LEBOUCHER, Gustave, Eugène « Edouard" ; "Léon »

Né à Paris le 15 août 1850 – mort le 8 novembre 1909 - Ouvrier cordonnier - Paris
vendredi 14 mars 2008
par  R.D.
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Gustave Leboucher (1894)

Ancien membre du Parti ouvrier dont il fut candidat à Belleville en 1881, Gustave Edouard, Léon Leboucher fut un militant actif du mouvement anarchiste dans les années 1880-1890. Orateur à la « voix éclatante, le geste dramatique, cet homme de petite taille, aux traits réguliers, moustache et barbe mal taillées, portant blouse et foulard, possédait les qualités du tribun. Sa phrase ample, directe retenait l’attention d’un auditoire qu’attirait aussi la violence de ses propos ». Il fut à maintes fois condamné pour vente de journaux anarchistes, cris séditieux provocation à attroupement ou affiliation à une association de malfaiteurs.

Demeurant 37 rue des Couronnes, il avait été au début des années 1880 le trésorier du Comité des amnistiés et non amnistiés du XXème arrondissement.

Il fut en juin 1882 l’un des animateurs avec Raoux de la grève des ouvriers cordonniers à Paris. Licencié à de multiples reprises il exerça divers métiers dont garçon boucher, poseur de stores, vendeur de journaux, etc. et fut souvent au chômage. Il collabora à cette époque au journal Terre et Liberté (Paris, 18 numéros du 25 octobre 1884 au 21 février 1885) dont le gérant était Antoine Rieffel.

Durant l’année 1884, il fut un des principaux protagonistes de l’agitation parmi les chômeurs. Le 23 novembre 1884, il prit la parole au grand meeting des ouvriers sans travail à la salle Lévis, dont la sortie se transforma en émeute (voir Pierre Naudet).
Le dimanche 7 décembre 1884 il participa à un nouveau meeting des ouvriers sans travail, salle Favié, avec Ponchet, Joseph Tortelier, Émile Digeon, Chabert et Daumast. Lors de la formation de la présidence du meeting, une violente dispute surgit entre blanquistes — qui voulaient imposer Vaillant — et anarchistes — qui voulaient imposer Leboucher. On en vint aux mains et, après une demi-heure de bagarre, Leboucher fut désigné comme président de séance et hissé à la tribune. Les anarchistes dominèrent les débats.
Les 22 et 23 janvier 1885, Leboucher comparut, avec d’autres (voir Pierre Naudet), devant les assises de la Seine pour son discours du 23 novembre à la salle Lévis. Il fut condamné à deux mois de prison et à 100 francs d’amende.

Le 7 février 1885 il fut arrêté près de la Bourse du travail pour avoir distribué des tracts invitant les chômeurs à une manifestation place de l’Opéra. Inculpé pour « provocation non suivie d’effet à un attroupement non armé », il comparut le 14 février devant la 8e chambre du Tribunal correctionnel avec Weber, Boiry, Murjas, Launay, Vivier, Ravet, Pierre Martinet, Carnissasso et un Allemand, Albrecht. Pierre Martinet fut condamné à six mois de prison et à cinq ans de surveillance ; Vivier fut condamné à six mois et à 16 francs d’amende pour port d’armes prohibées ; Albrecht fut acquitté ; tous les autres, dont Leboucher, furent condamnés à trois mois de prison.

Début 1887 il avait été, avec notamment Louiche, l’un des fondateurs de la Chambre syndicale des hommes de peine dont le premier appel était paru dans Le Cri du Peuple (28 février 1887) et était ainsi conçu :
"Considérant,
1.Qu’il est urgent pour les travailleurs de se grouper et d’opposer aux forces bourgeoises les forces prolétariennes réunies ; 2. Que pour établir une société égalitaire, les salariés doivent commencer par s’affranchir des préjugés que portent certaines catégories de travailleurs à se croire supérieures à d’autres ; 3. Que tout salarié, quelle que soit sa profession, peine et travaille au profit de la bourgeoisie capitaliste , à laquelle (au détriment de lui même), il fournit rentes et jouissances.
La Chambre syndicale des hommes de peine du département de la Seine invite les travailleurs à adhérer à elle et à lutter énergiquement contre les exploiteurs, oppresseurs et affameurs de toute sorte".
De très nombreux compagnons - dont Murjas, Courtois, Lebolloc, Lucas, Baudelot, Laurens, Pennelier, Duplessis...avaient très vite adhéré à la Chambre qui à la fin décembre 1887 comptait 20 sections à Paris et 2 autres à Montreuil et à Vincennes.

