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VAILLANT, Auguste
Né à Mézières (Ardennes) le 27 décembre 1861 - guillotiné le 5 février 1894 - Paris – Buenos Aires – Choisy le Roi (Val de Marne)
Article mis en ligne le 9 novembre 2015
Dernière modification le 25 juin 2020

par Anne Steiner, ps
Auguste Vaillant

Auguste Vaillant fut placé en nourrice par sa mère qui avait été abandonnée par le père, gendarme en Corse. Il eut une adolescence instable : il vécut seul à Paris à partir de l’âge de douze ans et entreprit un apprentissage de pâtissier, qu’il ne mena pas à son terme, avant d’exercer divers métiers. A plusieurs reprises, entre l’âge de 17 ans et l’âge de 20 ans, il fut condamné pour vol ou mendicité à de courtes peines de prison, à Charleville, à Marseille puis à Alger.

En 1885, Vaillant habitait rue Ordener et exerçait la profession de courtier auprès des débits de boissons. Il était alors secrétaire du comité du XVIIIe arrondissement de l’Union socialiste révolutionnaire et membre semble-t-il du groupe des Indépendants de Montmartre. Deux ans plus tard, il était secrétaire du groupe socialiste Les Égaux de Montmartre, mais il évolua ensuite vers l’anarchisme.

S’agit il du Vaillant qui, le 27 mai 1887, lors d’une réunion plénière des groupes anarchistes de Paris, avait fait un compte rendu de la publication du premier numéro de L’Avant garde cosmopolite (voir Moucheraud Adrien) tiré à 4000 exemplaires et dont il avait assuré la diffusion de 500 exemplaires ?

A l’automne 1888, suite à des rumeurs circulant au parti socialiste et le présentant comme un agent de police résidant à Paris malgré une interdiction de séjour et ayant participé en août 1888 à une réunion de grévistes où aurait été tué un mouchard se réclamant de lui , il écrivit une lettre ouverte aux journaux Le Cri du peuple et La Révolte réfutant de tels bruits et où il écrivait : "J’ai cru tout d’abord que la fausseté de cette accusation ferait taire ces rumeurs.Il n’en est rien. Je me vois forcé d’avoir recours à la presse, ne pouvant malgré tous mes efforts me trouver en face d’un accusateur réel....Je dois déclarer que cette accusation ne me surprend pas outre mesure, car n’ayant jamais su flatter, ni voulu servir de marchepied aux ambitieux qui se trouvent dans le parti socialiste, il m’eut fallu une certaine dose de naïveté - surtout depuis mon adhésion définitive aux idées anarchistes - pour ne pas m’attendre à une accusation semblable, étant donné la manière d’agir des autoritaires...Je tiens à la disposition de tous ceux qui voudraient le consulter, mon casier judiciaire, lequel établira, qu’à aucune époque, il n’a été prononcé contre moi d’interdiction de séjour...Que n’habitant plus Paris depuis le 8 juillet..je n’ai pas assisté depuis le mois de juin dernier à aucune réunion publique ou de groupe...En outre si jamais je me trouve en face d’un accusateur quel qu’il soit, je me réserve le droit d’en faire bonne et prompte justice, comme il le mérite du reste" (cf. La Révolte, 7 octobre 1888).

En 1889, il était délégué à la correspondance du groupe Les Révoltés de Villeneuve-Saint-Georges où il demeurait 1 rue de Crosne.

Un an plus tard, en septembre 1890, il s’était embarqué au Havre pour l’Argentine et tenta d’obtenir une concession dans le territoire du Chaco mais il fut, avec d’autres, dupé par une compagnie. Il écrivit à cette époque plusieurs lettres (voir Portfolio), notamment au compagnon S. Mougin à Paris, lettres qui furent saisies en mai 1892 lors d’une perquisition chez ce dernier. Selon l’un de ces lettres, son départ pour les Amériques avait été justifié par la menace de sa femme de le dénoncer ainsi qu’un camarade dans une affaire liée "aux nihilistes russes arrêtés à Paris sur la dénonciation d’un marchand de produits chimiques". A Buenos Aires il participa, au moins au niveau de la diffusion, au journal Liberté (1e série ; voir Alex Sadier).

