Dictionnaire international des militants anarchistes
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BROUSSOULOUX, François, Jean-Baptiste “{PINTELON”, "AMON", “Henri ROUARD”, “Paul VIOCHOT”, “Louis l’Algérien”, Ferrand d’Haize"
Né à Alger le 9 juillet 1863 - mort le 30 juillet 1941 - Cafetier ; docker ; voyageur de commerce - CGT - Alger - Marseille (Bouches-du-Rhône) - Lyon (Rhône) - Saint-Étienne (Loire) - Cherbourg (Manche) - Paris - Brest (Finistère) - La Ciotat (?)
Article mis en ligne le 7 décembre 2006
dernière modification le 20 mai 2024

par R.D.

Jean-Baptiste Broussouloux, fils d’Antoine et de Marie Chambret, s’était engagé volontaire pour un an le 24 avril 1882 à Alger. Il fut déclaré insoumis le 26 novembre 1886 pour ne s’être pas présenté à une période de vingt-huit jours ; le 20 mars 1888 il s’était présenté volontairement et avait été condamné le 27 avril 1888 à un mois de prison par le conseil de guerre d’Alger, puis, à sa libération, incorporé au 1er régiment de zouaves dont il aurait été libéré en octobre 1889.

En 1890, Broussouloux exploitait un café à Alger, quartier Mustapha. Il vendit son café et se rendit à Marseille. Quand il fut sans argent, il travailla aux docks puis, en 1892, se rendit à Lyon où le 3 juillet il avait été arrêté pour "vagabondage", puis à Saint-Étienne. Conférencier, il était lié aux milieux anarchistes notamment à Saint Etienne, Terrenoire, Saint Chamond et Roanne et se faisiat appeler Ferdinand Amon. Après semble-t-il une condamnation, il se réfugia à Barcelone où en janvier 1893 il se faisait adresser son courrier au siège du journal El Productor. Il avait semble-t-il ensuite gagné la Suisse avanat de revenir en France.

Broussouloux vivait maritalement avec Eugénie, Alexandrine Marie Stephanie Jacob (née à Besançon le 1er mai 1868, morte à Marseille en 1892) dont il avait un garçon Gaston (né en février 1890 à Sidi Moussa, décédé au front en septembre 1914). Par la suite Broussouloux avait vécu avec la couturière Camille Mallein dont il aura trois enfants : Jean (1902), André (1908) et Marguerite (1914). Au début des années 1900 deux de ses enfants avaient été placés par l’assistance publique à l’hospice de la Charité à Marseille. Le 13 mars 1917 Broussouloux avait épousé à Paris Camille Mallein qui était alors gravement malade et hospitalisée (elle décédera en 1977).

Selon un rapport de police, Henri Rouard (né le 16 juin 1867 en Loire-Inférieure), hébergé chez S. Lepalier, était devenu depuis début 1893, le diffuseur local du Père Peinard parvenant “à en porter le débit jusqu’à 1200 exemplaires” et menant une grande agitation auprès des ouvriers de l’Arsenal et des soldats (cf. Arc. Nat. BB 186451). Lors des élections législatives du 20 août 1893 il avait été candidat à Cherbourg et avait recueilli 103 voix. En septembre, il fut condamné par défaut avec Delalé du Père Peinard, par la cour d’assises de la Manche siégeant à Coutances, à deux ans de prison pour "faux en écritures publiques" (candidature aux élections et déclaration de colportage du Père Peinard, détenu à la prison de Saint Lo dont il avait été libéré après avoir subu la moitié de sa peine et et avait quitté Cherbourg. Il s’agissait en fait de Broussouloux qui utilisait le nom de Rouard comme pseudonyme.

Le 21 novembre 1893, suite à une perquisition chez un certain Paul, Louis, Maximilien Viochot (né à Paris le 3 octobre 1860 ?) qui faisait des conférences dans la région de Chalon-sur-Saône, la police soupçonna qu’il y avait identité avec Broussouloux. Viochot avait également été signalé comme vendeur du Père Peinard à Besançon de septembre à octobre 1893.

En 1894 il utilisait l’identité du compagnon belge Ferdinand Pintelon, ce qui valut à ce dernier d’être l’objet le 7 juin 1893 d’un arrêté d’expulsion de France, notifié en mars 1894, puis rapporté en avril 1896 après que la police ait découvert la supercherie.

