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COURTOIS, Auguste « LIARD-COURTOIS »
Né à Calais (Pas-de-Calais) le 19 novembre 1862 - mort en novembre 1918 - peintre décorateur - Paris – Fourmies (Nord) – Bordeaux (Gironde) – Marseille (Bouches-du-Rhône) –Cayenne (Guyane)
Article mis en ligne le 1er février 2007
Dernière modification le 12 avril 2020

par R.D.

« Il avait une figure énergique, finement dessinée, des yeux vifs facilement mouillés de larmes. Il était sensible, sentimental comme une vieille guitare, bon, très serviable, très débrouillard avec un fond de naïveté qui l’empêchait de cacher combien il était fier de ses qualités indéniables. Je m’habituais moins bien à la fierté qu’il tirait de ses relations avec Aristide Briand, son ancien compagnon, déjà passé à l’ennemi" (Francis Jourdain, Sans remords ni rancunes. Souvenirs, 1953, p. 84).

Fils d’ouvriers poitevins, Auguste Courtois dit Liard-Courtois apprit le métier de peintre décorateur et fit son tour de France. Ses compagnons l’avaient surnommé l’avocat, car partout où il se trouvait il revendiquait de meilleures conditions de travail. Il alla en Algérie, en Espagne où il s’affilia à des sociétés secrètes. Libéré du service militaire, qu’il avait accompli dans les chasseurs, il fréquenta les milieux libertaires. Il pourrait s’agir du Courtois qui, en juillet 1887, avait été condamné à 1 mois de prison pour avoir crié dans la rue "A bas les sergots !", peine purgée à la Santé, , était membre du groupe Les Déshérités de Clichy et de la Chambre syndicale des hommes de peine (APpo BA 75).

Il fit son premier discours public au cimetière du Père-Lachaise, à Paris, en 1888, à l’occasion de l’anniversaire de la Commune. C’était dès lors un militant. En 1889 il était membre du Comité de secours aux familles de détenus politiques, dont le secrétaire était B. Morel. Il était l’année suivante, aux cotés de Paul Reclus, Bernhart, Cabot, Duffour, Siguret et Tortelier, le signataire d’un appel à la création d’un quotidien anarchiste, appel paru dans La Révolte (31 août 1890).

S’agit il du Courtois qui, le 8 juin 1890, avait participé à la sortie champêtre au bois de Clamart, organisée par le groupe Le Réveil du XVème et où il avait distribué des exemplaires du Père Peinard et de La Révolte ?

En 1891, il entreprit en province une tournée de propagande en faveur de la grève générale et parla notamment à Angers et à Cholet. Le 14 mars 1891 il avait été l’orateur de la réunion tenue à la salle du Bal des Romains par le groupe anarchiste de Reims pour commémorer la Commune, suivie le 21 mars d’une nouvelle conférence à la Salle Flamant, réunions qui lui valurent d’être inculpé "d’incitation au meurtre et au pillage et de provocation à l’insoumission dans l’armée". À la suite d’une réunion tenue à Nantes par le syndicat des hommes de peine, il fut poursuivi avec notamment Régis Meunier et Victor Cails et fut condamné le 2 juillet à 18 mois de prison et 1000 francs d’amende tandis que Meunier écopait d’une peine de 1 an de prison et 100 francs d’amende et que Cails était condamné par contumace à 2 ans de prison et 1000 francs d’amende.

Commémoration de la Commune à Reims, mars 1891

Le 1er mai 1891, à Fourmies (Nord), la troupe tira sur la foule, tuant neuf personnes. Courtois se rendit à Fourmies : sous un faux nom, il intervint dans les réunions où il se prononça contre les politiciens. Il resta dans la région et y fonda un groupe libertaire La Revanche fourmisienne. Sur le point d’être arrêté, il passa en Belgique. Il fut expulsé peu après. De France, il partit pour l’Angleterre, puis il revint en Belgique. Il retourna dans son pays et résida six mois à Lille chez un ancien gérant du Père Peinard, regagna Paris, puis enfin Bordeaux. Au cours d’un grand meeting organisé dans cette dernière ville le 18 mars 1892 pour célébrer la Commune, il prononça un violent discours qui lui valut d’être poursuivi. Il se réfugia à Marseille et y monta une petite affaire d’exportation sous le nom de Liard et Cie. Le 13 août 1892, il avait été condamné par défaut par la Cour d’assises de la Gironde à 1 an de prison et 100 francs d’amende pour "provocation au meurtre et à l’incendie et injures publiques à l’armée".

