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PARAF-JAVAL, Georges, Mathias « PEJI »
Né à Paris le 21 octobre 1858 - mort le 13 mars 1941 - Inspecteur de navigation ; professeur de sciences naturelles ; artiste graveur ; publiciste - Courbevoie (Hauts-de-Seine)
Article mis en ligne le 23 juillet 2013
dernière modification le 11 décembre 2018

par ps
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Georges Paraf-Javal

Georges Paraf-Javal, israélite d’origine alsacienne, fut une figure originale, assez controversée, du mouvement libertaire. Il s’était marié à Londres en 1880 avec Sarah Durdle (née à Londres en 1855) dont il eut quatre enfants don l’aîné Geroges sera tué au front le 15 septembre 1914. Il résida de nombreuses années dans un pavillon dont il était propriétaire au 74 Boulevard Saint-Denis à Courbevoie.

Il fit ses premières armes en prenant une part active à l’Affaire Dreyfus, puis, en 1899, il commença à se faire connaître par ses conférences et ses articles. Il signait alors Péji, des deux premières lettres de son nom composé. D’abord proche du socialisme, il rallia ensuite l’anarchisme individualiste.

En 1900, il fit la connaissance de Libertad auquel le lia durant plusieurs années une exubérante amitié ; il commença alors à fréquenter les milieux anarchistes et y milita activement. Pendant un an il donna des causeries bimensuelles sur le thème « L’organisation du bonheur », au cours desquelles il développait ses théories sur le « transformisme universel ». Paraf-Javal chercha un local approprié ; ce fut le début des Causeries populaires dont le siège fut notamment rue Muller, XVIIIe arr., et cité d’Angoulême, XIe arr. Au début des années 1900 il participa régulièrement aux réunions du groupe Les Iconoclastes du XVIIIème animé par Libertad.

A l’occasion du congrès antiparlementaire international (voir Delesalle) qui devait se tenir à Paris en septembre 1900 et qui fut finalement interdit, il avait été l’auteur du rapport "Les Droits de l’homme" qui fut publié dans le Supplément littéraire des Temps Nouveaux (n°30).

Paraf-Javal se dépensait en conférences et ses brochures étaient largement diffusées. En 1902, il figura parmi les fondateurs d’une colonie anarchiste. Avec E. Armand, Zisly, M. Kugel, F. Prost, G. Deherme, etc., il constitua même une société pour la création et le développement d’un « Milieu libre ». En décembre de la même année, il fonda avec H. Beylie, Libertad, Janvion et Yvetot la Ligue antimilitariste. Paraf-Javal et Libertad, qui ne préconisaient que la désertion, abandonnèrent la Ligue après le congrès antimilitariste d’Amsterdam de juin 1904.

Pendant toute cette période, Paraf-Javal collabora à certains journaux anarchistes notamment au Libertaire et aux Temps Nouveaux. De 1899 à 1907, il représenta le courant antisyndicaliste au Libertaire. Il publia en mars-avril-mai-juin 1904 une série d’articles sur « L’absurdité syndicale et coopérative ». On peut y lire : « Les élections contribuent à la fabrique de l’autorité, c’est-à-dire font durer l’autorité ; les syndicats s’efforcent de rendre moins intolérables les rapports entre patrons et ouvriers, c’est-à-dire font durer le patronat ; les coopératives contribuent à faire concurrence au commerce, c’est-à-dire font durer le commerce. »

Paraf-Javal collabora aussi à l’anarchie, hebdomadaire fondé par Libertad et dont le premier numéro parut le 13 avril 1905 et semble-t-il à la nouvelle série de L’Homme libre (Paris, 1903-1904) publié par E. Girault.

En 1906 il avait été le fondateur avec Courreau du Groupe de la Pensée libre.

En 1907, le 15 mars, Paraf fit paraître à Lille le journal L’Entraide qui n’eut, semble-t-il, qu’un numéro (cf. Arch. Dép. Nord RM 4 175/3).

Mais les relations allaient se dégrader après la mort de Libertad et ce fut bientôt la rupture. Paraf quitta les Causeries populaires pour fonder en 1908 avec quelques camarades – dont Courreau - le Groupe d’Études scientifiques  » (GES) remplaçant l’ancien Groupe de la Pensée libre. Début 1908, il publia la brochure L’évolution d’un groupe sous une influence mauvaise entièrement dirigée contre Les Causeries populaires en général et Libertad en particulier. De véritables bagarres éclatèrent entre les deux groupes rivaux, notamment le 8 mai 1910 lorsque Paraf Javal accompagné par ses deux fils et une dizaine de compagnons dont Dubois, Duflou et les frères Philippe et Louis Sagnol, avait tenté de récupérer le matériel d’imprimerie des Causeries populaires et au cours de laquelle Louis Sagnol fut mortellement blessé. Cet état de choses dura jusqu’à la disparition des Causeries populaires. Le groupe se réunissait alors dans un local rue Clément où le compagnon Lagrandanne couchait dans un réduit soigneusement dissimulé.

