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Dictionnaire international des militants anarchistes
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ETIEVANT, Claude, François, Georges
Né le 8 juin 1865 à Paris 17ème – mort au bagne le 6 février 1900 - Ouvrier typographe - Paris – Cayenne
Article mis en ligne le 5 avril 2007
Dernière modification le 7 décembre 2019

par R.D.
Etievant (L’Illustration, 1898)

Georges Etiévant, dont le père Jean-Baptiste était comptable et la mère Victorine, Rosalie Le Boulanger, mère au foyer, devançant l’appel, s’était engagé pour cinq ans le 13 juin 1883 et effectua son service en Algèrie au 2ème Régiment de Zouaves. Libéré en 1888, il était revenu en métropole où il aurait travaillé comme ouvrier typographe à l’imprimerie Paul Dupont à Clichy.

Vers 1890 il avait commencé à fréquenter les milieux anarchistes - notamment les réunions du Cercle anarchiste international de la salle Horel - et en 1891 il fut condamné à 50 francs d’amende "pour avoir été surpris, révolver en poche, collant des placards anarchistes". Il professait à cette époque "la plus grande hostilité à l’égard de l’armée. Convoqué à diverses reprises pour des périodes d’instruction, il [avait] toujours négligé de se rendre au régiment ; aussi [avait-il été] porté comme insoumis sur les contrôles du 2ème bureau de recrutement de la Seine" (cf. Le Temps, 21 janvier 1898). C’est à cette même époque qu’il avait monté un groupe dénommé Groupe amical d’études sociales d’Asnières et c’est vraisemblablement au local de ce groupe que, lors d’une perquisition, la police découvrit dans un poêle en fonte des cartouches de dynamite privenant d’un lot dérobé le 15 février 1892 à Soisy-sous-Etioles et dont certaines auraient servies lors des attentats imputés à Ravachol.

Inculpé de recel, Georges Etiévant fut poursuivi le 25 juillet 1892 aux Assises de Versailles, avec Faugoux, Chevenet et Drouhet, et fut condamné à cinq ans de prison. Lors de ce procès il fit une déclaration de défense qui sera reproduite et traduite à plusieurs reprises sous des titres différents — Défense de G. Etiévant aux assises de Versailles ; Défense d’Etiévant que les juges de Versailles ont refusé d’entendre (publié par le journal Le Pot à colle) ; Légitimation des actes de révolte (Roubaix) ; Un anarchiste devant les tribunaux ( Paris n Ed. La Révolte, Bruxelles, Publications de la bibliothèque des Temps Nouveaux, 1895) etc.

Après avoir purgé sa peine à la prison de Clairvaux (Le Temps, 20 janvier 1898) et à la centrale de Poissy (Le Figaro, 20 janvier 1898), Etiévant collabora au Libertaire dont il aurait été nommé gérant.
Dans une lettre du 7 octobre 1897, adressée à son père, il écrivait : "...Voici le terme qui approche. Je serai obligé de vendre les quelques hardes que j’ai...Ms effets ne tiennent plus, mes chaussures me quittent. Mon cher père, tout cela ne serait rien si mes frères et soeurs de misère voulaient se rendre compte de leur force ! Ils produisent tout et ils n’ont pour leur pârt rien, absolument rien. A quoi donc cela sert-il d’être lâche et de prolonger son agonie de quelques jours..." (cf. Le Libertaire, 29 janvier 1897).