Peu après, pour son discours de Bordeaux ; il fut condamné par défaut le 26 janvier 1893 à 1 an de prison pour "excitation au meurtre et au pillage et injures à l’armée". Le parquet de la Gironde l’avait confondu avec Louis Liard, anarchiste décédé au Havre deux ans auparavant. Liard-Courtois ne protesta pas en raison des poursuites antérieures dont il était l’objet. Il se constitua même prisonnier et fut acquitté le 10 mars 1893, il demeura à Bordeaux où il exerça son métier de peintre et où en juin 1893, toujours sous le nom de Louis Liard, il tenta d’organiser un congrès régional anarchiste.. En août 1893, il participa à la grève des ouvriers du bâtiment ; le tribunal correctionnel le condamna, le 22 août 1893, à quatre mois de prison pour entraves à la liberté du travail. La police avait appris qu’il se nommait Auguste Courtois. Libéré le 22 décembre, il signa sa levée d’écrou : Louis Liard « tombant ainsi dans le piège tendu par la police » (F. Jourdain, Sans remords, ni rancunes..... op. cit.). Arrêté le 27 janvier 1894, inculpé de faux en écritures publiques, il comparut devant la cour d’assises de la Gironde le 16 novembre et fut condamné à cinq ans de travaux forcés et à 100 f d’amende. Le 10 mai 1894, suite à son inculpation pour les meetings à Reims en 1891, il avait été condamné à une autre peine de 13 mois de prison et 100 francs d’amende par la Cour d’Assises de Reims.

A l’été 1899 le compagnon Antignac avait recommandé aux compagnons de Paris, la femme de Liard Courtois qui était alors dans une grande misère à Bordeaux avec ses trois enfants.

Libéré le 27 janvier 1899 , il dut résider à Cayenne. Il tenta de s’évader, fut repris ; acquitté, il obtint le 10 décembre 1899 une grâce présidentielle pour les cinq ans de relégation qui lui restaient à subir et embarquait le 4 mars 1900 à destination de la France. En avril 1900, il arrivait au Havre (ou à Saint Nazaire ?). Le 19 mai suivant il participait au meeting tenu à la maison du peuple de Paris en faveur des anarchistes espagnols libérés de Montjuich. Il y raconta comment en novembre 1898, il avait été l’un des derniers à voir Girier Lorion avant son décès au bagne : "Avant de mourir il voulut me voir et malgré l’autorisation qui avait été refusée, je réussi à pénétrer dans sa cellule pour recueillir ses dernières paroles. Il me cria bien fort ses convictions anarchistes et me chargea de dire aux camarades, si j’avais le bonheur de revoir la France, qu’il fallait lutter plus que jamais contre l’institution des bagnes".

Fin 1900, il fut soupçonné avec Tortelier d’entretenir une correspondance clandestine avec les compagnons Cyvoct et Massoubre relégués au bagne de l’île de Nou en Nouvelle Calédonir.

En juillet 1901, il fut condamné à 6 (ou 8) mois de prison à Toulon pour "apologie de crime" lors d’une conférence.

En avril 1902, suite à une conférence donnée à Marseille le 29 mars, il fut une nouvelle fois poursuivi "pour apologie de crime" et incarcéré à la prison Chave avant d’être condamné le 25 mai à 6 mois de prison (cf. Le Libertaire, 25 mai 1902).

A l’été 1906 i fit une tournée de conférences-auditions avec Gaston Couté sur le thème "La chanson sociale d’aujourd’hui" dans les départements du Loiret, Cher et Indre.

Avant la Première Guerre mondiale Liard Courtois collabora à plusieurs titres de la presse libertaire dont Le Libertaire , Génération Consciente (Paris, 1908-1914) d’Eugène Humbert et Régénération (Paris, 1896-1908) qui était l’organe de la Ligue de régénération humaine fondée par Paul Robin.Au printemps 1909, suite à une conférence sur le thème "Ayons peu d’enfants, Pourquoi ?", il avait été condamné à 1 mois de prison et 50 francs d’amende tandis que Humbert était condamné à 2 mois et 500 francs d’amende.

Pendant la guerre, Liard-Courtois « s’était laissé prendre, écrit Loréal (Le Libertaire 11 janvier 1930), aux boniments patriotards de Grave, Malato et tutti quanti », mais il « ne blâmait pas ceux qui luttaient ». Il mourut à Poitiers en novembre 1918 « au moment où il commençait à s’apercevoir du mensonge de la « Guerre du Droit ». Du moins, telle était l’impression que je gardai d’une dernière conversation que j’eus avec lui peu avant sa fin. »

OEUVRE : Souvenirs du bagne, Paris, 1903.


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