En 1896, Broussouloux, qui avait quitté Cherbourg, habitait Paris, 5, rue Sainte-Isaure et aurait travaillé comme livreur en voiture. A l’occasion des élections municipales de mai 1896, il fut l’auteur d’un manifeste abstentionniste. Il participa, en septembre, au VIIIe congrès national corporatif — 2e de la CGT — tenu à Tours (Indre-et-Loire) et devint membre du comité de la grève générale. Selon un rapport de police, il était d’une “intelligence au-dessus de la moyenne” ; après avoir préconisé l’emploi de moyens violents, il se déclarait en faveur d’une “propagande intellectuelle”.

A l’été 1896 il aurait quitté son poste de garçon de magasin pour être employé comme administrateur du quotidien La Clameur lancé par Pouget et Pelloutier, mais qui finalement ne paraîtra pas. A cette même époque il fit une tournée de conférences dans l’ouest (Rennes, Brest, Le Havre, Angers, Sait Nazaire e Nantes entre autres).
En juillet 1896 il aurait été délégué, - peut être des ouvriers ardoisiers de Tréllazé - au congrès socialiste international de Londres.

Il semblerait qu’entre 1896 et 1899, Broussouloux aut donné bon nombre de conférences à Brest sur divers sujets (le militarisme, le parlementarisme, la crise économique et les moyens d’en finir, les mensonges sociaux, etc.). Dans un rapport de juillet 1896, le commissaire de police le décrivait comme un “phraseux, sans fonds, sans suite dans ses idées… et il est facile de constater qu’il n’a ni instruction, ni éducation”, ajoutant toutefois qu’il avait “beaucoup lu et retenu l’histoire de la révolution française, Chateaubriand, Corneille, Victor Hugo et autres écrivains célèbres”.

A l’automne 1896 il fut une série de conférences dans la région de Saint-Étienne (Saint-Chamond, La Grand-Croix, Saint-Pail en Jarret…). Lors de ses passages à Saint Etinne il avait poour compagne Anna Dumas, la fille du compagnon Alphonse Dumas.
Le 15 octobre 1896, comme plusieurs autres compagnons - Peyronnet, Fauvet, Alphonse Dumas - au 28 rue Saint Jacques à Saint Etienne où il occupait une chambre, il avait été l’obet d’une perquisition où la police avait saisi dans les poches de son veston treize lettres de militants connus (Pouget, Sébastien Faure, Joly…) et des feuilles volantes. En fait il semble que les lettres - concernant essentielement la parition deLa Clameur - avaient été saisies dans les deux valises que Broussouloux avait laissé chez Peyronnet.

Le 16 décembre 1896, alors qu’il était malade et sera hospitalisé plusieurs seamines à l’hospice de Romans, au commissaire venu lui demander son identité il avait répondu qu’il était “autant difficile d’apprendre l’humanité à un commissaire que d’apprendre la musique à un âne”.

Le 17 janvier 1897 à Romans (Drôme) il tenait une conférence à Romans, présidée par Hippolyte Poncin et en présence d’une soixantaine de personnes dont douze femmes. Il y avait notamment dénoncé les socialistes comme “des menteurs et des fumistes”, appelé à la grève générale et au soutien du journal La Clameur. Il avait également déclaré qu’il valait mieux “au lieu de la dynamite explosive se servir de la dynamite intellectuelle ; c’est à dire du livre qui éclaire les esprits et les fait évoluer vers la société future”.

A la mi mars 1897, lors d’une réunion sur les guerres d’Orient et contre le cléricalisme tenue à la salle de la Belle polonaise, rue de la Gaité, il avait été l’un des orateurs - avec entre autres Raubinau et Georges Renard, et outre les sujets traités, avait fait l’apologie des syndicats où l’on avait négligé d’entrer et avait appeler à la grève générale tandis que Renard l’avait réfuté sur ce point et avait fait l’apologie de l’égoïsme, “l’individu lui même devant faire son bonheur et non pas compter sur les autres”. Il était à cette époque rédacteur au Libertaire.

Le 21 mars 1897 il avait présidé à Limoges le banquet tenu par le groupe La Jeunesse libertaire à l’occasion de l’anniversaire de la Commune et qui avait réuni 43 participants.

Au printemps 1897 il avait fait une tourée de conférnces dans l’ouest (Angers, Nantes, Saint Nazaire, Brest…) sur divers thêmes dont Le doigt de Dieu et l’incendie du Bazar de la Charité.
En mai 1897, lors d’une réunion électorale, il avait notamment déclaré : "Nous sommes des révolutionnairres, nous n’avons pas de candidat, nous prêchons l’abstention, car, comme le disait Rochefort, iln’y a plus rien et personne n’est chargé de l’exécution du présent décret. Nous ne respectons rien, pas même la propriété individuelle. Il ne faut plus d’autorité. Place au peuple et à l’humanité…Je méprise, je hais les bourgeois et j’emmerde l’autorité, voilà pourquoi je suis anarchiste". (cf. rapport de poice, mai 1897)

Dans un autre rapport sur une réunion tenue vraisemblablement en juillet 1897 dans un café du quartier Saint-Martin à Brest, il était mentionné que “l’anarchiste Broussouloux et ses amis au nombre d’une trentaine ont récité des monologues et chanté des chansons de circonstance, entre autres "Ravachol sera vengé", "Les bourgeois", "Plus de maîtres", "La Crapule", "Plus de frontières", "La révolte"."