Il aurait également été membre du groupe Ni Dieu, ni maître, fondé vers 1885 et dont faisaient également partie Rollin et Winant. Ce groupe se réunissait parfois passage des Rondonneaux au local du groupe cosmopolite socialiste révolutionnaire indépendant et aussi 47 rue des Amandiers, siège de la Ligue des antipatriotes.

De mai à septembre 1887 il fut interné à Sainte-Anne puis à Bicêtre où les médecins indiquaient « accès d’excitation maniaque en partie conditionnée par l’abus de liqueurs fortes et principalement de l’absinthe ». Dès son internement plusieurs réunions , organisées notamment par Lucas et Thomas, furent organisées pour demander sa libération. Il sortit de Bicêtre, où il avait été transféré, le 17 septembre 1887, et manifesta la volonté de faire campagne contre les conditions terribles faites aux aliénés dans les asiles. Lors d’un meeting avec Louise Michel, le 4 mars 1888 en faveur de Cyvoct et de Gallo dont il fit l’apologie, il avait rappelé les outrages dont il avait été victime à l’asile, comment "on lui avait craché dans la bouche et forcé à manger ses excréments" (APpo BA 75).

En 1888-1889, Leboucher témoigna d’un ferme antiboulangisme. Le 27 mai 1888, il prit la parole au côté d’Édouard Vaillant devant le mur des fédérés, lors de la manifestation qui rassemblait les anarchistes et les blanquistes antiboulangistes (voir Lucas).

À l’époque, il militait toujours au sein de la Chambre syndicale des hommes de peine fondé auparavant avec Louiche qui en avait rédigé les statuts. Au cours d’une réunion tenue le 4 juillet 1888, salle Bourdel, au 236, rue de Belleville, Leboucher précisa le rôle qu’il donnait à cette Chambre syndicale : une association de révolutionnaires toujours prêts à marcher, le terme de syndicat ne devant servir qu’à couvrir l’action anarchiste.

Leboucher fréquenta ensuite le Cercle anarchiste international qui, fondé en 1888, était le principal lieu de rencontre anarchiste à l’époque (voir Alexandre Tennevin). En novembre 1889, il devait y proposer la reconstitution de la Chambre syndicale des hommes de peine, étiolée entre-temps.

Les 1er et 8 septembre 1889, il participa au congrès anarchiste international qui se tint salle du Commerce, à Paris. Il s’y affirma partisan de la théorie du vol défendue par Devertus et parla de la solidarité dans la société future.

En 1890 il fut arrêté préventivement à l’occasion de la manifestation du premier mai.

En 1891 il demeurait 66 Boulevard de la Vilette. Selon le rapport d’un indicateur, en vue de la manifestation du 1er mai, il aurait constitué - avec notamment Vinchon, Jacquet, Bertrand...- un groupe dont l’intention était de "détourner la manifestation en révolte contre la force armée et entraîner la foule au pillage". Le 18 août 1891, après avoir été expulsé d’un meeting au Cirque d’hiver, Leboucher, qui était embre de la Ligue des antipatriotes, avait fait partie d’un groupe d’une vingtaine de compagnons qui avaient agressé le député boulangiste Francis Laur dont ils avaient pris la voiture en chasse ; selon les versions divergentes , un coup de feu avait été tiré - par Leboucher selon les uns, par le député, selon les autres - et avait blessé le cocher. Leboucher avait alors été appréhendé avec le cadet des frères Chenal qui fut libéré après que Leboucher l’ait totalement mis hors de cause. A cette époque il participait également aux soupes-conférences organisées par Martinet et aux conférences organisées par le Groupe parisien de propagande anarchiste (voir Portfolio).

Le 13 février 1892, aux cotés notamment de Tortelier, Martinet, Tresse et Brunet, il fut l’un des orateurs au meeting tenu salle du Commerce devant 1200 socialistes révolutionnaires et anarchistes pour protester contre l’exécution de 4 compagnons espagnols à Xeres.

