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Dictionnaire international des militants anarchistes
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ROUSSENQ, Paul Henri L’INCO
Né à Saint Gilles (Gard) le 18 septembre 1885 - se suicide le 3 août 1949 - colporteur - Cayenne (Guyane) & Nîmes (Gard)
Article mis en ligne le 20 janvier 2007
Dernière modification le 22 juin 2018

par Daniel VIDAL, R.D.

Paul Henri Roussenq est né le 18 septembre 1885, rue du Puit de Paty à Saint Gilles, dans le Gard (France). A seize ans, il quitte ses parents, et vit d’expédients tout en faisant la route. Il subit une condamnation le 6 septembre 1901 à Aix en Provence. Par la suite, il est condamné à Chambéry à trois mois de prison pour vagabondage. Il est de nouveau traduit en justice à Chambéry le 5 mars 1903. Il a dix huit ans. Au cours de la plaidoierie de l’avocat général Orsat, le jeune homme lui jettera un crouton de pain au visage et refusera de s’excuser. La sanction est dure : cinq ans de prison ferme qu’il purgera à Clairvaux, dans l’Aube.

Il est ensuite incorporé le 8 octobre 1907 au 5ème Bataillon d’Afrique (matricule 6470). Plus tard, Roussenq écrira à propos des Bats’d’Af. " La vie des casernes est bien la plus abrutissante qui soit sous la calotte des cieux (...) Les soldats n’y sont que des machines à obéir". En purgeant une punition, le jeune homme de 22 ans met le feu à son treillis ; le 5 mai 1908, le tribunal militaire le condamne pour -notamment "tentative d’incendie volontaire d’un batiment appartenant à l’armée à 15 ans d’interdiction de séjour et 20 ans de bagne.

Paul Roussenq

Roussenq débarque en Guyane le 13 janvier 1909 et ne reviendra en France que le 16 janvier 1933. En passant 25 ans de sa vie dans l’enfer du bagne, il marquera l’histoire de Cayenne, comme beaucoup d’autres anarchistes, du reste. Mais Paul Roussenq, baptisé L’Inco (L’incorrigible), est le champion des jours de cachot (3779 jours infligés, soit près de onze ans). Provoquant les gardes chiourmes de l’Administration Pénitentiaire), se montrant volontiers solidaire de ses compagnons d’infortune, il écrivit des dizaines de lettres de dénonciations des actes cruels commis par les gardiens sur les déportés. Ses lettres s’adressaient au commandant du bagne. Certains d’entre eux comme Jarry, dans leurs livres de souvenirs, évoqueront la mémoire et les actions de Roussenq. Le journaliste Albert Londres, qui l’avait rencontré au bagne lors de son enquête, consacra un chapitre entier à Roussenq, "L’as des révoltés", dans son livre "Au bagne" (1932). La misère, les maltraitances, le cachot et la dénutrition ébranleront notre homme.

En France, des campagnes de presse s’organisent pour dénoncer le scandale des bagnes. L’exemple de Roussenq est souvent abordé pour illustrer la cruauté des conditions de vie. Des mobilisations politiques (surtout communistes) populariseront "le cas Roussenq". Conformément au règlement, il est libéré en 1929, mais interdit de séjour, il est obligé de résider à Saint Laurent du Maroni, le mouroir des détenus libérés. Il est finalement amnistié en 1932.

A son retour en France, en 1933, il entame une tournée de conférences en France, sous la houlette du Parti communiste et de ses satellites. Il y décrira ce qu’il a vécu ; puis il sera délégué par le Secours rouge pour aller visiter l’URSS ; ce séjour de quatre mois (août à novembre 1933) dans la "patrie du socialisme" sera aussi l’occasion d’écrire une brochure, à la demande des partisans français du socialisme soviétique. Cette brochure, qui sera partiellement censurée, fera l’objet d’une rupture et d’une critique acerbe de l’auteur même, dans les colonnes du numéro 5 (septembre 1934) du journal anarchiste imprimé à Nîmes, Terre Libre (65 numéros entre mai 1934 et juin 1939). Ce journal, qui connut jusqu’à dix éditions régionales - dont une édition en allemand Freie Erde publié à Strasbourg - était réalisé à l’imprimerie coopérative La laborieuse, rue Emile Jamais. Son principal artisan était le groupe anarchiste nimois qui comptait alors André Prudhommeaux dans ses rangs.

Dans le numéro 12 (avril 1935) Roussenq publiait sous le titre <Un libertaire en URSS ses notes de voyage où l’on pouvait lire : Nous ne sommes pas nous autres libertaires, contre le prolétariat soviétique, mais contre les mauvais bergers qui le dirigent. Nous devons lutter contre le fascisme international, avec les groupements ouvriers, sur le terrain de l’action, sans rien abdiquer de nos principes et sans jouer le rôle de dupes. Roussenq entama ensuite une autre série de conférences sur l’URSS, organisée par les groupes anarchistes de la région gardoise (Nîmes, Alès, Beaucaire, Aimargues) regroupés au sein de l’Alliance libre des anarchistes de la région du midi (ALARM). Il devint gérant du journal Terre Libre de 1934 à 1936 où la publication était transférée à Paris. Puis il reprit une activité itinérante de colporteur.

Suspect sous le régime de Vichy, il connut à nouveau la prison et fut interné dans les camps de Sisteron (Alpes-de-Haute Provence) et de Fort Barreau (Isère). A la libération il reprenait le colportage dans le sud-ouest. Resté en liaison avec les anarchistes du Gard, c’est l’un d’entre eux, Elysée Perrier, du groupe anarchiste d’Aimargues, qui aura le triste privilège de chroniquer le suicide de son ami dans le Libertaire du 19 août 1949 où il citait sa dernière lettre : Mon cher Elisée, Je suis à bout. A Bayonne, il y a une belle rivière où, ce soir même, j’irai chercher le grand remède à toues les souffrances : la mort. Roussenq, usé, malade, indigent, s’est jeté dans l’Adour, à Bayonne, le 3 août 1949.

Oeuvres : -Vingt-cinq ans de bagne, Ed. du Secours rouge international, s.d., 64 p.

Daniel Vidal