Le 11 septembre 1897, aux cotés notamment de Louise Michel, il avait été l’un des orateurs du meeting en faveur des Martyrs de Montjuich, tenu la salle Crest et auquel avaient assisté environ 200 personnes. Après avoir manifesté sa solidarité avec les compagnons espagnols et avoir également protesté contre l’augmentation du prix du pain, il avait assuré que “malgré toutes les lois scélérates qui pourront être faites pour anéantir les anarchistes, ceux ci existeront toujours et ils ne pardonneront jamais l’application de ces lois”. Quelques jours plus tard, toujours avec Louise Michel, il tentait de tenir le même meeting à Bruxelles où la police dispersait la foule et les arrêtaient tous deux avant de les reconduire à la frontière.

A cette époque il était également le principal animateur du groupe La solidarité des trimardeurs qui organisait réunions et soirées notamment au café André, 42 rue Balgny.

En janvier 1898, avec notamment Matha, Faure, Tortelier, Henri Dhorr et Louise Michel, il fut au nombre de ceux qui prirent la parole pour protester contre le huis clos prononcé dans l’affaire Dreyfus (voir Portfolio).

Le 18 juillet 1898 il avait été arrêté à Versailles et condamné le 21 à 8 jours de prison pour "otrages à agents".

Un signalement policier de décembre 1898 précisait qu’il mesurait "1m61, cheveux châtains,…yeux bleus ardoise, myope…teint basané, medius de la main gauche amputé à la 3è phalange".

Le 12 février 1899, il avait été l’orateur de la conférence sur Dreyfus tenue à la salle de Venise de Roanne à laquelle avaient assisté environ 150 personnes.

Enfin un rapport du 27 juin 1899 précise que le “citoyen Broussouloux continue sa campagne d’agitation et de trouble. Hier soir il a provoqué une manifestation tumultueuse” suite à l’annulation d’une réunion ayant pour thème "Le sabre, le goupillon, la boue et le sang". C’est à la suite de cette manifestation que Paul Gosselin, directeur du Pére Peinard et ami de Broussouloux, fut poursuivi et condamné à 25 F. d’amende. L’été 1899 il participait à la campagne menée par Le Journal du Peuple en faveur de Dreyfus et était l’orateur de plusieurs réunions notamment en Saône et Loire, les Bouches du Rhône et la région.

Début 1900 il aurait été nommé secrétaire du groupe anticlérical qui se réunissait à La Garenne-Colombes (Seine), 14 rue de Courbevoie, formé à l’instigation de la Ligue des droits de l’homme et dont le secrétaire était un certain Bobillier.
Lors de la révision de 1900-1901, il avait été maintenu sur les listes d’anarchistes du département d la Seine.

Au printemps 1905 il faisait une tournée de conférences dans le sud de la France (Marseille, Toulon…).

A l’automne 1908 i avait quitté son domicile du 3 rue Ganneron pour une destination inonnue.

En février 1912 il avait été rayé du Carnet B de la Seine.

En 1914, suite à la formation en mai d’un Comité provisoire pour la révision de son procès (de 1895), Broussouloux, qui était alors voyageur de commerce, avait remis en août le montant des souscriptions reçus au maire de Cherbourg pour qu’elles soient distribuées aux famillles nécessiteuses (cf. Lettre à Almereyda, 11 août 1914, in Le Bonnet rouge). Lors des réunions publiques enues par ce comité, Broussouloux critiqua vivement la magistrature et la police. Il fut alors candidat auux élections législatives sur une liste socialiste dans le but d’obtenir la révision.

A l’occasion des élections législatives du printemps 1928, avait été formé à Cherbourg un Comité poir la révision du procès de Broussouloux pour lequel il fut l’orateur de plusieurs meetings et candidat socialiste.

Pourrait il avoir identité avec Broussoulou (sic), signalé comme vieux militant de Saint-Étienne, qui s’était retiré à La Ciotat où en 1936 il appartenait encore à un groupe anarchiste ?

Broussououx est décédé à Alger le 30 juillet 1941.


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