Jacques Zuida naquit le 19 juin 1839 à Bischwiller (Bas-Rhin) dans une famille venant de Mannheim et probablement, avant cela, de Hollande. Sa mère se nommait Marie Madelaine Strohl et son père était son homonyme.
Il épousa Louise Exertier, de six ans sa cadette, dans la seconde moitié des années 1860. Il quitta Bischwiller avec sa famille et son épouse, se déplaçant jusqu’à Vienne, où ils s’installèrent et où il retrouva un emploi en tant qu’ouvrier tisseur. Cette trajectoire rappelle celle de la famille Ebersold, originaire de la même ville et suivant le même trajet pour s’installer à Vienne : il est possible que les deux familles se connaissaient et se côtoyaient pendant cette période, avant qu’Auguste Ebersold et Jacques Zuida ne deviennent anarchistes.
Leur (première ?) fille, Louise Anne, naquit en mai 1869 à Vienne, et y mourut le 18 avril 1870 à l’âge de onze mois.
Zuida, qui avait participé à une souscription patriotique en faveur des blessés de l’armée en aout, s’engagea comme volontaire dans un corps franc pendant la guerre franco-prussienne. Il y effectua des missions de reconnaissance derrière les lignes prussiennes.
Leur (deuxième ?) fille, Marie Jeanne, naquit à Vienne pendant la Commune, le 19 avril 1871. Les Zuida (Jacques et d’autres membres de sa famille), optèrent pour la nationalité française en 1872.
Entre 1879 et 1880, il participa à plusieurs listes de souscription dans Le Prolétaire, la majorité en faveur du journal et une pour le trésorier du journal, Maget, atteint d’une maladie des yeux l’ayant rendu aveugle. Dans les premiers rapports de police le concernant, les autorités hésitaient sur ses origines, supposant qu’il était Italien.
Il était en 1880 membre du groupe anarchiste « Les Indignés » de Vienne (Isère) avec Pierre Martin, Fages, et Sala. Un autre groupe parallèle, le « Groupe d’études sociales anarchiste révolutionnaire », existait à la même période à Vienne et comprenait, entre autres, les compagnons Ebersold et Monnet. Les deux groupes paraissent avoir entretenu des relations amicales, voire s’être relativement confondus, et ils écrivirent conjointement une lettre au « Cercle du Panthéon » (Paris) le 20 septembre 1881. Dans cette lettre commune que Zuida et Martin signèrent pour « Les Indignés », les deux groupes cherchaient à se renseigner sur les tenants et aboutissants d’une crise interne au mouvement alors en cours à Paris. Il était à cette époque, aux côtés de Martin, responsable de la correspondance du groupe avec la Fédération révolutionnaire de l’Est et demeurait alors 6 rue Cuvière à Lyon.
En 1882, Zuida collabora au journal Le Droit social, où les Indignés publièrent quelques textes, et où, aux côtés de Martin, E. Monnet, Charles Jourdy, Ebersoldt ou encore Sala, il souscrivit à un revolver d’honneur à l’ouvrier qui imiterait Pierre Fournier (voir ce nom), en procès après avoir tiré sur son patron à Roanne.
À la suite de l’interdiction du Droit social, il continua de correspondre avec L’Étendard révolutionnaire, le journal successeur du premier titre - les deux titres étaient intimement liés à la Fédération révolutionnaire lyonnaise, selon Bordat, et Zuida correspondit avec plusieurs membres de cette Fédération.
La situation à Lyon et dans la région devint de plus en plus instable pendant l’été 1882, avec l’insurrection lancée par la Bande noire à Montceau-les-Mines (15 aout 1882), puis l’attentat de l’Assommoir à Lyon (octobre 1882), chacun de ces événements réagissant à et entraînant de nouvelles vagues de répression. Il fut perquisitionné et arrêté le 7 décembre 1882.
Cette vague répressive culmina en janvier 1883 dans le grand procès des anarchistes, ou procès des soixante-six. Les anarchistes impliqués dans le procès, dont Kropotkine, Bordat, Bernard, Tressaud ou d’autres, furent accusés d’appartenir à l’Internationale reconstituée au congrès de Londres (1881) et ayant adopté un programme de propagande par le fait. Pendant le procès, il répondit aux questions, soutenant qu’il appartenait certes au groupe « Les Indignés », mais qu’il n’entretenait aucun lien ni ne connaissait d’anarchistes dans les villes voisines, ce qui fut difficile à défendre avec la production de lettres signées de sa main à d’autres groupes. Le procureur le questionna sur la raison de sa disparition de Vienne au début d’aout 1882, en même temps que le congrès international de Genève - il soutint au départ être allé rencontrer son cousin à Lyon, mais celui-ci déclarant ne pas l’avoir vu à cette période, Zuida répondit en disant qu’il avait oublié ce qu’il avait fait, c’est-à-dire être resté à Vienne.
Cependant, n’ayant pas participé aux entrevues avec Kropotkine et Reclus, qui étaient venus rendre visite à Martin chacun à leur tour, ses liens potentiels parurent moins évidents. Il reconnut avoir présidé une réunion anarchiste à Vienne faite par des orateurs venus d’ailleurs mais déclara qu’étant donné ses problèmes auditifs, il n’avait pas pu entendre correctement ce qu’ils y avaient dit.
Il fut signataire de la déclaration des anarchistes lue par le compagnon Tressaud lors du procès avec quarante-cinq autres. Lors de sa défense, où il passa en dernier après Martin, Zuida déclara que l’Internationale en question était une organisation qui « n’existait pas », puis il défendit les anarchistes des accusations de lâcheté et d’anti-patriotisme lancées par le procureur en parlant du fait qu’il s’était engagé volontaire pour la France pendant la guerre franco-prussienne, alors qu’il était lui-même Alsacien, terminant cette partie en déclarant :
Si tout le monde avait fait son devoir, monsieur, l’Alsace ne ferait pas, aujourd’hui, partie de la monarchie prussienne.
Il conclut sa défense en soutenant qu’il était « anarchiste hier, aujourd’hui et le serait demain ». Placé dans la deuxième catégorie (sur 7) (Martin fut placé dans la sixième) en termes de culpabilité des charges pour lesquelles ils étaient accusés, Zuida fut condamné en première instance du procès des soixante-six, le 19 janvier 1883, à quinze mois de prison, 200 F d’amende et cinq ans de privation des droits civiques, civils et de famille. Le juge argumenta cette décision en soutenant que les liens entre Martin, Kropotkine et Reclus justifiaient de l’appréciation que « Les Indignés » auraient souscrit au congrès de Londres - sur Zuida précisément, il nota qu’il avait reconnu avoir signé plusieurs notes au Droit social et à l’Étendard révolutionnaire et qu’il avait lui-même admis faire partie de ce groupe.
Il ne fit pas appel de sa condamnation et ne fut donc pas représenté au procès en appel (mars 1883).
Début 1887, Zuida demeurait 8 rue Cuvier et figurait sur une liste d’anarchistes de Vienne où il était qualifié “d’homme d’action”.
Jusqu’en 1893, son nom figurait régulièrement dans les rapports de police de Grenoble et Vienne. À cette époque il tenait un débit de boissons, 47 rue Victor Faugier, où les compagnons de Vienne se retrouvaient.
Le 1er janvier 1894, comme plusieurs militants de Vienne, il fut l’objet d’une perquisition et, en mai, il hébergea le compagnon Ferdinand Plantelin un temps chez lui.
Jacques Zuida mourut le 15 mars 1908 à Lyon (3e).
Dictionnaire international des militant·e·s anarchistes (DIMA)