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DIMA-19438

STUPPIELLO, Michele [ou STUBELLO, STUPPIELO, STUHBELLO]

Né le 8 septembre 1886 en Italie — Mort en décembre 1980 à Albany (New York) — Cordonnier, victime de la “First Red Scare”, déchu de sa nationalité — Rochester (New York)

 
Une de ses communications dans Cronaca Sovversiva (1916)

STUPPIELLO, Michele naquit le 8 septembre 1886 en Italie. Il était aussi connu sous les noms de STUHBELLO, STUBELLO ou STUPPIELO, mais signait avec le premier, ce qui indique qu’il s’agissait de son nom. Il se nommait vraisemblablement Michele et son prénom aurait été anglicisé en Michael lors de son arrivée aux États-Unis. Ses parents étaient respectivement Alfonso et Philomei Leanci.

Le 18 mai 1900, alors qu’il n’avait que quatorze ou quinze ans, il émigra aux États-Unis et alla résider à Rochester (New York), où il exerça comme cordonnier.

Le 21 juillet 1909, il fit une demande pour être naturalisé en tant que citoyen américain.

À partir de 1910, Stuppiello fut abonné au journal anarchiste italien Cronaca sovversiva et le finança dans plusieurs levées de fonds. En décembre 1911, il publia ou fit publier plusieurs communications invitant les compagnons à se rendre chez lui le 24, au 41 Tilden Street, pour une réunion sur une « affaire urgente ».

Le 10 janvier 1914, il épousa Martha Herman à Monroe. En 1915, le 6 mars, il fut naturalisé américain, puis, deux mois plus tard, eut un fils avec sa compagne, que le couple nomma Romeo (1915-1991). Le couple eut aussi un fils nommé Sparteco. Il résidait alors au 3 Van Auker Street.

L’année suivante, il fut l’une des principales figures du « Comité Tresca », prenant la défense de Carlo Tresca arrêté et accusé d’être responsable de la grève des mineurs de la Mesabi Range au Minnesota. Il cherchait alors à récolter des fonds au travers de meetings à Rochester pour financer les accusés lors de leurs procès. Plus tard dans l’année, il organisa la venue d’Arturo Giovanniti à Rochester, et souhaitait lancer une série de meetings à Syracuse, Buffalo et Rochester en sa présence. Giovanniti était relativement connu dans les cercles italiens à la suite de son intervention dans la grève de Lawrence (1912). Les meetings du comité étaient tenus au Labor Lyceum (580 St. Paul Street) à Rochester. Enfin, Stuppiello publia une longue communication dans Cronaca sovversiva, où il réaffirmait son opposition à la participation des anarchistes et italiens à la Première Guerre mondiale. Il s’insurgeait en particulier contre les positions du socialiste Leonida Bissolati et critiquait leur influence au sein de la communauté italienne. Il écrivait, entre autres :

C’est seuls que nous, ennemis de toute autorité et de toute exploitation, devons combattre. Seuls, fussions-nous contre tous. Et si nous sommes submergés, notre défaite sera toujours plus honorable qu’une victoire achetée au prix du renoncement à nos idéaux.

En 1918, dans le cadre de la « First Red Scare » et de grandes rafles touchant les anarchistes italiens, il fut arrêté par les services de l’immigration américaine qui ne purent l’expulser car il était citoyen. Lors de cette première arrestation, il déclara être anarchiste « depuis six ou sept ans », ce qui concorde avec le début de ses liens avec Cronaca Sovversiva. Remis en liberté, il fut arrêté de nouveau et placé en procès pour faire annuler son certificat de naturalisation sous prétexte qu’il aurait menti en déclarant accepter les valeurs américaines. Il s’agissait là d’une application de la loi d’abord utilisée pour Carl Swelgin (1918), qui avait valeur rétroactive et était particulièrement répressive. On peut remarquer que sa demande de naturalisation datait d’au moins un an avant son évolution vers l’anarchisme.

Avant le procès, une levée de fonds des compagnons permit de le libérer en payant sa caution. Le juge qui fut choisi pour son affaire était un certain Hazed, probablement John Raymond Hazel, le même juge ayant fait prêter serment à Theodore Roosevelt après l’assassinat de William McKinley par Leon Czolgosz. Ce juge se distinguait par son caractère très défavorable aux socialistes et anarchistes et exerçait dans cette juridiction — il fut l’une des figures chargées d’appliquer la répression et retira aussi la nationalité à Emma Goldman sur d’autres prétextes douteux. Dans sa défense, Stuppiello soutint qu’il ne souscrivait pas à « l’anarchisme violent » mais au contraire qu’il était anarchiste sur un plan philosophique, pacifique et personnel.

En 1919, le juge prit la décision de le déchoir de sa nationalité en argumentant qu’il n’existerait aucune différence substantielle de nature ou d’objet entre l’« anarchisme violent » et l’« anarchisme philosophique » dont se revendiquait Stuppiello.

Il mourut en décembre 1980 à Albany (NY).


Sources :

  • Cronaca Sovversiva du 10 septembre 1910, 26 aout, 7 octobre, 16 et du 23 décembre 1911, 29 juillet, 7 et 21 octobre et du 18 novembre 1916, 17 mars, 28 juillet et du 6 octobre 1917, et du 18 juillet 1918.
  • United States v. Stuppiello, District Court, W.D. New York (1919) (2)