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LE FLAOUTER Pierre, Marie “FLOTTER" ; "BERNARD”
Né le 18 mars 1884 à Lorient (Morbihan) - mort le 1er juin 1981 - Facteur ; ouvrier du bâtiment ; forain – CGT – Lorient (Morbihan) – Brest (Finistère) - Nantes (Loire-Atlantique)
Article mis en ligne le 25 juin 2012
dernière modification le 26 octobre 2023

par R.D.

Durant son service militaire, Pierre Le Flaouter surnommé Bernard se fit remarquer à plusieurs reprises en tenue d’artilleur à la Bourse du Travail de Lorient (1906-1907) et participa à la création de la Jeunesse syndicaliste. Il était alors fiché comme membre du groupe libertaire de Lorient.
Après sa libération du service militaire, il devint facteur rural à Plourin (Finistère) où il était considéré comme « républicain avancé ».

Vers la fin de 1909, il se fit mettre en disponibilité et entra comme ouvrier auxiliaire à l’Arsenal de Brest et se fixa dans cette ville ; il devint en février 1910 secrétaire du syndicat du Bâtiment et « a fomenté presque toutes les grèves du bâtiment qui ont eu lieu à Brest ces dernières années » (enquête de 1911). Il tenait à cette époque un débit de boissons au 1 rue de la Voute. Toutefois, selon les compagnons de Brest, il s’était discrédité lors d’une grève à laquelle il avait poussé avant de s’embaucher à l’Arsenal pour fabriquer des munitions, puis était parti pour Le Mans.

En février 1913, il était, au Mans, dépositaire de l’Ouest-Eclair. Depuis le 24 mai 1910, il était inscrit au Carnet B. Le 17 mai il avait épousé à Brest Louise Rannou.
D’août 1914 à janvier 1915, il avait été mobilisé à la première compagnie d’ouvriers à Brest. En juillet 1914, sur proposition du Préfet de la Sarthe, il avait été rayé du Carnet B et avait sans doute été recruté comme mouchard.

Le Flaouter, sous le pseudonyme de Flotter, collabora au Libertaire après la guerre.

En mars 1923, Pierre Le Flaouter devint secrétaire du Comité de défense sociale qui se transforma rapidement en Comité général pour l’amnistie. Il quitta cette fonction en décembre 1923.
A cette époque, il tenait au 46 boulevard Beaumarchais, à Paris 11e, une librairie dont le fonds appartenait à sa femme, et était devenu indicateur de police. Son correspondant à la Sûreté était le contrôleur général Lannes, beau-frère de Raymond Poincaré.
C’est alors qu’éclata l’affaire Philippe Daudet.

Le 24 novembre 1923, Le Flaouter reçut dans sa librairie un adolescent se disant anarchiste. Ayant fugué de chez ses parents, il lui dit qu’il venait de la part de Georges Vidal, du Libertaire, et qu’il voulait acheter une arme pour commettre un acte de « propagande par le fait ».
Le Flaouter fournit un revolver à l’adolescent et prévint la police qu’il s’apprêtait à commettre un attentat contre une personnalité – vraisemblablement Poincaré.
Quelques heures plus tard, l’adolescent était retrouvé tué par balle dans un taxi. Le fait divers se transforma en scandale retentissant quand la presse révéla que le mort était Philippe Daudet, fils de Léon Daudet, un des chefs de l’Action française.
L’autopsie conclut au suicide, version contestée aussi bien par L’Action française que par Le Libertaire, qui retinrent une autre hypothèse : Philippe Daudet aurait été la victime d’une bavure policière, après la dénonciation de Le Flaouter, et sa mort aurait été maquillée en suicide. André Colomer accusa Le Flaouter d’être un agent provocateur et un mouchard au service de la police. En décembre 1923, Léon Daudet porta plainte contre X pour homicide volontaire puis, en janvier 1925, nommément contre quatre fonctionnaires de police et contre Le Flaouter. Malgré cela, l’instruction retint la thèse du suicide et aboutit le 30 juillet 1925, à une ordonnance de non-lieu.
En janvier 1924 il avait adressé une missive aux rédacteurs du Libertaire où il écrivait notamment : “Quoique mes idées ne sont pas les vôtres heureusement ! et je ne m’en suis jamais caché, je vous demanderais quand je le jugerais bon de constituer un jury d’honneur pris parmi les camarades avancés de toutes nuances, et je m’expliquerai devant eux. Nous verrons alors, mais alors seulement, si réellement je suis l’ignoble mouchard” (cf. Le Libertaire, 7 janvier 1924).

Le Flaoutr avait publié en 1925, sous sa signature, chez un libraire-éditeur de Treboul (Finistère), un ouvrage de 336 pages intitulé Comment j’ai tué Philippe Daudet.

Entre-temps, Le Flaouter avait été condamné, le 21 janvier 1925, pour outrage aux bonne mœurs : le sous-sol de sa librairie parisienne abritait une collection d’ouvrages et de gravures considérées comme pornographiques, consultable sur place.

En juin 1925, il avait été aussi mêlé à l’affaire dite des chèques de Zalewski (financement du parti communiste par Moscou) et avait été dénoncé par L’Humanité comme u agent provocateur.

Le 11 janvier 1926, sa villa à Treboul en Bretagne avait été détruite par un incendie ainsi que de de nombreux ivres et documents ; selon la presse deux bidons de pétrole avaient été retrouvés près du foyer de l’incendie.

En 1935 il figurait sur une liste d’anarchistes de la Loire-Inférieure où il était noté comme marchand forain demeurant 34 rue du Gué Robert à Nantes.

Lorsqu’il avait quitté Paris en 1925n il avait confié à un ami, Lucien Boudet, une caisse que ce dernier conserva plusieurs années. N’ayant plus de nouvelles depuis logtemps Boudet l’avait ouvert et avait trouvé des pistolets, des brochures et des livres ainsi que des toiles roulées. Etant armurier il vendit les pistolets et exposa les toiles - de Vlaminck et Derain entre autres - dans une galerie ; les toiles ayant été volées en 1920, Boudet fut condamné pourrecel le 2 février 1937 à 6 mois de prison avec sursis lors d’un procès où Le Flaouter n’avait mêmepas été convoqié comme témoin.

Le Flaouter qui fut un temps pâtissier à Douarnenez vers 1927, resta jusqu’à son décès le 1er juin 1981 à Vertou (Loire-Atlantique) en rapport avec l’Alliance ouvrière anarchiste (AOA). May Picqueray, dans Le Réfractaire, écrivait après son décès qu’il « avait emporté son secret sur l’affaire Daudet »


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