Suite à un article intitulé « le lapin et le chasseur », paru dans le n°103 du Libertaire, il était condamné par contumace en décembre 1897 à trois ans de prison, assorti de relégation. Au même procès avaient été condamnés le gérant du Libertaire Rebut (4 mois), Bouchet (1 mois) et Barrier (2 ans par défaut)

Le 18 janvier 1898, Etiévant, que l’on croyait parti pour la Belgique ou l’Angleterre - selon Le Père Peinard, il était bien allé à Londres, mais ne trouvant pas de travail, était revenu en France - passait chez son ancien logeur qui l’informait avoir reçu pour lui un mandat du juge d’instruction. Dans la nuit du 19 janvier, Etiévant poignardait un planton du poste de police de la rue Berzélius (17ème arr.) et un second agent venu au secours de son collègue. Après avoir été maitrisé et conduit à l’intérieur du commissariat sans avoir été fouillé, il tirait avec son revolver sur un autre agent. Les trois policiers n’avaient été que légèrement blessés. Selon ses déclarations il aurait "choisi des gardiens de la paix pour victimes, parce qu’ils [lui avaient] paru être l’emblème de l’autorité, de l’ordre social qui nous opprime", regrettant de n’avoir pas eu la possibilité de taper plus haut et notamment le juge d’instruction Brutulus. Au juge instructeur il déclara ensuite : "Il est inutile de chercher à m’interroger. Je ne répondrai pas et je ne signerai aucune pièce de l’interrogatoire. Je ne vous reconnais pas le droit de me poser des questions. Si j’ai à causer - et je crois avoir à causer - j’attendrai le jour de ma comparution en Cour d’Assises".

Traduit devant la cour d’assises de la Seine le 15 juin 1898, La Gazette des tribunaux le présentait ainsi : « De taille moyenne, aux traits fins et aux yeux bleus, il a le crâne dénudé et porte la moustache tombante. Ses mains sont longues et fines.  » Lors du procès, Etièvant déclara « Je ne tiens pas à la vie ; elle n’est, pour moi, faite que de misères.  ». Cette nouvelle déclaration fit l’objet d’une publication publiée en 1898 par Les Temps nouveaux sous le titre Un anarchiste devant les tribunaux. Bien que n’ayant tué personne, Georges Etiévant fut condamné à mort. Dans une lettre datée du 25 juin 1898 et adressée à Sébastien Faure, il écrivait : "...J’attends patiemment la fi de mes souffrances qui maintenant ne saurait tarder...Encore un peu de patience et tut sera fini pour moi. Ce n’est pas là un état désagréable, au contraire, car, si l’on y réfléchit bien , la question n’est pas de savoir si je mourrai ou non puisque la chose est évidente, mais bien si je souffrirai longtemps ou non et t’avouerai que la perspective de longues années de souffrance ne me charme nullement...Je te serre cordialement la main et souhaite à tous bon courage". (cf. Le Libertaire, 3 juillet 1898)

Puis, en juillet, la peine fut commuée en travaux forcés à perpétuité. G. Etiévant, qui avait été emprisonné avant le procès à Mazas et à la Conciergerie, puis, après sa condamnation, à la Roquette. Dans une lettre datée de La Roquette (10 juillet 1898) et publiée par Les Temps Nouveaux, il écrivait : " Je vous annonce que ma peine vient d’être commuée et je vous remercie, ainsi que tous les camarades, des douceurs que vous m’avez procurées pendant ma détention...Je pense que vous ne serez pas moins étonné que moi de ma commutation et j’étais loin de m’attendre à pareille chose. Quant à moi, je ne m’en réjouis guère. La perspective du bagne ne me sourit pas du tout ; et il est même probable qu’il aurait été préférable pour moi, comme pour la cause de la liberté humaine, que je fusse exécuté. Mais enfin puisqu’il n’en est rien, je vais chercher à tirer le meilleur parti possible de ma situation. Je verrai bien ce que l’avenir me tient en réserve" (cf. Les Temps Nouveaux, 16 juillet 1898).

G. Etiévant fut envoyé au bagne de Cayenne où il mourut le 6 février 1900 aux îles du Salut.

Dans une réédition en 1904 par Les temps nouveaux de sa première déclaration (affaire des cartouches de dynamite) il était indiqué : "On connait les derniers évènements qui ont amené, à nouveau notre camarade Etiévant sous le coup d’une condamnation à mort. Mort depuis au bagne".


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