MARTIN, Louis

Mort fin mai 1900 - Paris
dimanche 24 septembre 2017
par  R.D.
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Tout jeune, Louis Martin avait été envoyé par sa mère au séminaire de Villecroze (Var) dont il s’était sauvé avant d’être rattrapé et placé au grand séminaire de Fréjus dont au bout d’une année il s’était de nouveau enfui. Il avait alors gagné Dijon où le père Lacordaire l’avait convaincu d’entrer dans un cloître. Il fut un moine dominicain exemplaire jusqu’au jour où il ne crut plus à la révélation divine : «  Là où la vérité m’a dit d’aller, je suis venu. Ce qu’elle m’a dit de quitter, je l’ai abandonné sans regret, sachant que je renonçais à mon pain quotidien assuré, à la gloire qui me guettait aux pieds d’une chaire chrétienne pour aller sans le sou, sans état, maudit de ma famille, par les chemins du monde hérissés d’épines , pieds nus, meurtrissant mes pieds aux cailloux et couchant à la belle étoile » (cf. L’Aurore, 8 novembre 1897).

En 1886 il avait publié l’ouvrage « Les évangiles sans dieu : un essai sur la vie de Jésus » qui lui avaient valu de recevoir de Victor Hugo ces quelques lignes : « Que celui qui a écrit ces nobles pages, vienne à moi. Je serai heureux de lui serrer la main ».

En 1897 Louis Martin était l’animateur du groupe L’Etat naturien en rivalité semble-t-il avec le groupe Les Naturiens de la Bastille animé par Beaulieu dit H. Beylie.
Il demeurait alors à Montmartre, 96 rue Lepic, au « Pavillon Sans dieu » ; pour une somme modeste, il avait loué à cet endroit – près de « l’impie Sacré Cœur » et juste en face du Moulin de la Galette - quelques mètres carrés où de ses propres mains il avait «  édifié un petit pavillon en planches qu’il a baptisé le Sans Dieu. Ce pavillon est situé au fond d’un petit jardin, aux rares plantes, dont quatre arbustes grêles et une statuette en plâtre constituent les seuls ornements  » (cf. L’Aurore). Sur la porte il avait pour habitude d’y accrocher la pancarte suivante : « Salut ! Aux amis qui viennent serrer la main à un philosophe en son pavillon solitaire, le Sans Dieu » (ibid.). L. Martin y avait réuni tout ce que sa vie tourmentée lui avait permis de conserver : « De hautes glaces tapissent tout un coté de la pièce…Une grande baie vitrée inonde de clarté un véritable capharnaüm où l’on voit une double échelle près d’une presse à copier…une chimère en bois sculpté près d’un buste de la République auquel la tête manque, une marmite à demi remplie de colle de pâte…un lit de fer replié… » (ibid.). En sous-sol il avait également installé une cuisine et une salle à manger creusées dans l’argile de la Butte. Dans cet entretien accordé à L’Aurore, il définissait ainsi sa conception de la société : « Si un seul homme, quel qu’il soit, dans la société, petit, fou, imbécile ou bon à rien, n’a pas le nécessaire que la nature octroie à toute bête, cette société je la condamne, je la répudie, je la foule aux pieds, je veux la détruire ».

En 1899 il était membre de la Ligue anticléricale et participait également aux réunions du groupe de l’Harmonie. Il représentait parfois le groupe lors des réunions de l’Union socialiste révolutionnaire du 9ème arrondissement à laquelle il avait adhéré.

Louis Martin qui était également franc-maçon, fut interné en 1900 à l’asile de Villejuif où il devait décéder fin mai 1900. Zisly avait proposé d’organiser une petite manifestation sur sa tombe pour rendre hommage à « ce penseur qui avait rendu tant de services à la cause  ». Martin, dont la femme avait refusé de payer les frais d’enterrement, fut inhumé au cimetière Montparnasse sous le nom de « Famillle Dauphin » aux cotés de sa mère, sa tante et son oncle. Il avait un fils, prénommé Louis qui résidait alors 45 rue Boissy d’Anglas.


Sources : APpo BA 1497, BA 1498 // L’Aurore, 8 novembre 1897, « Le philosophe de la rue Lepic », article de Ph. Dubois


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