En 1893 il revint en France et s’installa dans un hôtel garni à Choisy-le-Roi avec une cousine germaine de sa femme, ouvrière en perles, et sa fille Sidonie. Il avait trouvé un emploi dans une maroquinerie et était secrétaire de la Bibliothèque philosophique pour l’étude des sciences naturelles et leur vulgarisation. En novembre 1893, il emprunta 20 francs à Mme Paul Reclus et 100 francs à un anarchiste cambrioleur, ce qui lui permit de louer une chambre d’hôtel à Paris, dans le XIVe arr., pour préparer une bombe qu’il avait le projet de faire exploser à l’Assemblée nationale. Son état d’esprit nous est alors connu par le journal qu’il tint, du 20 novembre, date de sa détermination, au 9 décembre, jour de l’attentat, et qu’il envoya à Paul Reclus peu avant de pénétrer à la Chambre. Le 8 décembre, il écrivait : « J’ai beau analyser mes sentiments, je ne me sens aucune haine contre ceux qui vont tomber demain [...] J’envisage la mort avec tranquillité ; n’est-elle pas le refuge des désillusionnés ? Mais au moins je mourrai avec la satisfaction d’avoir fait ce que j’ai pu pour hâter l’avènement de l’ère nouvelle... ».

Lors du procès il expliqua également les circonstances l‘ayant amené à agir en ces termes : « En revenant d’Amérique, je croyais qu’il fallait se contenter de créer des bibliothèques pour préparer les cerceaux à la Révolution. Je croyais pouvoir vivre largement. Mon patron, profitant de ma situation, n’a pas voulu me donner plus de 20 francs par semaine. C’était de quoi mourir de faim pour moi, ma compagne et mes enfants. J’ai été le dire à mon patron ; il m’a répondu : « Je m’en fous de votre femme, c’est vous que j’ai embauché ».

Le 9 décembre 1893, vers 4 heures du soir, Auguste Vaillant lança sa bombe à clous du haut des tribunes de la Chambre, atteignant plus ou moins gravement des députés, un huissier, ainsi qu’un grand nombre de personnes qui assistaient à la séance. Lui-même fut blessé lors de l’explosion et soigné à l’Hôtel-Dieu. Interrogé par l’inspecteur de police Agron, le 10 au matin, il reconnut être l’auteur de l’attentat. L’affaire fut rapidement instruite. Vaillant, défendu par maître Labori, comparut le 10 janvier. Il déclara avoir préféré blesser un grand nombre de députés plutôt qu’en tuer quelques-uns : « Si j’avais voulu tuer, j’aurais mis des balles. J’ai mis des clous, donc j’ai voulu blesser…Je pouvais fabriquer mon engin de façon à tuer quelques députés ; c’eut été l’assassinat. Je l’ai fabriqué de façon à en blesser un grand nombre, parce que je jugeais plus utile de blesser un grand nombre de députés que d’en tuer quelques uns ; voilà l’acte de propagande. J’ai échoué , voilà tout ». Dans une lettre adressée à Paul Reclus où il regrettait amèrement le hasard qui avait épargné les coupables pour frapper les innocents, il avait également écrit « Je pourrai mourir tranquille avec la satisfaction d’avoir donné tout mon sang pour les idées libertaires. Mais comme j’ai eu peu de chance dans la réalisation de mes desseins ! Il n’a fallu qu’une malheureuse femme pour faire dévier mon engin ». Il fut pourtant condamné à la peine capitale, ce qui suscita une certaine émotion, car depuis le début du siècle, c’était la première fois que l’on condamnait à mort un accusé qui n’avait pas tué.

L’abbé Lemire, député, blessé par l’explosion, s’inscrivit en tête d’une pétition demandant au Président de la République la grâce du condamné. Soixante de ses collègues la signèrent. Le sort de la petite Sidonie suscita la compassion. La duchesse d’Uzès s’offrit à recueillir l’enfant. Vaillant refusa et, dans une lettre — sorte de testament — datée de la prison de la Roquette, le 27 janvier 1894, il la confia à Sébastien Faure qui se chargea de son éducation. Vaughan, administrateur de l’Intransigeant, fit verser 50 francs par mois pour Sidonie, au moins jusqu’en 1899.

Le président de la République qui, paraît-il, hésitait, refusa finalement la grâce.
À l’aube du 5 février 1894, Vaillant fut réveillé pour aller au supplice. Il cria : « Vive l’anarchie ! Ma mort sera vengée !  » Arrivé au pied de l’échafaud, il cria encore : « Mort à la société bourgeoise et vive l’Anarchie ! » Sa tombe au cimetière d’Ivry fut longtemps fleurie, on y déposait également des poèmes et des promesses de vengeance.