En mars 1892, lors d’une réunion, il prôna l’alliance des anarchistes et des catholiques ce qui lui valut le lendemain d’être rossé par les vendeurs du Père Peinard qui l’accusèrent d’être un agent provocateur. Le 29 mars, il fut arrêté par la police au sortir de la salle Horel, dans le cadre de la vague d’arrestations préventives opérées par le gouvernement à l’approche du 1er mai, et fut détenu à Mazas. Le 26 avril, il fut cité comme témoin à décharge au procès de Ravachol. Il demeurait alors au 75 Boulevard de La Villette.

Le 11 décembre 1892, aux cotés de Murjas, Vivier, Porret, Brunet et Renard, il avait été l’un des orateurs de la soupe-conférence pour "les meurt-de-faim, va-nu-pieds" tenue salle Favié qui, selon les sources, avait attiré de 500 à 3000 participants. Pendant la distribution des soupes, plusieurs compagnons avaient chanté La Marianne, Le Père Duchesne, La Dynamite, Les Pieds Plats... tandis que les mangeurs applaudissaient en criant "Vive la marmite ! Vive Ravachol ! Vive la soupe ! Vive l’anarchie !". Apostrophant les crève-de faim qui "s’il n’ont rien dans le ventre ils n’ont pas plus dans le cerveau",sinon ils ne seraient pas là à écouter les orateurs, les traitant même de "salops et de vaches", il avait ajouté : "Ce qu’il faut que vous fassiez, c’est la révolution et alors vous n’aurez plus besoin de venir faire la queue pour une misérable gamelle". ,

En 1893, il alla combattre à Amiens la candidature antisémite de Drumont.

Le 3 juin 1893, aux cotés notamment de Jacques Prolo, il avait été l’un des orateurs du meeting tenu salle du commerce pour protester contre la condamnation à mort de Jean Baptiste Foret. Il s’y était plant notamment que l’assistance publique refusait de venir en aide à sa femme infirme et que la police, lors de sa dernière arrestation, lui avait "volé" son révolver.

Emprisonné le 7 mars 1894 au moment des attentats anarchistes, il fut libéré dans la première quinzaine de mai.

A cette époque il aurait été employé au journal L’Intransigeant. Le 4 juillet 1895, alertée par le voisinage, la police vint arrêter Leboucher qui était en train de rouer de coups sa compagne. Après une violente bagarre, le forcené fut maîtrisé et emmené au dépôt. Il habitait alors au 25, rue du Pressoir, à Paris 20e. Suite à cela il fut condamné à un mois de prison.

Cette même année 1895, Leboucher rejoignit le « parti individualiste » naissant et, en décembre, organisa avec Pierre Martinet et Eugène Renard une réunion publique sur « la vérité de l’individualisme et l’hypocrisie de la solidarité » et « les heureuses conséquences que produiraient pour tous, dans un milieu de liberté, les actions accomplies par chacun, pour soi-même ».

Le 3 janvier 1897, avec plusieurs autres compagnons dont Pouget, Prost, Musch, Sandrin et quelques espagnols et italiens, il avait participé à une manifestation sur la tombe d’A. Blanqui au cimetière du Père Lachaise.

Le 6 mai 1899, lors d’une réunion publique de F. Prost à la salle Delapierre, rue de Charenton, il s’était attaqué à Sébastien Faure qualifié "anarchiste de salon, comme de Pressensé, Yves Guyot et toute la bande dreyfusarde vendue aux juifs", ajoutant que ce n’était "que par le vol et l’assassinat que les anarchistes pourraient s’emparer de ce que les bourgeois ont volé aux travailleurs".

Hospitalisé à Nanterre le 1er septembre 1909, Leboucher y décédait le 8 novembre suivant.


Sources : APpo BA 1145 –- J. Maitron « Histoire du mouvement anarchiste… », op. cit. –- Gazette des tribunaux, 27 avril 1892 = Notice de J. Maitron complétée par G. Davranche in Maitron en ligne // R. Bianco « Un siècle de presse… », op. cit. // Le Père Peinard, année 1892 // Arc. Nat. F7/12507 // Le temps, 23 avril 1892 // APpo BA 73, BA 75, BA 77, BA 78, BA 1497, BA 1498 // Le Cri du Peuple, 28 février 1887 //


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