Le 1er octobre 1909, le GES s’installa, 14, rue Blomet, dans le XVe arr. Un bulletin imprimé bimensuel , Bulletin du groupe d’études scientifiques (Paris) fut publié, dont le premier numéro parut le 15 juin 1910 avec Philippe Sagnol comme gérant. Ce bulletin dura jusqu’en avril 1919 (numéro 92). Y furent publiés des extraits de brochures de Paraf-Javal. La partie propagande était consacrée au « nettoyage », en vue d’éliminer les faux anarchistes, à savoir, entre autres, Libertad, Lorulot, Mauricius, E. Giraud, J. Grave, Matha, du Libertaire, Hervé... Ceux-ci, bien sûr, ne manquèrent pas de répliquer. il y publia notamment les textes Evolution d’un groupe sous une influence mauvaise : les causeries populaires et le journal l’anarchie sous l’influence de Libertad (à partir du n°1) puis Mœurs de faux anarchistes (à partir du n°10) à propos de Lorulot.

Ce fut vers les années 1910 que Paraf-Javal aurait adhéré à la Franc-Maçonnerie. La plupart des membres du GES se firent aussi initier et furent ainsi majoritaires dans une loge de Paris La Montagne, dont Paraf-Javal allait devenir Vénérable Maître. Il créa un petit journal, L’Ami de la Vérité (Paris, 10 numéros, 15 avril 1913- janvier 1914) dont les responsables étaient B. Compan et Maurice Duflou et créé pour assurer la défense du capitaine Henri Marx, rayé des cadres de l’armée le 21 septembre 1912 et présenté comme un nouveau Dreyfus. . Toutefois selon un rapport de police, il aurait été membre de la loge Les Rénovateurs depuis 1900 et aurait été exclu en 1909 de la Maçonnerie pour « théories subversives et antimilitarisme ».

Après la Première Guerre mondiale, Paraf-Javal prit la succession de son fils aîné, tué à la guerre, à la librairie Mathias, 7, rue de Maubeuge, et recommença ses causeries et conférences, organisées en commun par la loge La Montagne et le GES. Il publia alors de nouveau quelques numéros du Bulletin du groupe d’études scientifiques (Paris, 1925-1926).

Vers les années 1930, Paraf-Javal constitua une nouvelle organisation maçonnique : La Grande Loge de France, Franc-Maçonnerie Universelle Rénovée, qui publia, en mars 1932, en commun avec le GES, un manifeste au monde. Ce manifeste, qui reprend les idées essentielles de Paraf-Javal, peut être résumé ainsi :

I. — Il faut apprendre à distinguer les besoins naturels des besoins factices (perversions). Les premiers doivent être satisfaits, les seconds éliminés.

2. — Ces besoins naturels rationnellement classés par Paraf-Javal sont : besoin de nutrition ; besoin alternatif de mouvement et de repos ; besoin de protection contre l’ambiance ; besoins sexuels ; besoins intellectuels et moraux ; besoins artistiques ; besoins sociaux et affectifs.

3. — Pour satisfaire ces besoins naturels, il suffit alors de déterminer les mouvements bons (ceux qui correspondent à la satisfaction des besoins naturels) et écarter, éliminer les mouvements mauvais (ceux qui empêchent cette satisfaction). Pour Paraf-Javal, seul l’anarchisme « scientifique » qui découle de ce qui précède (classement rationnel des besoins naturels et pratique des « mouvements bons » pour les satisfaire) est valable, c’est pourquoi tous les autres groupements doivent être supprimés et remplacés par des GES.

Les jugements portés sur Paraf-Javal par les anarchistes furent assez divers. Victor Meric le qualifia « d’intéressant loufoque ». Quant à Jean Grave, il écrivait à son sujet : « Était-il détraqué ? Jouait-il à l’être ? Je pencherai pour la dernière hypothèse... »

G. Paraf-javal est décédé à Montluçon (Allier) le 13 mars 1941.

Oeuvre : Se reporter à Jean Maitn, Histoire du Mouvement anarchiste... op. cit.., et à René Bianco, CIRA, n° 21, pp. 22-24.

P.S. :

Sources : : Arch. PPo., répertoire A-Z, affaire Caby (décembre 1911). — Jean Maitron, Histoire du Mouvement anarchiste... op. cit.. — René Bianco, CIRA, bulletin n° 21, automne 1970. — J. Polet, L’anarchisme dans le département du Nord, 1880-1914, DES Lille, 1967. — L Campion, Les Anarchistes dans la Franc-Maçonnerie, Marseille, 1969 = Notice de J. Maitron in « Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier… », op. cit.//J. Grave "Quarante ans de propagande...", op. cit.// CAC Fontainebleau 1994 0440 357 // Notes D. Dupuy// R. Bianco "Un siècle de presse anarchiste...", op. cit.// Arc. Nat. F7/12723, 19940494 art.54, L’Homme libre // APpo BA 1499, BA 1508 // Supplément littéraire des Temps Nouveaux, n°30, 17 novembre 1900 //

Iconogr. : : Bulletin du CIRA, Marseille, n° 21, op. cit..


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