Dictionnaire international des militants anarchistes
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RULLIERE, Humbert [dit Jean BESSET] “Laurent CASAS" ; "Luis GISBERT”
Né à Lyon le 1er mars1874 - mort le 11 juillet 1933- Mineur - Saint-Étienne (Loire) - Guyane - USA
Article mis en ligne le 24 juin 2009
dernière modification le 14 décembre 2023

par R.D.

Humbert Rullière, dit Jean Besset du nom de ses grands-parents qui l’avaient élevé, était en 1889 membre du groupe anarchiste La Bombe de Saint-Étienne et le secrétaire de la chambre syndicale des ouvriers mineurs de Villars. il aurait été l’auteur de divers articles sur les mines parus dans Le Père Peinard. Il fut ensuite membre du groupe L’Alliance anarchiste qui s’était reconstitué en février 1892 et dont faisaient entre autres partie Crepet, Devaumann, J. Faure, F. Ledin, Pyat, Renard, Ricard, Samuel et Solvery.

Suite à son licenciement le 26 août 1892, il tira le lendemain à quatre reprises sur le chef de chantier sans l’atteindre gravement, avant de prendre la fuite et de passer en Espagne. Dans une lettre adressée à la chambre syndicale des ouvriers mineurs de Villars et publiée par Le Père Peinard, il justifia son geste et terminait par ces mots : " Camarades, je souhaite que vous compreniez que tant que les travailleurs ne s’affirmeront pas et ne se lèveront pas en masse contre leurs exploiteurs, ils seront toujours aussi malheureux. Car quelle que soit la Politique qu’ils suivent, ils seront toujours dupés. La Politique c’est ce qui tient le peuple dans la misère ; la Révolution sociale c’est ce qui l’en sortira ! Camarades, je ne vous dis pas adieu, mais au revoir et crie : Vive l’Émancipaation sociale des travailleurs par les travailleur eux mêmes !”. Il avait alors été condamné à mort par contumace par la cour d’assises de la Loire.

Le 9 avril 1894, il fut arrêté à Cadix (Andalousie) sous le nom de Luis Gisbert, fut transféré à Madrid où il avoua sa véritable identité et fut extradé en France. Le 28 mars 1895 il fut condamné à 8 ans de travaux forcés par la Cour d’assises de la Loire et fut envoyé au bagne de Guyane (matricules 21743 / 8537 / 6580) où il fut notamment l’ami de Liard Courtois.
Vers 1900 il avait bénéficié d’une remise de peine de 1 an et fut libéré en 1901. Engagé chez un négociant de Cayenne, il amassa un petit pécule luii permettant de pouvoir s’embarquer pour les USA.

Arrivé à New York le 4 octobre 1902, Humbert Rullière y travailla comme caviste, plongeur et homme à tout faire, et adopta le pseudonyme de Laurent Casas.
Après New-York, il travailla dans une fonderie à Granite City (Illinois) ; trois mois plus tard, il trouva à s’employer aux travaux de construction de l’exposition universelle à St Louis (Missouri) où il resta jusqu’au mois de mai 1904. Puis il partit à San Francisco.

En 1904, sous le nom de Laurent Casas, il correspondait depuis San Francisco avec Les Temps nouveaux de Jean Grave où il fut notamment l’auteur de la série d’articles Le Trade unionisme et l’esprit du peuple américain. Il était alors membre du groupe Germinal. Il fut témoin du tremblement de terre et du grand incendie d’avril 1906 dont il fit également le récit dans Les Temps nouveaux (26 mai & 2 juin 1906). Il résidait à Oakland et était membre des IWW.

En juin 1907, il partit dans l’Etat de Washington sur un chantier d’abattage du bois et y resta dix mois. Puis il alla pendant deux mois travailler en Colombie britannique, près de Vancouver où les salaires étaient plus élevés. Il revint en Californie et fut employé dans les mines de cuivre du comté de Shasta. En août 1909, il était de retour à San Francisco. Il trouva le 28 août une place de rédacteur en chef dans un nouveau journal en français, L’Echo de l’Ouest, hebdomadaire puis bi-hebdomadaire.

Il imprima à ce journal une ligne éditoriale progressiste, républicaine et patriotique non chauvine, qui lui valut d’être durement pris à partie par les anarchistes francophones de Californie. Ces derniers, qui se sentaient trahis, révélèrent publiquement son passé. Il démissionna alors de l’Écho de l’Ouest et trouva un emploi à San Francisco dans une société qui construisait une ligne de chemin de fer.

Il tenta alors de résoudre sa situation personnelle vis à vis des Etats-Unis, où il désirait obtenir le droit d’asile. Pour ce faire il devait démontrer qu’il avait été simplement condamné pour tentative de meurtre et répudier les théories anarchistes. Dans ce but il rédigea un mémoire, pour obtenir des autorités françaises, la remise de l’obligation de résidence (relégation) en Guyane et fit un courrier en ce sens au ministre de la Justice le 4 janvier 1911.
Il aurait contracté un engagement volontaire dans l’armée canadienne en 1916 et aurait combattu en France jusqu’à l’armistice. Il serait titulaire de la médaille militaire anglaise.

Venu à Paris en janvier 1919, il entra le 31 mars suivant, comme rédacteur à la Revue Mondiale. Il fut congédié le 31 mars 1920 en raison de ses agissements révolutionnaires et syndicalistes dans l’entreprise : le 18 juin 1919, il avait saisi à la gorge le secrétaire général de la revue, lui disant : « Vous êtes un homme de l’ancien temps. Si vous ne vous soumettez pas, je vous ferai votre affaire. »
Il collabora également à la Revue du travail. Il travailla ensuite comme traducteur à L’Annuaire industriel. Il tint une chronique régulière dans les Temps nouveaux jusqu’en juillet 1920.
Le journal La Bataille des 3 juin et 31 octobre 1920 publia, sous la signature de Dumoulin, deux articles réclamant la remise de son interdiction de séjour. Celle-ci lui fut accordée le 4 octobre 1920.
Rullière aurait été élu secrétaire trésorier de la Fédération nationale Unitaire des travailleurs du sous-sol au congrès de Saint-Etienne en 1922. Mais il contesta par la suite, disant qu’il s’agissait d’une homonymie.

En avril 1923, il était compositeur linotypiste à la maison Georges Lemonnier.

Par lettre du 2 janvier 1925, il demanda au préfet de police de Paris d’enquêter sur lui pour démontrer qu’il ne militait plus chez les anarchistes depuis 1909 et que depuis son retour à Paris, "je n’ai cessé de faire une propagande purement anti-révolutionnaire".
Il était alors secrétaire de la 2e section de l’Union nationale des combattants et faisait partie du comité électoral de M. Taittinger dans le 2e arrondissement. De temps en temps, il faisait paraître des articles dans L’Âme gauloise. Il voulait alors lancer une revue L’Entente sociale et recherchait des capitaux dans les milieux du centre et de la droite.

En 1931, il était secrétaire du syndicat unioniste des ouvriers et employés de garage (Union du capital et du travail).

Humber Rullière est décédé le 11 juillet 1933 à l’hôpital de Villejuif.

Il y a sans doute homonymie ou parenté avec les frères Rullière, ouvriers métallurgistes et membres en 1920 du groupe anarchiste de Saint-Étienne.


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