Enckell.= Notice de Dominique Petit in Maitron en ligne// Arc. Nat. BB 186451, F7/12504 //


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