A la veille de son exécution il avait laissé pour Sidonie le billet suivant : "Ma fille chérie, quand tu liras ces lignes, je ne serais plus, tu seras orpheline. C’est vrai que tu ne le sea que du point de vue social ; car au point de vue philosophique, Sébastien Faure sera ton véritable père. Ecoute bien ses conseils ma chérie, profites bien de ses leçons : tu t"en trouveras bien dans l’avenir. Aime le bien car il ne peut avoir que de l’amour pour toi. En grandissant, inspire toi de mes conseils, de ma vie que j’ai passée avec toi. Souviens toi que ton père a toujours été franc et juste, qu’il a toujours fait ce qu’il a pu pour rendre service à son semblable, que son cœur a toujours débordé d’amour pour ceux qui l’entourent, qu’il est mort pour ceux qui l’aimait et que son souvenir restera longtemps gravé chez ceux qui souffrent. Un dernier et ultime conseil : inspire toi, ma mignonne, que le seul but de la vie est de ne pas faire de mal à son semblable. En dehors de cela , chacun doit être libre de faire ce qu’il veut ; laisse faire ; laisse dire ; donne un but à ta vie : le bonheur de l’humanité. Travaille à ce que ceux qui peuvent entendre ta parole et suivre tes exemples, se joignent à toi ; alors ta vie sera bien remplie, tu quittera la vie avec la même satisfaction que ton père en mourant pur ceux qu’on peut appeler : les damnés e l’enfer social. Mille baisers, ma fille chérie, de celui qui t’adore jusqu’à son dernier soupir" (cf. Le Libertaire, 1er septembre 1922).

A l’occasion du deuxième anniversaire de l’exécution à laquelle il avait assisté Place de la Roquette, Sébastien Faure écrivait : "...Je revoyais celui que j’avais connu cinq ou six ans auparavant : intelligence ouvert, cœur chaud, volonté d’acier il était de complexion robuste et nerveuse ; ses déterminations étaient promptes, vives étaient ses affections, aussi fortes ses haines....Il avait tâté de tous les métiers et de tous les climats. Nulle part il n’avait trouvé une patrie, un coin de terre où il connut le bonheur, le bien-être....". Puis après avoir rappelé les dernières paroles de Vaillant, il ajoutait " Moi c’était la première fois que j’assistais à une exécution et, au lieu de sentir dans mon cœur de la pitié pour l’ami qui venait de disparaître, au lieu d’éprouver quelque horreur de cette ignoble scène, je fus gonflé d’un immense et légitime orgueil...Je n’avais vu qu le libertaire tombant sur l’échafaud comme le guerrier sur un champ de bataille.Je rapportas tout à la cause. Je suis bien sûr qu’à cette minute suprême Vaillant n’a pensé qu’à Elle, et je me disais ,Faut il qu’elle soit puissante cette idée pour que, au seuil de la mort, on la clame d’un verbe si retentissant !...Et je me sentais fier d’être anarchiste...." (cf. Le Libertaire, 1er février 1896).

Contrairement aux actes de propagande par le fait qui l’avaient précédé, l’attentat de Vaillant fut approuvé sans réserve dans le milieu anarchiste. Il n’avait ni volé, ni tué et s’était attaqué à un parlement discrédité par le scandale de Panama. Certains socialistes s’élevèrent contre l’attentat et Guesde déclara dans Le Journal du 10 décembre 1893 : « C’est l’acte d’un fou. Ceux qui font cela ne sont plus hors la loi, ils sont hors de l’humanité [...]. Le socialisme ne triomphera que par le droit et la volonté pacifiquement exprimée de tous les peuples. », mais Séverine, dans le même numéro du Journal, répétait les mots qu’elle avait eu sept ans plus tôt pour l’illégaliste Duval : « Avec les pauvres, toujours — malgré leurs erreurs, malgré leurs fautes, malgré leurs crimes  ».

La question s’est posée de savoir si Vaillant avait vraiment agi seul ou s’il avait été manipulé par des agents provocateurs. En effet, cette bombe, qui ne fit aucune victime sérieuse, permit de faire voter fort opportunément les lois dites scélérates qui prohibaient toute propagande révolutionnaire, anarchiste ou non, à un moment où de nombreux cadres politiques dirigeants de la IIIe République se trouvaient discrédités par les scandales de Panama. A plusieurs reprises, des rapports parvenus à la Sûreté avaient mis en garde contre des projets d’attentat visant la Chambre sans qu’aucune mesure de protection efficace ne fût déployée. Rien ne permet cependant d’affirmer qu’il y eut provocation, tout au plus une certaine incurie des services de police.

Début 1897 Le Père Peinard et Les Temps Nouveaux relayaient un appel pour venir en aide à sa compagne Marie Rémond qui demeurait 24 rue Berzélius à Paris et se trouvait « dans une situation précaire  ».

Œuvre : Selon Nettlau (Die erste Blütezeit der Anarchie, 1981, p. 293) : un poème publié dans la Revue libertaire, 15 décembre 1893 — "Mes derniers jours de liberté", Le Figaro, 21 juillet 1894.


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