Dictionnaire international des militants anarchistes
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CHARVOZ (ou CHARVOT), Maurice
Né le 12 février 1863 (pu 1865) à Villette dans le canton du Valais (Suisse) — mort le 9 mai 1954 — Marchand chapelier — Suisse
Article mis en ligne le 24 juillet 2023
dernière modification le 12 juillet 2024

par Gianpiero Bottinelli, R.D.
Maurice Charvoz

Novice à l’Abbaye de Saint-Maurice avant de perdre la foi, Maurice Charvoz (parfois orthographié Charvot) entreprit en 1886 des études de sciences à Genève, mais ne les termina que beaucoup plus tard (doctorat en Sorbonne en 1926) ; il aurait voulu devenir médecin.

Il revint dans son village où il se maria le 5 novembre 1888 et tint malgré lui l’épicerie-droguerie, en compagnie de son épouse, tout en lisant beaucoup, en apprenant des langues et en écrivant pour divers journaux. Il eut aussi l’occasion de séjourner à Paris, Lyon et Genève. Il y rencontra d’autres étudiants anarchistes, en particulier Paraskev Stoianoff, et peut-être Max Nettlau. Tous deux, lors de leurs longues excursions en montage, se donnaient rendez-vous chez Charvoz ou y faisaient étape.

C’est probablement Charvoz, ou l’un des frères Michaud, qui fonda à Bagnes un groupe anarchiste en 1893, avec « une quinzaine de paysans » ; l’année suivante, la Sûreté française intègre dans l’État des anarchistes résidant hors de France une vingtaine de noms de personnes résidant dans le village, avec plusieurs fratries. Il fonda aussi la première société de musique, une société de secours mutuels en 1895 et sans doute un groupe de la Libre Pensée. En 1888 déjà, le village comptait 18 personnes « sans confession », chose rare dans un canton très catholique. Par la suite, Charvoz entretint une importante correspondance avec Gustave Brocher, qui séjourna chez lui à plusieurs reprises.
Le 28 août 1894 il avait été l’objet d’un arrêté d’expulsion de France à lui « notifier en cas de découverte ».

Il fut aussi l’un des créateurs en 1908 de l’école libre de Bagnes. « L’éducation religieuse ne tendait à rien de moins, pour lui comme pour Élisée Reclus, qu’à former des centres routiniers et même réactionnaires dans lesquels s’organise, par des redites imbéciles et même par un enseignement pervers, une armée ou du moins une cohue déjà hostile au progrès. » Avec l’instituteur Alphonse Michaud, elle accueillit d’abord des enfants retirés du collège catholique, ainsi que des filles, au grand scandale des ecclésiastiques du lieu. Grâce au soutien de la franc-maçonnerie, cette école put subsister jusqu’en 1943.
Il fut ensuite membre du conseil exécutif de sa commune de 1909 à 1916, et député radical puis socialiste au Grand Conseil du Valais de 1925 à 1933.

 Sa bibliothèque et ses archives ont été déposées aux Archives cantonales du Valais, à Sion. Il y avait réuni notamment « toute une documentation anarchiste, formée surtout de brochures de propagande. Ses auteurs sont alors Michel Bakounine, Sé́bastien Faure, Jean Grave, Pierre Kropotkine (17 titres), André́ Lorulot, Élisée Reclus (7 titres). Dans cette documentation, il faut relever quelques titres anonymes suggestifs : Chansonnier de la Révolution (Genève, 1902), L’Anarchie, Dialogue entre un anarchiste et un autoritaire, Entre paysans, L’Esprit de révolte, Évolution et révolution, La morale anarchiste, etc. ».

ŒUVRE : « L’anarchie en Valais : la vallée de Bagne et les idées nouvelles », Gazette du Valais 1892 — La pensée libre dans l’évolution des peuples, Lugano, Coenobium 1917 — L’école libre du Valais : conférence faite à Vevey le 21 nov. 1908, Martigny, 1909 — La femme : son évolution sociale dans l’humanité, 1910 — La vie du Dr Romeo Manzoni, Lausanne, Libre Pensée, 1912 — Le socialisme : (l’idéal socialiste) : conférence aux socialistes du Valais, Lausanne 192 8 — Cinquantenaire de la première société de secours mutuels de Bagnes : 1897-1947, Martigny, 1947 — Plusieurs autres articles, recueils de poèmes, etc.
Traductions de Romeo Manzoni, sous son nom ou celui de Julius Vindex : Le prêtre dans l’histoire de l’humanité, Genève, 1901 ; Histoire naturelle de l’homme, Genève, Paris, 1902 ; Essais de philosophie positive, Paris, Lausanne, 1908 ; La physiologie des bombes, Ms., 25 p.


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